Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 décembre 2022 et le 6 mai 2025 la société Centaur Holding France 1, représentée par Me Righi, demande au tribunal :
1°) de prononcer le remboursement d’une créance de crédit d’impôt recherche au titre de l’année 2016 relatif à l’exercice clos le 30 septembre 2017, d’un montant total de 94.000 euros ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2.000 € en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, le défaut de déclarations 2069 dans les délais n’entraîne pas la déchéance de la créance de crédit d’impôt recherche ;
- à titre subsidiaire, elle justifie des dépenses engagées ; éligibles au crédit d’impôt recherche.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2023, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens invoqués de la requête n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 11 septembre 2025 :
- le rapport de Mme Zettor, rapporteure,
- les conclusions de M. Ruocco-Nardo, rapporteur public,
- et les observations de Me Righi, représentant la société Centaur Holding France 1.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Centaur Holding France 1 en sa qualité de société mère de la société Marineland a sollicité le 26 octobre 2022 le remboursement du crédit d’impôt recherche d’un montant de 94.400 € réalisé par sa filiale, au titre de l’exercice clos le 30 septembre 2017. Par une décision du 9 novembre 2022, sa réclamation contentieuse du 26 octobre 2022 a été rejetée par l’administration fiscale. Elle demande au tribunal le remboursement de cette créance de crédit d’impôt recherche.
Sur les conclusions à fin de remboursement :
En ce qui concerne l’application de la loi fiscale :
2. En premier lieu, aux termes de l’article 244 quater B, dans sa version applicable au présent litige : « I.- Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel (…) peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. (…) ». Aux termes de l’article 49 septies F du code général des impôts : « Pour l’application des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, sont considérées comme opérations de recherche scientifique ou technique:/ a. Les activités ayant un caractère de recherche fondamentale qui concourent à l'analyse des propriétés, des structures, des phénomènes physiques et naturels, en vue d'organiser, au moyen de schémas explicatifs ou de théories interprétatives, les faits dégagés de cette analyse ;/ b. Les activités ayant le caractère de recherche appliquée qui visent à discerner les applications possibles des résultats d'une recherche fondamentale ou à trouver des solutions nouvelles permettant à l'entreprise d'atteindre un objectif déterminé choisi à l'avance./ Le résultat d'une recherche appliquée consiste en un modèle probatoire de produit, d'opération ou de méthode ;/ c. Les activités ayant le caractère d'opérations de développement expérimental effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services ou en vue de leur amélioration substantielle. Par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté ». Il appartient au juge de l'impôt de constater, au vu de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet, qu'une entreprise remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 244 quater B du code général des impôts. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l’impôt, au vu de l’instruction et compte tenu, le cas échéant, de l’abstention d’une des parties à produire les éléments qu’elle est seule en mesure d’apporter et qui ne sauraient être réclamés qu’à elle-même, d’apprécier si les opérations réalisées par le contribuable entrent dans le champ d’application du crédit d’impôt recherche eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ces opérations, et, notamment, d’examiner si les opérations de développement expérimental en cause présentent un caractère de nouveauté au sens de l’article 49 septies F de l’annexe III au code général des impôts.
3. Si le défaut de déclarations 2069 dans les délais n’entraîne pas la déchéance de la créance de crédit d’impôt recherche, il est constant qu’invitée à produire des pièces par l’administration fiscale qui lui a communiqué la nature détaillée des éléments attendus dans son mémoire en défense, la société s’est abstenue d’apporter les précisions indispensables pour déterminer si les opérations réalisées entraient dans le champ d’application du crédit d’impôt recherche. La société requérante a transmis le 31 décembre 2017 au titre de son exercice clos le 30 septembre 2017 les formulaires 2069-A, 2069-RCI et 2058-CG la concernant. Ces documents sont produits par l’administration fiscale en défense, mais ne mentionnent aucun crédit d’impôt recherche. Les formulaires renseignés par la société Marineland, produits également par l’administration fiscale en défense, ne mentionnent aucune dépense de recherche. Il résulte de l’instruction que ni dans le rejet de la réclamation, ni dans ses écritures en défense, le service ne s’est fondé sur le motif tiré de ce que le défaut de déclaration entrainait la déchéance de créance de crédit d’impôt recherche. Le service se borne uniquement à soutenir que, au regard de la nature de l’activité de la SAS Marineland qui est éloigné du domaine de la recherche, la requérante ne justifie pas de la réalité de dépenses de recherches exposées à cet effet. Dès lors, le moyen est écarté.
4. Pour obtenir le remboursement de sa créance de crédit d’impôt recherche au titre de l’année 2016 relatif à l’exercice clos le 30 septembre 2017, d’un montant total de 94.400 euros, la société requérante se prévaut du fait que dans le cadre d’une requête introduite sous le numéro 2206005, l’administration fiscale lui a accordé la restitution de sa créance de crédit d’impôt en faveur de la compétitivité et de l’emploi au titre de l’année 2015. A supposer que la société entende se prévaloir de cette décision comme étant une prise de position de l’administration confirmant la possibilité de restituer une créance antérieure, la circonstance que dans le cas de l’espèce l’administration a restitué la somme demandée au titre d’une créance de crédit d’impôt en faveur de la compétitivité et de l’emploi ne saurait être regardée comme constituant une prise de position formelle susceptible d’entraîner la restitution d’une créance de crédit d’impôt recherche au titre de l’année 2017. Par ailleurs, si elle se prévaut de l’existence d’une équipe recherche et développement au sein de la société Marineland, constituée de soigneurs, vétérinaires qui participent à des études de la physiologie, de la toxicologie, de l’endocrinologie et de la reproduction des animaux marins, ainsi que l’exercice d’activités de recherches scientifiques, elle ne produit aucun élément. Dès lors, ni l’administration, ni le juge ne peuvent se prononcer sur le remboursement de crédit d’impôt recherche sollicité. Par suite, en l’absence de précision sur la nature même des dépenses et d’éléments justificatifs précis, le moyen tiré de ce que la requérante était éligible au crédit d’impôt recherche au titre de l’année 2016 relatif à l’exercice clos le 30 septembre 2017 doit être écarté.
5. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin de remboursement d’une créance de crédit d’impôt recherche présentées par la SAS Centaur Holding France 1 doivent être rejetées, ensemble celles présentées sur le fondement de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E
Article 1er : La requête de SAS Centaur Holding France 1 est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Centaur Holding France 1 et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 11 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Chevalier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2025.
La rapporteure,
signé
V. Zettor
Le président,
signé
G. Taormina
La greffière,
signé
Ch. Martin
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation, la greffière.