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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205773

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205773

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205773
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLEGRANDGERARD CATHERINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 décembre 2022 et le 16 novembre 2023, M. B C, représenté par Me Bensa-Troin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la métropole Nice Côte d'Azur à lui verser la somme totale de 18 022,67 euros en réparation des préjudices subis résultant de sa chute intervenue le 25 avril 2022 ;

2°) de condamner la métropole Nice Côte d'Azur aux entiers dépens ;

3°) de mettre à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité de la métropole Nice Côte d'Azur ou celle de la commune d'Eze est engagée pour défaut d'entretien normal du trottoir situé avenue Poincaré à Eze en raison de la présence d'une planche de bois qui a provoqué sa chute le 25 avril 2022 ;

- il est fondé à demander l'indemnisation des préjudices qu'il a subis à hauteur de la somme totale de 18 022,67 euros et qui se décomposent comme suit :

1 200 euros au titre des frais divers ;

380,27 euros au titre de l'assistance par tierce personne ;

812,40 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

6 000 euros au titre des souffrances endurées ;

1 000 euros au titre du préjudice esthétique ;

3 630 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

5 000 euros au titre du préjudice d'agrément.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 octobre 2023 et le 17 juin 2024, la métropole Nice Côte d'Azur, représentée par Me Jacquemin, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête et des conclusions formulées par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Yvelines ;

- à titre subsidiaire, à la réduction à de plus justes proportions des conclusions indemnitaires du requérant ;

- à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge respective du requérant et de la CPAM des Yvelines au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la matérialité des faits n'est pas établie ;

- il n'y a pas de défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;

- le requérant a commis une faute ;

- l'indemnisation des préjudices allégués ne saurait excéder les sommes suivantes :

260 euros au titre de l'assistance par tierce personne ;

364,60 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

5 000 euros au titre des souffrances endurées ;

500 euros au titre du préjudice esthétique ;

2 732 euros au titre du déficit fonctionnel permanent.

Par des mémoires enregistrés le 6 février 2023 et le 12 octobre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Yvelines, représentée par Me Legrandgerard, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

- à ce que la métropole Nice Côte d'Azur soit condamnée à lui rembourser la somme totale de 3 784,85 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts au taux légal à compter du jugement à intervenir ;

- à ce que la métropole Nice Côte d'Azur soit condamnée à lui verser la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

- à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 14 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 18 juin 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 23 mai 2023 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Nice a prescrit une expertise et désigné comme expert M. A ;

- le rapport d'expertise de M. A déposé au greffe du tribunal le 14 septembre 2023 ;

- l'ordonnance du 17 novembre 2024 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Nice a taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par M. A à la somme de 1 170 euros et les a mis à la charge de M. C.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Jacquet, substituant Me Bensa-Troin représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C soutient avoir chuté le 25 avril 2022 sur le trottoir situé avenue Poincaré à Eze en trébuchant contre une planche de bois. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner la métropole Nice Côte d'Azur à lui verser la somme totale de 18 022,67 euros en réparation des préjudices résultant de sa chute.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de la commune d'Eze :

2. Aux termes de l'article L. 5211-5 du code général des collectivités territoriales : " () III. () L'établissement public de coopération intercommunale est substitué de plein droit, à la date du transfert des compétences, aux communes qui le créent dans toutes leurs délibérations et tous leurs actes () ".

3. Aux termes de l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales : " I. - La métropole exerce de plein droit, en lieu et place des communes membres, les compétences suivantes : / () / 2° En matière d'aménagement de l'espace métropolitain : /()/ b) Organisation de la mobilité au sens des articles L. 1231-1, L. 1231-8 et L. 1231-14 à L. 1231-16 du code des transports ; création, aménagement et entretien de voirie ; signalisation ; abris de voyageurs ; parcs et aires de stationnement et plan de mobilité ; /()/ c) Création, aménagement et entretien des espaces publics dédiés à tout mode de déplacement urbain ainsi qu'à leurs ouvrages accessoires ; /()/ ". Aux termes de l'article L. 5217-5 du même code : " () La métropole est substituée de plein droit, pour l'exercice des compétences transférées, aux communes membres et à l'établissement public de coopération intercommunale transformé en application de l'article L. 5217-4, dans l'ensemble des droits et obligations attachés aux biens mis à disposition en application du premier alinéa du présent article et transférés à la métropole en application du présent article ainsi que, pour l'exercice de ces compétences sur le territoire métropolitain, dans toutes leurs délibérations et tous leurs actes. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que le transfert de compétences à une métropole implique le transfert des biens, équipements et services nécessaires à l'exercice de ces compétences, ainsi que les droits et obligations qui leur sont attachés y compris lorsque ces obligations trouvent leur origine dans un événement antérieur au transfert. En application du I de l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales précité, la métropole Nice Côte d'Azur, à laquelle la commune d'Eze est membre, exerce au lieu et place des communes la compétence en matière d'aménagement de l'espace métropolitain qui comprend notamment l'entretien de voirie. Il s'ensuit que seule la responsabilité de la métropole Nice Côte d'Azur saurait être recherchée par le requérant au titre des dommages de travaux publics. Dès lors, à supposer que le requérant entende rechercher également la responsabilité de la commune d'Eze pour dommages de travaux publics, le requérant doit être regardé comme ayant ont commis une erreur dans la désignation de la personne publique responsable.

En ce qui concerne la responsabilité de la métropole :

5. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, d'établir l'existence de l'obstacle et d'un lien de causalité direct et certain entre celui-ci et le préjudice. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

6. Il résulte de l'instruction, en particulier du compte-rendu d'intervention des secours et du compte-rendu du service d'accueil des urgences du CHU de Nice, que le requérant a été secouru le 25 avril 2022 à 15h38 sur l'avenue de la Liberté à Eze, qui est le prolongement de l'avenue Poincaré, après avoir chuté sur la voie publique, et qu'il a été ensuite admis aux services des urgences du CHU de Nice à 16h41 pour chute avec traumatisme crânien. M. C verse également au dossier une attestation de témoin confirmant sa chute. Dans ces conditions, la matérialité des faits doit être regardée comme établie.

7. Toutefois, il résulte également de l'instruction que la présence de la planche sur laquelle le requérant a trébuché, dont les photographies versées au dossier permettent d'en apprécier les caractéristiques, n'excèdent pas par leurs dimensions, celles auxquelles peuvent normalement s'attendre les usagers de la voie publique. La présence de cette planche, qui présente un rehaussement de quelque centimètre seulement, laquelle au demeurant était parfaitement visible à l'heure à laquelle s'est produite la chute de M. C, ne révèle pas un défaut d'entretien normal de la voie publique de nature à engager la responsabilité de la métropole Nice Côte d'Azur.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines :

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines au titre de ses débours ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'expertise :

10. En l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais de l'expertise ordonnée par l'ordonnance du 23 mai 2023 susvisée, liquidés et taxés à la somme de 1 170 euros par ordonnance du 17 novembre 2023, doivent être mis à la charge définitive de M. C.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. C la somme que demande la métropole Nice Côte d'Azur au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ni de mettre à la charge de la CPAM des Yvelines la somme que demande la métropole Nice Côte d'Azur au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 170 euros sont mis à la charge définitive de M. C.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et à la métropole Nice Côte d'Azur.

Copie sera transmise à l'expert M. le docteur A.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, première conseillère,

Mme Sandjo, conseillère,

assistés de Mme Bianchi, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F. PASCALLa greffière,

signé

L. BIANCHI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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