mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2300440 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M. TAORMINA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 janvier 2023, Mme A B et M. D B, représentés par Me Guillot, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur payer, en réparation de leur préjudice de jouissance pour refus de concours de la force publique en vue de l'exécution de l'ordonnance du 5 octobre 2021 par laquelle le juge des référés du tribunal de proximité d'Antibes a notamment ordonné l'expulsion des occupants sans droit ni titre du logement dont ils sont propriétaires au n° 22 de l'avenue des pins à Antibes (06160), les sommes de :
- 7 800, 09 euros au titre de l'indemnité définitive d'occupation de leur habitation du 12 juin au 9 octobre 2022 soit 119 jours ;
- 814, 00 euros au titre de la taxe foncière annualisée (2496/365x119) entre le 12 juin et le 9 octobre 2022 soit 119 jours (6.84 x 119) ;
- 1 200, 00 euros en remboursement de toutes factures d'eau et d'électricité à compter du 12 juin 2022 ;
2°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- en vue de l'expulsion ordonnée le 5 octobre 2021 par le juge des référés du tribunal de proximité d'Antibes, le concours de la force publique a été requis par Me Haugel, huissier de justice, le 12 avril 2022, concours finalement accordé par décision du 10 octobre 2022 avec effet à compter du 26 octobre suivant ; après avoir fait une première demande d'indemnisation par courrier du 23 juin 2022, ils en ont formulé une seconde en date du 26 octobre 2022 réceptionnée le 27 octobre suivant ;
- les requérants ayant appris du Trésor public que la taxe d'habitation leur était dégrevée sur les années 2021 et 2022, ils abandonnent donc leurs demandes sur ce poste de préjudice.
Par mémoire en défense enregistré le 3 février 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut à ce que ne soit retenue comme indemnisation, que la somme de 8 812, 90 euros.
Il fait valoir que :
- l'absence de suite donnée à la demande d'indemnisation est simplement due à un problème budgétaire ;
- il a été proposé aux requérants, par courrier du 31 janvier 2023, une indemnité de 8 812, 90 euros correspondant à l'indemnité d'occupation pour la période du 13 juin au 25 octobre 2022, hors taxe d'habitation et facture d'eau ; la taxe foncière incombant uniquement au propriétaire, elle ne saurait être prise en charge par l'Etat.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des procédure civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C en application de l'article R.222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. Taormina, magistrat désigné, a présenté son rapport et constaté l'absence des parties ou de leurs représentants.
Considérant ce qui suit :
1. Par ordonnance du 5 octobre 2021, le juge des référés du tribunal de proximité d'Antibes a notamment ordonné l'expulsion des occupants sans droit ni titre de l'habitation dont Mme A B et son père, M. D B sont propriétaires au n° 22 de l'avenue des pins à Antibes (06160) et condamné lesdits occupants à payer une indemnité d'occupation d'un montant mensuel de 2 000 euros. Le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion des occupants a été requis le 12 avril 2022, concours implicitement refusé avant d'être accordé ensuite par décision du 10 octobre 2022 du préfet des Alpes-Maritimes, avec effet à compter du 26 octobre suivant. Après avoir fait une première demande d'indemnisation par courrier du 23 juin 2022, les consorts B en ont formulé une seconde en date du 26 octobre 2022 dont il a été accusé réception le 27 octobre suivant. Par courrier du 31 janvier 2023, il leur a été proposé, une indemnité de 8 812, 90 euros correspondant à l'indemnité d'occupation pour la période du 13 juin au 25 octobre 2022.
2. Les consorts B demandent au tribunal de condamner l'Etat à leur payer, en réparation de leur préjudice éprouvé du fait du retard à prêter le concours de la force publique en vue de l'exécution de l'ordonnance du 5 octobre 2021 par laquelle le juge des référés du tribunal de proximité d'Antibes a notamment ordonné l'expulsion des occupants sans droit ni titre du logement dont ils sont propriétaires au n° 22 de l'avenue des pins à Antibes (06160), la somme totale de 9 814, 09 euros.
Sur la responsabilité de l'Etat :
3. Aux termes de l'article R.153-1 du code des procédure civiles d'exécution : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet./ / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus./ Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ". Aux termes de l'article L.153-1 du même code : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation.". Aux termes de l'article L.412-6 du même code : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante ".
4. Il résulte de l'instruction, que la préfecture a été destinataire le 12 avril 2022, d'une demande de concours de la force publique d'abord rejetée par décision implicite née à partir du 12 juin 2022 du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes. Le concours de la force publique ayant ensuite été octroyé par décision du 10 octobre 2022, avec effet à compter du 26 octobre suivant, la période de responsabilité de l'État a débuté le 12 juin 2022, pour se terminer, selon les conclusions de la requête, le 9 octobre 2022.
Sur les préjudices invoqués par les consorts B :
5. Le juge administratif, saisi d'un recours indemnitaire, doit évaluer les préjudices subis par les propriétaires en raison de la poursuite de l'occupation irrégulière de leur bien. Le juge administratif, saisi d'un tel recours, doit évaluer ces préjudices jusqu'à la date à laquelle les requérants en ont arrêté le décompte dans le dernier état de leurs écritures, les propriétaires étant recevables à demander directement au juge déjà saisi, sans faire une nouvelle réclamation préalable auprès de l'administration, une réparation supplémentaire procédant de l'aggravation du même préjudice résultant du même fait générateur.
6. S'agissant du préjudice résultant de la privation de jouissance de leur bien, l'indemnisation due à ce titre doit être déterminée par référence à l'indemnité d'occupation fixée par le juge des référés du tribunal de proximité d'Antibes à la somme de 2 000 euros par mois. Conformément à la période de responsabilité proposée par les requérants, d'une durée de 119 jour, ils sont fondés à demander à ce titre la condamnation de l'Etat à leur payer une somme de 7 800 euros. Ils sont, en outre, fondés à demander sa condamnation à leur payer une somme au titre de la consommation d'eau des occupants durant cette période dont il sera fait une juste appréciation, faute de justificatifs produits, en la fixant à 1 000 euros. En revanche, les requérants ne sont pas recevables à solliciter une somme au titre du remboursement sur cette période, de la taxe foncière dont le paiement incombe exclusivement au propriétaire.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ".
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les consorts B et non compris dans les dépens, en application des dispositions précitées du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à payer aux consorts B, en réparation de leur préjudice, une somme totale de 8 800 euros.
Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à M. D B et au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
G. C
Le greffier,
Signé
C. Ravera
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation le greffier
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