lundi 11 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2301358 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP SAIDJI & MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 mars 2023 sous le 2301358, Mme D B, en sa qualité d'ayant droit de M. C B, représentée par Me Thierry Cabello, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R.532-1 du code de justice administrative, d'ordonner une expertise médicale contradictoire afin de :
- rechercher et décrire les causes et circonstances du décès de feu son époux survenu au centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice le 7 septembre 2022 ;
- se prononcer sur l'existence d'une éventuelle faute du centre hospitalier universitaire du CHU de Nice et d'évaluer l'ensemble de ses préjudices en résultant ;
Mme B soutient que :
- feu son époux a été adressée au service de gastroentérologie du CHU de Nice pour un avis endoscopique sur une gastrite atrophique et une résection de polypes intestinaux détectés le 9 mai 2022 ;
- à son admission dans le service, il était apyrétique est stable et hémodynamiquement., l'abdomen était souple, dépressible et indolore, sans masse palpée et les bruits hydroaériques étaient perçus ;
-une consultation pré-anesthésique du 6 septembre 2022, retrouvait une allergie aux pénicillines et une hypoacousie bilatérale sans autre antécédent médico-chirurgical et il n'a pas été noté de critères évoquant une intubation difficile ;
-le 7 septembre 2022, lors du geste endoscopique, M. B a présenté un arrêt cardiaque au décours de l'induction anesthésique, il a bénéficié de l'administration d'adrénaline, d'atropine, d'un choc électrique externe et d'un massage cardiaque permettant un retour à un rythme sinusal ;
-il a par la suite présenté une fibrillation ventriculaire à larges mailles sans pouls, irrécupérable et
son décès dont la cause évoquée étant " par choc anaphylactique aux curares " ;
-la responsabilité du CHU de Nice est engagée et justifie l'utilité de sa présente demande d'expertise.
Par un mémoire, enregistré le 23 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Var qui intervient pour la CPAM des Alpes-Maritimes, indique qu'elle n'est pas en mesure de présenter une créance dans la présente instance et que M. C B a été pris en charge au titre du risque maladie, dans l'accident médical en litige.
Par un mémoire, enregistré le 27 mars 2023, le CHU de Nice représenté par Me Sophie Chas, déclare ne pas s'opposer à la demande d'expertise sollicitée sous ses plus expresses protestations et réserves quant à sa responsabilité et demande au tribunal d'ordonner :
- que la mission expertale précise qu'il se prononce sur un éventuel manquement aux règles de l'art pouvant être relevé à son encontre et les préjudices qui en découleraient à l'exclusion de toute prise en charge par d'autres professionnels de santé, cause étrangère ou conséquence tenant à l'état antérieur de la victime ;
- que soit remis à l'expert par l'organisme social un relevé de prestation détaillé des soins imputés à la prise en charge en cause, à défaut de cette production, que l'expert le mentionne sur son rapport.
Par un mémoire, enregistré le 28 mars 2023, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) représenté par Me Ali Saidji, ne s'oppose ni à sa mise en cause, ni à la demande d'expertise médicale, sans reconnaître pour autant l'existence d'un droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale. La mission confiée à l'expert devra être complétée sur le délai d'établissement du diagnostic ainsi que sur un éventuel retard de prise en charge et ses conséquences.
Il demande au juge des référés d'ordonner la réserve des dépens et de compléter la mission confiée à l'expert par :
-la détermination du caractère habituel ou prévisible de cette complication s'il estime que le décès est survenu à la suite d'un accident médical, et les préjudices en rapport avec cette dernière ;
-le dépôt d'un pré-rapport d'expertise à soumettre aux parties avant le rapport final.
Vu l'ensemble des pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la mesure d'expertise sollicitée :
1 . Aux termes des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2 . Mme D B demande au juge des référés de prescrire une expertise médicale contradictoire à la suite du décès de son mari M. C B survenu le 7 septembre 2022 au décours d'une résection de polypes par voie endoscopique au CHU de Nice. Elle demande que soient précisés les cause et circonstances du décès et les préjudices pouvant résulter d'une éventuelle faute ou manquement du CHU de Nice. Les faits exposés peuvent donner lieu à un litige susceptible de relever de la compétence de la juridiction administrative. L'expertise demandée entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et revêt un caractère utile. Il convient, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 de la présente ordonnance.
Sur le dépôt d'un pré-rapport d'expertise :
3 . Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit, ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et de le soumettre préalablement aux parties. Toutefois l'article R. 621-7 du CJA modifié par le décret du 16 juin 2023 qui entrera en vigueur le 1er janvier 2024 prévoit que " l''expert recueille et consigne les observations des parties sur les constatations auxquelles il procède et les conclusions qu'il envisage d'en tirer ". Il suit de là que les conclusions de l'ONIAM tendant à ce que le juge des référés ordonne la production d'un pré-rapport et sa communication préalable aux parties, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la réserve des dépens :
4 . Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires ". Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. " .
5 . Les dispositions précitées font obstacle à ce que le juge des référés se prononce sur les dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite la demande présentée en ce sens par l'ONIAM doit être rejetée.
ORDONNE :
Article 1er - Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de Mme D B, de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, de la caisse primaire d'assurance maladie du Var, du centre hospitalier universitaire de Nice et de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux.
Article 2 - L'expert aura pour mission :
1') de solliciter la communication de tous documents médicaux et para-médicaux de feu M. C B né le 5 février 1966 et décédé au CHU de Nice le 7 septembre 2022 nécessaires à l'accomplissement de sa mission ;
2') de prendre connaissance de toute pièce utile, notamment de l'autopsie scientifique réalisée le 22 septembre 2022 par le CHU de Nice et de l'intégralité du dossier médical original que lui communiquera sans délai cet établissement hospitalier ainsi que de tous documents relatifs aux examens, soins et interventions dont le défunt a fait l'objet ; il pourra entendre toute personne du service hospitalier lui ayant donné des soins ;
3') d'entendre les ayants droits de feu M. B et de dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si la victime ou ses ayants droit ont été informés des conséquences normalement prévisibles des actes médicaux pratiqués et si elle a été ainsi mis à même de formuler un consentement éclairé ; préciser si elle a reçu toutes informations sur l'existence de risques, même faibles, de complications susceptibles de se produire ;
4') de décrire l'état de santé de la victime lors de son admission au CHU de Nice, l'ensemble des lésions et maladies dont il était porteur et les soins et prescriptions antérieurs à son admission, leur évolution ainsi que les conditions dans lesquelles il a été pris en charge jusqu'à son décès et d'en préciser la ou les causes ;
5°) de réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales (diagnostic, choix thérapeutiques., retard..) ou de soins ou des fautes dans l'organisation ou le fonctionnement des services ont été commises compte tenu des antécédents et de l'état antérieur de la victime ; de rechercher si les actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art et aux données acquises de la science et de se prononcer sur l'éventualité d'une absence d'administration d'un traitement ou de réalisation d'une intervention;
6°) de rechercher l'origine du décès du patient et notamment s'il résulte d'un aléa thérapeutique ou d'un manquement des services et préciser le cas échéant s'il résulte des conséquences prévisibles de la pathologie initiale de la victime ; déterminer le caractère habituel ou prévisible de l'éventuelle complication survenue ;
7°) d'indiquer si les fautes éventuellement constatées ont fait perdre à feu M. C B une chance sérieuse de se maintenir en vie compte tenu de sa pathologie lors de son hospitalisation ; dans l'affirmative, d'évaluer cette éventuelle perte de chance ; de se prononcer sur l'information donnée par le CHU de Nice aux les ayants-droits de la victime et sur le lien de causalité éventuel entre les préjudices subis par la victime puis son décès et sa prise en charge au sein des services hospitaliers ;
8°) d'évaluer le cas échéant l'étendue des préjudices qui seraient résulté de ces fautes à l'exclusion de ceux qui ne seraient que la conséquence normale de l'état pathologique du patient, antérieur à l'intervention du service hospitalier, notamment s'agissant des préjudices patrimoniaux et extra-patrimoniaux des ayant droits du défunt ;
9°) de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies, permettant à la juridiction de se prononcer sur les responsabilités et l'étendue des préjudices subis dans le cadre d'un éventuel recours en responsabilité ;
L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif. Il est enjoint aux parties, tant demanderesse que défenderesse, dans le délai de huit jours à compter de la demande qui leur en sera adressée par lettre recommandée avec accusé de réception par l'expert, d'avoir à fournir toutes les pièces qu'elles pourraient détenir et dont la production s'avérerait nécessaire à l'accomplissement de la mission ici définie ;
L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif conformément aux prescriptions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative ;
Si, le cas échéant avec l'accord des parties, l'expert prend l'initiative d'une médiation, il devra en aviser la présidente du tribunal et préserver dans son rapport d'expertise, sa confidentialité.
Article 3 - Est désigné en qualité d'expert : M. le docteur A E exerçant au 49, avenue Reibaud BP 50046 à Antibes cedex 01
Article 4 - L'expert, après avoir prêté serment par écrit, accomplira sa mission conformément aux dispositions des articles R. 621-7 et suivants du code de justice administrative.
Il déposera son rapport dans un délai de 6 mois à compter de la notification de la présente décision, accompagné de son état de vacations, frais et honoraires, conformément aux dispositions suivantes de l'article R. 621-9 du code de justice administrative : " Le rapport est déposé au greffe dans les conditions prévues à l'article R.621-6-5 (par voie électronique). Des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues à l'article R.621-7-3 (par voie électronique).".
Article 5 - Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 - La présente décision sera notifiée à Mme D B, à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var, au CHU de Nice, à l'ONIAM et à M. le docteur A E, expert.
Fait à Nice, le 11septembre 2023.
signé
Marianne POUGET
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
2301358mgf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026