Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300034

mercredi 11 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300034
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2023, M. C B et Mme D E demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Nice d'affecter à leur enfant A B un auxiliaire de vie scolaire pour une durée hebdomadaire de 24 heures, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de 24 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie, compte tenu de l'absence d'attribution à leur enfant d'un accompagnant d'élève en situation de handicap (AESH) ;

- la carence de la rectrice de l'académie de Nice dans l'attribution à leur enfant d'un AESH porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'éducation de l'enfant Amir B et constitue une violation du principe d'égal accès à l'instruction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, la rectrice de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête de M. B et Mme E.

Elle fait valoir que la décision rendue le 15 novembre 2022 par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) des Alpes-Maritimes portant attribution à l'enfant en cause d'une aide humaine individuelle à la scolarisation ne lui pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Soli, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 10 janvier 2023 à 14 heures le rapport de M. Soli, juge des référés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. C B et Mme D E demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Nice d'affecter à leur enfant A B un auxiliaire de vie scolaire pour une durée hebdomadaire de 24 heures, conformément à la décision rendue le 15 novembre 2022 par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la maison départementale des personnes handicapées des Alpes-Maritimes.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. La privation pour un enfant, notamment s'il souffre d'un handicap ou d'un trouble de la santé invalidant, de la possibilité de bénéficier d'une scolarisation ou d'une formation scolaire adaptée, selon les modalités que le législateur a définies afin d'assurer le respect de l'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale pouvant justifier l'intervention du juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, sous réserve qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. En outre, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte, d'une part de l'âge de l'enfant, d'autre part des diligences accomplies par l'autorité administrative compétente, au regard des moyens dont elle dispose.

4. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 15 novembre 2022, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la maison départementale des personnes handicapées des Alpes-Maritimes a notamment attribué à l'enfant des requérants, lequel est atteint d'un trouble du spectre autistique, une aide humaine individuelle aux élèves handicapés, valable du 15 novembre 2022 au 31 juillet 2024, à raison de 24 heures par semaine.

Sur la condition relative à l'urgence :

5. La condition tenant à l'urgence particulière, prévue par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, doit être regardée comme remplie en l'espèce au regard de la circonstance que l'enfant des requérants, qui ne bénéficie d'aucune aide individuelle depuis le 1er septembre 2022, est déscolarisé depuis cette date.

Sur la condition relative à l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que l'enfant des requérants, âgé de huit ans et atteint d'un trouble du spectre autistique, s'est vu accorder par la CDAPH de la MDPH des Alpes-Maritimes, le 15 novembre 2022, une aide humaine individuelle aux élèves en situation de handicap à raison de 24 heures par semaine, valable du 15 novembre 2022 au 31 juillet 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, faute d'attribution à l'enfant Amir B d'une telle aide par la rectrice de l'académie de Nice, ce dernier est déscolarisé depuis le 1er septembre 2022. Si la rectrice de l'académie de Nice, qui ne conteste ni la réalité de la pathologie dont souffre l'enfant des intéressés ni les termes de la décision du 15 novembre 2022 précitée, soutient que ses services ne sauraient être regardés comme ayant manqué de diligence dès lors que cette décision ne leur a jamais été communiquée, il est constant que la situation décrite ci-dessus, qui prive l'enfant d'une scolarisation adaptée, compte tenu de ses besoins propres, porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'éducation et il est particulièrement urgent d'y remédier.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Nice d'attribuer à l'enfant des requérants, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, un accompagnant d'élèves en situation de handicap, dans les conditions fixées par la décision du 15 novembre 2022 rendue par la CDAPH de la MDPH des Alpes-Maritimes. Il n'y a pas lieu, toutefois, d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par les requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Nice de placer auprès de l'enfant Amir B, dans les conditions fixées par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la maison départementale des personnes handicapées des Alpes-Maritimes le 15 novembre 2022, un accompagnant d'élèves en situation de handicap, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et Mme D E et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Nice.

Fait à Nice, le 11 janvier 2023.

Le juge des référés

signé

P. SOLI

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière