mardi 14 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2301247 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DE LA GRANGE & FITOUSSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 mars 2023 et 20 avril 2023, Mme B D, épouse C, M. G C représenté par Mme B C en sa qualité de représentante légale et M. A C, représentés par Me Mingasson, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice à leur verser une provision d'un montant de 495 000 euros, à valoir sur la réparation de leurs préjudices en lien avec les fautes commises par le SAMU 06 à l'origine du décès de M. A C ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nice la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- le centre hospitalier universitaire de Nice est le débiteur de l'obligation de garantir les faits survenant au cours du service de régulation du SAMU 06 qui lui est rattaché ;
- le SAMU 06 a commis plusieurs fautes qui engagent sa responsabilité : erreur de diagnostic du médecin régulateur mis en exergue par l'expert et corroboré par le médecin conseil de Mme C ; erreur à n'avoir pas vérifié que les médecins de garde avaient effectivement pris en charge M. C ; le lien de causalité entre ces manquements et le décès est établi ; le CHU de Nice prend en compte une note du second médecin conseil mandaté par le centre hospitalier qui comporte des lacunes sur l'état de santé de M. C, sur l'analyse de l'interrogatoire et sur le moment du décès ; la demande de mise hors de cause de l'ONIAM est prématurée au stade du référé ;
- les préjudices suivants sont établis et conduisent à une indemnisation d'un montant total de 1 646 863,54 euros : souffrances endurées par la victime (30 000 euros) ; préjudices subis par Mme C, frais relatifs aux obsèques (2827,96 euros + 550 euros + 1 507,46 euros), au préjudice d'accompagnement (10 000 euros), au préjudice d'affection (30 000 euros) ; préjudices subis par les enfants de la victime, préjudice d'affection (30 000 euros chacun) ; s'agissant du préjudice économique, il s'élève à 189 478,28 euros pour G C, à 98 130,79 euros pour M. A C et à 1 217 829, 77 euros pour Mme C ; le préjudice financier à 9 917,24 euros.
Par un mémoire, enregistré le 24 mars 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Fitoussi, demande au tribunal de le mettre hors de cause.
L'ONIAM soutient que :
- la demande de provision n'est pas dirigée à l'encontre de l'ONIAM ;
- le dommage est à rattacher exclusivement à des manquements du CHU de Nice.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2023, le centre hospitalier universitaire de Nice, représenté par Me Chas, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, en cas de versement d'une provision, demande au tribunal de retenir un taux de perte de chance de 30 %, d'écarter le préjudice économique et le préjudice d'accompagnement et de ramener, à de plus justes proportions, les montants réclamés au titre des préjudices d'affection.
Il soutient que :
- sa responsabilité n'est pas engagée ; l'expert conclut qu'il n'y a pas de lien de causalité entre le manquement dans l'analyse des signes d'appel au centre 15, l'absence d'envoi de moyens adéquats et le décès de M. C ;
- à titre subsidiaire, le taux de perte de chance retenu par l'expert ne peut pas dépasser 30 % ; aucune provision ne peut être allouée en prenant pour base le préjudice économique ; le préjudice d'accompagnement ne peut qu'être écarté.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Pascal, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. B D, épouse C, pour elle-même et pour son fils, mineur, G C et M. A C demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice à leur verser une provision d'un montant de 495 000 euros, à valoir sur leurs préjudices résultant du décès de M. C survenu le 16 août 2018 à son domicile, à Vence.
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.
Sur la responsabilité du CHU de Nice :
En ce qui concerne les fautes :
3. Il résulte de l'instruction et notamment de l'expertise diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) et du rapport préliminaire de la gendarmerie nationale que M. A C, né le 8 février 1961, a joint, le 16 août 2018, à 13 h 37 le SAMU centre 15 du CHU de Nice et a fait état d'une douleur, de type brûlures dans la poitrine et la persistance d'une céphalée. Le médecin régulateur a proposé à M. C de consulter un médecin à Vence, puis M. C faisant état de son état de fatigue, a orienté ce dernier vers une visite à domicile via le service de l'association des médecins de garde de Vence. A 13 h 47, M. C a appelé la plate-forme de cette association qui a transmis la demande de M. C au docteur F lequel a demandé, à 13 h 56, à la plate-forme de joindre le docteur qui assurait la garde dans le secteur de Vence. A 13 h 59, ce docteur a indiqué qu'elle ne pouvait se déplacer et a demandé que le docteur F soit recontacté. Celui-ci a indiqué à la plate-forme de joindre M. C pour que celui-ci contacte le SAMU et, à défaut, de contacter, directement le SAMU. A 14 h 19 et à 14 h 23, la plate-forme a cherché à joindre M. C, qui n'a pas répondu. Un voisin découvrira, le lendemain, le corps sans vie de M. C.
4. L'expert, le docteur E a retenu que le SAMU centre 15 a commis des manquements contraires aux bonnes pratiques, la non prise en compte par le médecin régulateur des signes cliniques présentés par M. C qui aurait dû conduire à l'envoi d'un moyen de secours adéquat dès la fin de l'appel à 13 h 47 et l'absence d'envoi de moyens adéquats. Ces manquements, que la CCI a retenu dans son avis du 26 novembre 2021 et qui ne sont pas utilement contestés par le CHU de Nice, sont de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier.
En ce qui concerne le lien de causalité :
5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient par un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel survenu, mais la perte d'une chance d'éviter ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
6. L'expert a estimé que le décès de M. C est survenu entre 13 h 53 et 14 h 19. La CCI a estimé, dans son avis du 26 novembre 2021 précité, que les manquements fautifs du SAMU centre 15 du CHU de Nice sont à l'origine d'un retard de prise en charge et d'une perte de chance d'éviter le décès, qu'elle chiffre à 50 %, en précisant qu'il demeure des incertitudes sur l'heure exacte et les causes du décès. Le rapport d'expertise est plus réservé sur le lien entre les manquements et le décès en retenant qu'une prise de décision, dès 13 h 47 sur l'envoi de secours adaptés, aurait été " probablement trop tardive " et que " même dans l'hypothèse où l'événement létal était en cours au moment de l'arrivée des secours, l'issue favorable de la prise en charge reste très incertaine ". Les requérants font valoir, s'appuyant sur une expertise du médecin conseil, cardiologue, de Mme C datée du 29 septembre 2021, que M. C était en vie au minimum jusqu'à 14 h 28, que le véhicule de secours aurait pu arriver au domicile de M. C à 14 h 05 au plus tard et que les premiers soins sur place auraient conduit à diminuer considérablement le risque de décès par troubles du rythme ou insuffisance cardiaque aiguë. Par ailleurs, le médecin, qui a effectué la levée du corps, le 17 août 2018, a indiqué que " le décès a pu survenir le 16 août 2018 à 20 heures ". L'autopsie médico-légale réalisée le 30 août 2018 a conclu, après avoir notamment observé un état antérieur cardio-vasculaire et un syndrome asphyxique avec un œdème pulmonaire, que la mort naturelle est vraisemblable.
7. Il résulte de l'instruction qu'il subsiste, à la date à laquelle le juge des référés statue, des incertitudes sur les causes et l'heure du décès. En l'état de l'instruction, le lien de causalité entre les fautes incontestables du centre hospitalier et le décès de M. C ne peut être établi avec un degré suffisant de certitude ni a fortiori l'appréciation d'un taux de perte de chance. Dès lors, l'existence de l'obligation dont les requérants se prévalent ne présente pas le caractère non sérieusement contestable exigé par les dispositions de l'article R.541-1 du code de justice administrative.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme D, pour elle-même et son fils mineur, et de M. A C tendant à l'octroi d'une provision doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Nice, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme D, épouse C, et de M. A C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D, épouse C, à M. A C, au centre hospitalier universitaire de Nice et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Fait à Nice, le 14 novembre 2023.
Le juge des référés,
signé
F. Pascal
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026
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01/06/2026