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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300833

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300833

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300833
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS GÉRARD ROMAIN - VINCENT ZIMMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 février 2023 et 23 octobre 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) Société Nouvelle Carnot Automobiles (SNCA), représentée par Me Romain, demande au tribunal :

1°) la réduction en base, à hauteur de la somme de 500 000 euros, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre l'exercice clos au 31 décembre 2017, en droit et pénalités ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la somme de 500 000 euros revêt la nature d'un dépôt de garantie ; elle n'est pas un produit imposable ;

- à titre subsidiaire, si la qualification de dépôt de garantie est écartée et que la somme est considérée comme un produit, elle doit être réintégrée de manière étalée sur la durée initiale du bail ;

- elle peut se prévaloir de la doctrine fiscale référencée BOI-BIC-PDSTK-10-30-20 du 2 mars 2016 paragraphe 10 qui prévoit que le droit d'entrée constitue la contrepartie pour l'entreprise bailleresse, d'une cession d'éléments de son actif immobilisé ou d'une diminution de valeur vénale d'un tel élément ;

- elle peut se prévaloir de la réponse ministérielle " A " du 1er septembre 2009 laquelle considère que le droit d'entrée rémunère une prestation continue, au sens du 2 bis de l'article 38 du code général des impôts ;

- l'administration n'apporte pas la preuve du caractère intentionnel des insuffisances reprochées pour faire application des pénalités.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2023, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 janvier 2025 :

- le rapport de Mme Zettor, rapporteure,

- et les conclusions de M. Paco Loustalot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Société Nouvelle Carnot Automobiles (SNCA) qui exerce une activité de négoce de véhicules automobiles a, par un bail établi le 30 juin 2017, sous-loué un ensemble immobilier situé au Cannet à la société Bymycar Automotive. A la suite de l'examen des déclarations d'impôt sur les sociétés de la SARL SNCA, elle s'est vu notifier au titre des exercices clos les 31 décembre 2017 et 2018, des rehaussements d'impôts sur les sociétés. Par une réclamation du 30 septembre 2022, laquelle a été rejetée le 30 janvier 2023, la SARL SNCA conteste les impositions supplémentaires mises à sa charge. Elle demande au tribunal la réduction en base, à hauteur d'une somme de 500 000 euros au titre de l'année 2017, des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017, en droits et pénalités.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, dont les dispositions sont applicables à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1 () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apports et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés ". Il résulte des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, que la créance acquise sur un tiers par une personne morale passible de l'impôt sur les sociétés doit être rattachée à l'exercice au cours duquel cette créance est devenue certaine dans son principe et son montant.

3. Il résulte de l'instruction, que l'administration fiscale, après avoir constaté qu'une indemnité compensatrice d'un montant de 500 000 euros de cession d'aménagements et de matériels n'avait pas été comptabilisée dans les écritures de la SARL requérante, l'a réintégrée dans les résultats imposables de la société au titre de l'exercice clos en 2017, faute pour cette dernière d'avoir répondu de manière satisfaisante aux demandes de renseignements qui lui ont été adressées les 4 février, 11 mars et 1er juillet 2020. Il résulte des stipulations contractuelles contenues dans le bail conclu le 1er mai 2017 entre la société requérante et la société Bymycar automotive, portant sur la sous-location de l'ensemble immobilier situé au Cannet, qu'un dépôt de garantie est mentionné à l'article 4.5 intitulé " DEPOT DE GARANTIE " et porte sur une somme de 125 000 euros correspondant à deux trimestres de loyers hors taxes. La somme de 500 000 euros en litige n'est pas visée dans cet article, mais au paragraphe 5-16 du contrat de sous-location précité, intitulé " Condition particulière " dans sa version initiale, devenu " condition particulière - Droit d'entrée " dans une version modifiée, produite le 17 août 2020 par la société requérante. Dans un premier temps, la société a indiqué que cette somme de 500 000 euros correspondait à une garantie relative aux aménagements, installations et matériels, dans sa réponse du 17 avril 2020. Dans la version modifiée du contrat de bail, produite le 17 août 2020, la société requérante indique que la somme de 500 000 euros, évoquée dans le paragraphe 5-16 avec un nouvel intitulé, est : " versée à titre d'indemnité, ne peut en aucun cas être considérée comme un supplément de loyer. " Ce paragraphe précise que l'indemnité en litige : " () restera définitivement acquise au " locataire principal " ". Au surplus, l'administration fiscale soutient sans être contredite que cette somme, initialement inscrite au compte courant d'associé de M B, le gérant de la SARL a, par la suite, été portée au crédit du compte " caution aménagement " de la SARL requérante. La circonstance que la somme de 500 000 euros apparaisse dans les immobilisations d'installations générales, agencements aménagements divers de la société Bymycar n'est certes pas opposable à la société requérante, mais constitue un indice supplémentaire permettant d'exclure la qualification de dépôt de garantie devant figurer au passif du bilan. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a considéré cette somme de 500 000 euros comme un produit imposable au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2017 et l'a réintégrée dans la base d'imposition de la SARL requérante au titre de l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017. Le moyen est écarté.

4. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 2 bis. Pour l'application des 1 et 2, les produits correspondant à des créances sur la clientèle ou à des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services. / Toutefois, ces produits doivent être pris en compte : / a. Pour les prestations continues rémunérées notamment par des intérêts ou des loyers et pour les prestations discontinues mais à échéances successives échelonnées sur plusieurs exercices, au fur et à mesure de l'exécution ; () ". Dans le cas où la créance se rapporte à la fourniture de services, le 2 bis de l'article 38 précise qu'elle doit être rattachée à l'exercice au cours duquel intervient l'achèvement de la prestation. Le même texte énonce, toutefois, que les produits correspondants, soit à des prestations continues rémunérées notamment par des intérêts ou des loyers, soit à des prestations discontinues, mais à échéances successives échelonnées sur plusieurs exercices, doivent être pris en compte au fur et à mesure de leur exécution.

5. La société soutient à titre subsidiaire que la somme de 500 000 euros prévue par les dispositions du contrat de sous-location doit être considérée, si l'administration persiste à la qualifier de produit, comme un droit d'entrée perçu en tant que bailleur et a, par conséquent, le caractère d'un supplément de loyer qui rémunère une prestation continue sur la durée du bail, établi pour 10 ans. Elle s'estime ainsi fondée à comptabiliser cette recette de manière échelonnée sur la durée du bail et l'analyse comme un accessoire du loyer qui doit être étalé dans le temps. Toutefois, comme il a été dit précédemment, le contrat de bail produit ne qualifie pas la somme de 500 000 euros de droit d'entrée ou de produit assimilable au loyer et exclut explicitement que cette somme puisse être considérée comme un supplément de loyer tel qu'il est indiqué dans le paragraphe 5-16. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'article 38 2Bis du code général des impôts relatives aux règles de rattachements des produits pour la détermination du résultat imposable à l'impôt sur les sociétés.

En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :

6. La SARL SNCA n'est pas fondée à se prévaloir des énonciations de la réponse ministérielle formulée par M. A n° 44752 du 1er septembre 2009 qui traite du droit d'entrée en ce qu'il rémunère une prestation continue, au sens du 2 bis de l'article 38 du code général des impôts ni de la doctrine fiscale référencée BOI-BIC-PDSTK-10-30-20 du 2 mars 2016 paragraphe 10 qui prévoit que le droit d'entrée constitue la contrepartie pour l'entreprise bailleresse, d'une cession d'éléments de son actif immobilisé ou d'une diminution de valeur vénale d'un tel élément et qui ne contiennent pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont le présent jugement fait application.

Sur les pénalités :

7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de () 40 % en cas de manquement délibéré () ". Il résulte de ces dispositions, que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir un tel manquement, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

8. Pour établir, ainsi qu'il lui incombe, l'existence d'un manquement délibéré, l'administration fiscale relève que la société ne pouvait ignorer que l'inscription de la somme de 500 000 euros au compte courant d'associé de M. B générait à son profit une créance indue et que la réaffectation de cette somme sur un autre compte intitulé " caution aménagements ", après le début des opérations de contrôle, révélait l'intention de la SARL SNCA de maintenir cette somme dans son passif dans le but de minorer la base d'imposition sur les sociétés et d'éluder l'impôt. Le caractère significatif des insuffisances de déclarations constatées traduit le fait que la SARL requérante ne pouvait ignorer l'existence de cette recette omise. L'administration établit ainsi l'intention de la société requérante d'éluder l'impôt. Par suite, le moyen tiré de l'absence de preuve de l'intention délibérée de la société requérante d'éluder l'impôt doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin de décharge présentées par la SARL SNCA doivent être rejetées, ensemble les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E

Article 1er : La requête de la SARL SNCA est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Société Nouvelle Carnot Automobiles et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La rapporteure,

signé

V. Zettor

Le président,

signé

G. TaorminaLa greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière.

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