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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205822

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205822

lundi 24 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205822
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantDEMES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2022, sous le n° 2205822, la SCP Tator par sa gérante Mme A C, représentée par Me Sivan, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative d'ordonner :

1°) une expertise contradictoire portant sur les désordres qui affectent une maison lui appartenant sise 7 rue du Brec à Roure (06420), qu'elle impute à un dégât des eaux survenu le 6 septembre 2019 ; la mission confiée à l'expert devant permettre d'identifier leur cause et origine, les modalités de leur réparation et les responsabilités qui en découlent en vue d'une indemnisation de ses préjudices ;

2°) la réserve des dépens.

La SCP Tator soutient que :

- l'expert missionné par l'assureur dommage venu le 15 octobre 2019 a notamment conclu que l'origine du sinistre était la rupture d'un regard d'évacuation des eaux pluviales de la commune ;

- l'origine des dommages viendrait également d'un regard défectueux appartenant à la Métropole NCA ainsi qu'à une évacuation des eaux usées de l'auberge voisine Lo Robur défectueuse ;

- la mairie est propriétaire des locaux abritant l'auberge et la gestion de l'assainissement relève de la Métropole NCA ;

- le cabinet Elex, expert protection juridique a retenu l'absence de garantie dans le contrat d'assurance, qui exclut " les dommages occasionnés par les fuites des conduites enterrées quelles que soient leurs localisations " ;

- cet expert a estimé que le dégât des eaux a pris naissance suite à la rupture d'un regard d'évacuation des eaux pluviales communales, les eaux s'étant infiltrées par les murs de façade nord de l'habitation en partie enterré ;

- l'expert mandaté par la compagnie Solucia a mis en évidence dans son rapport du 4 Janvier 2021 la défaillance d'une conduite d'eau potable communale, il était noté que malgré les interventions réalisées, les infiltrations ont perduré à l'intérieur de l'habitation la dévastant totalement ;

- l'expert a pu localiser un regard de canalisation des eaux usées, un autre tampon présent en pied de façade de l'auberge, et deux conduites PVC bleues rejoignant la canalisation d'évacuation principale de ses eaux usées ;

-le regard a débordé et rempli la maison, les eaux usées étaient rejetées par l'installation plus que douteuse de ces tuyaux bleus sans aucune étanchéité, créant des débordements ;

-cette installation provisoire a duré près de 5 ans puis réparée à l'hiver 2021, mais auparavant les eaux usées s'infiltraient sous la maison ;

- malgré un curage du regard, des infiltrations perduraient dans le logement notamment la salle de bain ;

- l'expert a préconisé un examen complet de ce réseau avant d'envisager la réfection du bien, une recherche des fuites sur les deux regards en cause s'est élevée à 880 € et un devis de remise en état de sa maison à 33 752,94 € ;

-malgré ses réclamations et les mises en demeure de la compagnie Solucia, la Métropole n'a apporté aucune réponse ;

- un constat d'huissier avec photos réalisé le 21 décembre 2021 a permis de constater l'inhabitabilité de la maison ;

- les dommages continuant de s'aggraver, elle sollicite la présente expertise judiciaire.

Par un mémoire enregistré le 23 décembre 2022, la commune de Roure, représentée par Me Boulard, en sa qualité de propriétaire de l'auberge Lo Robur, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise demandée sous ses plus expresses protestations et réserves notamment de prescription. Elle demande au juge des référés de condamner la SCP Tator au versement de la somme de 1 500 € sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire enregistré le 16 janvier 2023, la Métropole Nice Côte d'Azur représentée par Me Jacquemin, demande au juge des référés :

- à titre principal de rejeter la requête pour défaut de qualité à agir de la requérante qui ne démontre pas être propriétaire de la maison sinistrée ;

- à titre subsidiaire, de rejeter l'expertise sollicitée pour défaut d'utilité, la SCP n'apportant pas la preuve d'un lien de causalité entre les regards d'eaux pluviales litigieux et le dégât des eaux allégué ;

- à titre très subsidiaire, elle formule ses plus vives protestations et réserves d'usage ;

- d'ordonner le versement par la SCP Tator de la somme de 2 000 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La Métropole fait valoir que la mission confiée à un expert n'apporterait aucun éclairage utile et nouveau aux éléments figurant au dossier.

La SCP Tator produit au dossier le 20 avril 2023, une copie de l'attestation notariale du 16 novembre 2007 certifiant qu'elle est propriétaire de l'ensemble immobilier situé à Roure (06420) quartier Le Brec cadastré K 763.

Vu l'ensemble des pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'expertise :

1 . Aux termes des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. Les demandes présentées en application du présent chapitre sont dispensées du ministère d'avocat si elles se rattachent à des litiges dispensés de ce ministère.".

2 . La SCP Tator demande au juge des référés de désigner un expert aux fins de constater les désordres qui affectent la maison dont elle est propriétaire cadastrée K 764 lieudit Le Brec à Roure (06420), d'en déterminer l'origine et la cause et d'évaluer le montant des travaux nécessaires pour y remédier. Elle impute ces désordres à un défaut d'entretien du réseau d'assainissement géré par la Métropole NCA et sollicite la présence à l'expertise de la commune de Roure, en sa qualité de propriétaire de l'auberge Lo Robur pouvant être concernée par ce sinistre. En l'absence de règlement amiable, cette demande d'expertise entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile, il y a lieu, dès lors, d'y faire droit, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance au contradictoire de la Métropole NCA et de la commune de Roure.

Sur la réserve des dépens :

3 . Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires ". Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. " .

4 . Les dispositions précitées font obstacle à ce que le juge des référés se prononce sur les dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite, les demandes présentées en ce sens par les parties doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

5 . Aux termes des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

6 . Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite les demandes présentées sur ce fondement par les parties sont rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er - Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de la SCP Tator, de la Métropole Nice Côte d'Azur et la commune de Roure.

Article 2 - L'expert aura pour mission :

1°) de prendre connaissance des pièces du dossier et de toute pièce utile ;

2°) de se rendre sur les lieux sis maison de village cadastrée K 764 lieudit Le Brec à Roure (06420) et de décrire les désordres qui affectent ce bien immobilier propriété de la SCP Tator à la suite d'un sinistre survenu le 6 septembre 2019 ;

3°) de déterminer l'origine ou les origines des désordres constatés en se prononçant notamment sur l'éventuelle incidence de l'entretien du réseau d'assainissement ;

4°) de définir les travaux nécessaires pour remédier aux désordres, le cas échéant, et d'en évaluer le coût ; prescrire à titre conservatoire toutes mesures urgentes et indispensables à mettre en œuvre pour sécuriser les lieux et les occupants ;

5°) de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies, permettant à la juridiction de se prononcer sur les responsabilités et l'étendue des préjudices subis dans le cadre d'un éventuel recours en responsabilité ;

6°) d'annexer au rapport les photographies de ses constatations et tout schéma utile ;

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif. Il est enjoint aux parties, tant demanderesse que défenderesses, dans le délai de huit jours à compter de la demande qui leur en sera adressée par lettre recommandée avec accusé de réception par l'expert, d'avoir à fournir toutes les pièces qu'elles pourraient détenir et dont la production s'avérerait nécessaire à l'accomplissement de la mission ici définie ;

L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif conformément aux prescriptions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative ;

Si, le cas échéant avec l'accord des parties, l'expert prend l'initiative d'une médiation, il devra en aviser la présidente du tribunal et préserver dans son rapport d'expertise, sa confidentialité.

Article 3 - Est désigné en qualité d'expert : M. D B exerçant au 260, chemin de l'Adret à La Gaude (06610).

Article 4 - L'expert, après avoir prêté serment par écrit, accomplira sa mission conformément aux dispositions des articles R. 621-7 et suivants du code de justice administrative ;

Il déposera son rapport :

* soit en deux exemplaires, dont un original, au greffe du tribunal administratif

* soit sur la plateforme d'échange du Conseil d'Etat (https://echange.conseil-etat.fr)

dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de son état de vacations, frais et honoraires, et en adressera simultanément un exemplaire à chacune des parties en cause, qui peut s'opérer sous forme électronique, avec leur accord.

Article 5 - Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 - La présente ordonnance sera notifiée à SCP Tator, à la Métropole Nice Côte d'Azur, à la commune de Roure et à M. D B, expert.

Fait à Nice le 24 avril 2023.

signé

Marianne POUGET

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

220582

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