lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2300846 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme POUGET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 février 2023, 23 avril, 19 juin et 6 août 2024, Mme C D doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental a rejeté son recours administratif préalable obligatoire relatif à un indu de revenu de solidarité active, d'un montant de 15 118,21 euros pour la période allant de février 2021 à août 2022 inclus, et a refusé de lui accorder une remise de sa dette ;
2°) d'annuler la décision du 29 décembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant de 600 euros ;
3°) d'annuler la décision du 9 novembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année, d'un montant de 274,41 euros au titre de l'année 2021 et un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, d'un montant de 200 euros au titre du mois de juin 2022.
Elle soutient qu'elle ignorait devoir déclarer la pension alimentaire versée par son ex-mari et que la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes n'a pas pris en compte le fait qu'une partie des sommes qu'elle a perçues de son ex-mari correspondent au remboursement d'une dette de ce dernier envers elle.
Par deux mémoires en défense, enregistré les 19 avril et 31 juillet 2024, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête comme étant, d'une part, irrecevable, et d'autre part, infondée.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de moyens ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;
- le décret n° 2022-1234 du 14 septembre 2022 ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pouget, présidente,
- et les observations de Mme A B représentant le département des Alpes-Maritimes.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, Mme D doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 2 décembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental a rejeté son recours administratif préalable obligatoire relatif à un indu de revenu de solidarité active, d'un montant de 15 118,21 euros pour la période allant de février 2021 à août 2022 inclus, et a refusé de lui accorder une remise de sa dette, d'annuler la décision du 29 décembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant de 600 euros et d'annuler la décision du 9 novembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année, d'un montant de 274,41 euros au titre de l'année 2021 et un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, d'un montant de 200 euros au titre du mois de juin 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Concernant la décision du 2 décembre 2022 relative à un indu de revenu de solidarité active :
2. Aux termes de l'article L. 262-2 code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 262-3 du code précité : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. () / L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
3. Il résulte de l'instruction que Mme D a bénéficié du revenu de solidarité active à compter de sa demande en date du 3 novembre 2020. Elle a fait l'objet d'un contrôle de sa situation, diligenté par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes. Le rapport d'enquête, établi le 24 octobre 2022 par ce même agent, indique que la requérante a omis de déclarer la pension alimentaire versée par son ex-époux au titre du devoir de secours. La caisse d'allocations familiales lui a notifié, par une décision du 9 novembre 2022, un indu de revenu de solidarité active majoré, d'un montant de 4 084,56 euros pour la période allant de février à juin 2021 et un indu de revenu de solidarité active, d'un montant de 11 033,65 euros pour la période allant de juillet 2021 à août 2022. Par un courrier du 21 novembre 2022, Mme D a formé un recours administratif préalable obligatoire, lequel a été rejeté par le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes par une décision du 2 décembre 2022.
4. Mme D soutient qu'elle ignorait devoir déclarer la pension alimentaire versée par son mari, qu'elle pensait devoir attendre la fin de la procédure de divorce pour le faire et qu'une partie des sommes en litige ont été réintégrées à tort dans les ressources devant être pris en compte dès lors qu'elles correspondent au remboursement de dettes dont son ex-époux était redevable envers elle. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme D a omis de déclarer l'ensemble de ses pensions alimentaires, représentant 1 950 euros pour l'année 2020, 14 522 euros pour l'année 2021 et 12 270 euros pour l'année 2022. La requérante, bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis novembre 2020, ne pouvait ignorer l'obligation de déclarer de telles pensions, prestations compensatoires et avantages en nature auprès des services de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes. De plus, l'allégation selon laquelle M. D aurait contracté des dettes auprès de l'intéressée, de sorte qu'une partie des sommes versées par ce dernier correspondraient en réalité à de simples remboursements, n'est appuyée par la production d'aucune pièce probante. Dès lors, en indiquant de manière constante dans ses déclarations trimestrielles de ressources ne disposer d'aucune ressource, depuis le 3 novembre 2020, Mme D doit être regardée comme ayant procédé à de fausses déclarations. Par suite, c'est à bon droit que le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire et confirmé l'indu de revenu de solidarité en litige d'un montant total de 15 118,21 euros.
Concernant la décision du 9 novembre 2022 relatif à un indu de prime exceptionnelle de fin d'année et un indu d'aide exceptionnelle de solidarité :
5. D'une part, aux termes de l'article 3 du décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2021 ou, à défaut, du mois de décembre 2021, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. / Une seule aide est due par foyer ". Aux termes de l'article 6 de ce décret : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue ". En application de ces dispositions, l'attribution de la prime exceptionnelle de fin d'année est subordonnée à l'éligibilité au revenu de solidarité active au titre du mois de novembre ou décembre de l'année considérée.
6. Il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a notifié à Mme D un indu de prime exceptionnelle de fin d'année, d'un montant de 274,41 euros pour l'année 2021. Ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, Mme D a indument perçu le revenu de solidarité active de février 2021 à août 2022 inclus. Dans ces conditions, l'intéressée ne pouvait prétendre au bénéfice de la prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2021. Par suite, c'est à bon droit que le directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année, d'un montant de 274,41 euros pour l'année 2021.
7. D'autre part, aux termes de l'article 1er du décret n° 2022-1234 du 14 septembre 2022 portant attribution d'une aide financière exceptionnelle pour les ménages les plus modestes : " Une aide financière exceptionnelle est attribuée () aux bénéficiaires d'une des allocations suivantes au titre du mois de juin 2022, sous réserve que le montant de leur allocation ne soit pas nul : / 1° Le revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article 4 de ce décret : " I. - Tout paiement indu de l'aide financière exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle le versement de l'aide exceptionnelle a été perçu ". Il résulte de ces dispositions que l'aride exceptionnelle de solidarité est versée, notamment, aux bénéficiaires du revenu de solidarité active au mois de juin 2022.
8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme D a indument perçu le revenu de solidarité active de février 2021 à août 2022 inclus. Dans ces conditions, elle ne pouvait prétendre au bénéfice de l'aide exceptionnelle de solidarité au titre du mois de juin 2022. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le directeur général de la caisse d'allocations familiales lui a notifié, par un courrier du 9 novembre 2022, un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, d'un montant de 200 euros, pour la période en litige.
Concernant la décision du 29 décembre 2022 relative à une amende administrative :
9. Aux termes de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies , en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil général après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code. La juridiction compétente pour connaître des recours à l'encontre des contraintes délivrées par le président du conseil général est la juridiction administrative. Aucune amende ne peut être prononcée à raison de faits remontant à plus de deux ans () ". Aux termes de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale : " I () Le montant de la pénalité est fixé en fonction de la gravité des faits, dans la limite de deux fois le plafond mensuel de la sécurité sociale. () ".
10. Il appartient au juge du fond, saisi d'une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de se prononcer, eu égard à son office de juge de plein contentieux, sur les manquements qui sont à l'origine du prononcé de cette sanction et de prendre une décision qui se substitue à celle de l'administration et, le cas échéant, de faire application d'une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l'infraction a été commise et celle à laquelle il statue. Par suite, compte tenu des pouvoirs dont il dispose ainsi pour contrôler une sanction de cette nature, le juge se prononce sur la contestation dont il est saisi comme juge de plein contentieux.
11. Pour contester la décision du 29 décembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant de 600 euros, Mme D soutient qu'elle ignorait devoir déclarer ses pensions alimentaires. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement que la décision du 29 décembre 2022 trouve son origine dans les fausses déclarations répétées commises par la requérante. Dans ces conditions, l'amende prononcée à l'encontre de l'intéressée est justifiée, tant dans son principe que dans son montant, et le moyen tendant à l'annulation de la décision du 29 décembre 2022 doit être écarté.
Sur les conclusions relatives à une remise de dette de revenu de solidarité active :
12. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active.() La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".
13. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration.
14. Comme il a été dit au point 4 du présent jugement, l'indu de revenu de solidarité mis à la charge de Mme D trouve son origine dans de fausses déclarations, lesquelles font nécessairement obstacle, conformément à l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles précité, à ce que l'intéressée puisse prétendre à la remise ou à une réduction d'indu. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a refusé de lui accorder une remise de sa dette de revenu de solidarité active.
15. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le département des Alpes-Maritimes, que la requête de Mme D doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
La présidente,La greffière,
signésigné
M. E
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026