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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301546

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301546

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301546
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSELARL BRL - BAUDUCCO - ROTA - LHOTELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2023 sous le n° 2301546 et mémoires enregistrés les 25 mai 2023 et 18 juillet 2023, la commune de Cannes, représentée par Me Louis-Jérôme Paloux, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative d'ordonner :

1°) une expertise contradictoire portant sur les anomalies et dysfonctionnements qui affectent le four n° 2 du crématorium situé chemin de la Plaine de Laval, à Cannes La Bocca dont la maintenance a été confiée à la société ATI Industries par un accord-cadre du 2 janvier 2019. La mission confiée à l'expert devant permettre d'identifier la cause de l'incendie qui a affecté ledit four le 5 août 2022, la nature des dommages, les modalités et le coût des réparations et les responsabilités qui en découlent en vue d'une indemnisation de ses préjudices.

L'expert devant également d'une part, indiquer si les missions de la société ATI Industries ont été réalisées conformément à ses obligations contractuelles et d'autre part, apporter tout élément de fait et toutes constatations nécessaires à la prise en charge par les assurances respectives des parties des dommages et préjudices qu'elle a subis.

2°) la réserve des frais d'expertise et dépens.

La commune de Cannes soutient que :

-le 27 septembre 2017, un premier incident avait affecté le four n° 2 à la suite de l'implosion d'un défibrillateur cardiaque ;

-le 5 mai 2022, la société ATI Industries a effectué une intervention de maintenance sur le site afin notamment de permettre d'anticiper les défaillances prévisibles de l'installation ;

- le 5 août 2022, un incendie a affecté le four n° 2 dans le local d'introduction des corps ;

-la présence de flammes entre le four et sa table d'introduction, qui se sont propagées ont endommagé la table d'introduction, la sole et la porte du four, tandis que les fumées et les suies ont détérioré le local ;

- ce sinistre déclaré à son assureur la MAIF a contraint le crématorium à fonctionner en mode " dégradé " alors qu'il doit assurer ce service public en continuité ;

- le rapport de l'audit du crématorium réalisé le 9 août 2022, effectué par un ingénieur de la

société ATI Industries, n'est parvenu à aucune conclusion concernant les causes de l'incendie ;

-le 16 septembre 2022, l'expert mandaté par la MAIF, dans le cadre d'une expertise amiable contradictoire, M. E A, a relevé plusieurs anomalies et dysfonctionnements relatifs au four n° 2 et a mis en avant deux causes plausibles du sinistre, qui sont toutes les deux inhérentes aux seules missions de la société ATI Industries ;

-le 11 octobre 2022, elle a mis la société ATI Industries en demeure de lui communiquer le registre informatisé des crémations, sans obtenir de réponse ;

-le 24 octobre 2022, l'expert de la compagnie AXA France, assureur de la société ATI Industries, a conclu à une cause extérieure au four ;

- la MAIF l'a informée de son refus de prendre en charge les dommages constatés sur le four n° 2 à la suite de l'incendie du 5 août 2022 et a classé sans suite sa demande d'indemnisation ;

-l'accord-cadre pris avec la société ATI Industries relatif à la maintenance des fours du crématorium est arrivé à terme en décembre 2022, aussi elle a fait dresser un procès-verbal le 30 décembre 2022 d'état des lieux de sortie ;

-cet état des lieux atteste lui aussi de plusieurs anomalies et dysfonctionnements sur le site du four n° 2 ;

-le 7 février 2023, le rapport de M. B F, expert qu'elle a mandaté pour procéder à une nouvelle expertise technique des installations du crématorium, confirmait que la maintenance préventive n'a pas été réalisée correctement par la société ATI Industries, en mettant en avant " la mauvaise prestation de la maintenance " et relevait que la situation du four n° 2 présentait en début février 2023 un danger de déclenchement d'incendie dans la zone d'introduction ;

- dès lors, la société ATI a failli dans l'exécution de son contrat et ne l'a pas prévenue formellement des dangers engendrés par la situation, ce qui justifie la présente demande d'expertise judiciaire ainsi que la possibilité d'un second litige avec son assureur qui a refusé de prendre en charge d'indemnisation des dommages ;

- elle signale l'urgence de la désignation de l'expert, le département des Alpes-Maritimes n'étant doté que de deux crématoriums à Nice et Cannes, ce dernier ne dispose que de deux autres fours qui doivent aussi être rénovés au regard de dysfonctionnements ;

- si la société ATI Industries admet l'existence de constats et rapports probants, elle n'accepte pas leurs conclusions et l'engagement de sa responsabilité, ainsi en l'absence de consensus, une expertise judiciaire est utile et indispensable ;

- si la société ATI estime que les précédents constats et rapports sont suffisamment " fiables ", alors que certains d'entre eux ont été effectués 4 à 6 mois après l'incident du 5 août 2022, il n'y a aucune raison pour que l'expertise demandée ne le soit pas tout autant ;

- la circonstance qu'elle ait lancé un appel d'offres afin de rénover certains des équipements du crématorium ne s'oppose pas à la nécessité de chiffrer précisément le montant du préjudice qu'elle a subi de la part de la société ATI ;

- l'expert devra prendre connaissance des documents contractuels encadrant les missions d'ATI et vérifier si la maintenance des équipements mis à sa charge a bien été effectuée, conformément aux prescriptions et aux règles de l'art sans qu'il se prononce sur la portée du contrat ou qu'il apprécie son étendue ;

-le chef de mission initial " se prononcer sur la prise en charge par les assurances respectives des parties des dommages et les préjudices qu'elle a subis devra être remplacé par " Rechercher et indiquer tout élément de fait et constatations nécessaires à la prise en charge par les assurances respectives des parties des dommages et préjudices qu'elle subit " ;

- la mesure d'instruction sollicitée est circonscrite au four n°2 et à l'incendie du 5 août 2022 et s'appuie sur des éléments circonstanciés ;

- elle n'a pas à justifier de factures et autres coûts qu'elle a été amenée à régler ayant fait une déclaration de sinistre auprès de son assureur ;

- le rappel de la reprise de la maintenance par la société DAMRYS depuis le 1er janvier 2023 est sans incidence sur l'origine du sinistre incendie ;

- l'avis d'attribution du marché en date du 12 mai 2023 à la société Vezzani Forni, ayant pour objet le changement de deux fours dont le n°2, ne rend pas inutile l'expertise, puisque c'est aussi le défaut de maintenance des fours qui a contribué à cette nécessité de travaux ;

- le délai écoulé depuis l'incendie ne fait pas obstacle à la désignation d'un expert ;

- la réalité des désordres ressort du compte-rendu d'accédit contradictoire du 16 septembre 2022 établi par l'expert de la MAIF, l'incendie du 5 août 2022 du four n°2 l'ayant endommagé ;

- le rapport d'expertise du 7 février 2023 met en exergue la responsabilité d'ATI Industries dans l'incendie et indique la destruction de la table d'introduction ;

- l'expertise à intervenir devra se faire aussi sur pièces, ayant déjà fait réaliser des travaux pour assurer la continuité du service public.

Par un mémoire, enregistré le 3 mai 2023, la SAS ATI Industries représentée par Me Simon Daboussy, demande au juge des référés :

- à titre principal de rejeter la demande d'expertise sollicitée pour défaut d'utilité ;

- à titre subsidiaire de :

.rejeter les chefs de mission portant sur la conformité des missions qu'elle a réalisées à ses obligations contractuelles et sur la prise en charge par les assurances respectives des parties des dommages et préjudices subis par la commune ;

.prendre acte de ses protestations et réserves d'usage sur le reliquat de la mesure d'expertise sollicitée.

-en tout état de cause, d'ordonner le versement par la commune de Cannes de la somme de 2 000 € sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative (CJA).

La SAS ATI Industrie fait valoir que :

- la commune de Cannes dispose d'éléments suffisants et une expertise supplémentaire n'apportera aucun élément nouveau ;

- les différentes interventions réalisées à l'initiative des deux parties, ont déterminé que l'origine des désordres vient de la zone d'introduction des corps en raison notamment du défaut d'étanchéité de la porte d'introduction ;

-la nature et l'étendue des dommages causés par l'incendie ainsi que les dysfonctionnements existants dans chaque four du crématorium ont été identifiés ;

- le rapport du 7 février 2023 précise d'ailleurs que la SAS DAMRYS, titulaire du contrat de maintenance, a effectué des devis pour effectuer les travaux de remise en état des trois fours ;

- une expertise réalisée plus de huit mois après l'incendie sera moins fiable que les constats et expertises déjà réalisés peu de temps après, alors même que le four a été réutilisé à de multiples reprises ;

-la commune a lancé un nouvel appel d'offres afin de rénover le crématorium et de remplacer les trois fours, ainsi il n'y a pas lieu de désigner un expert qui aurait pour mission d'évaluer la nature, l'importance et de coût des travaux nécessaires à la réfection du four n° 2 ce dernier ayant vocation à être remplacé prochainement ;

- il ne revient pas à un expert judiciaire de se prononcer sur :

. le respect des obligations contractuelles, une telle mission porte sur une question de droit qui pourra seulement être tranchée par le juge du fond ;

. la prise en charge financière par les assureurs de chaque partie, cette question intéressant les contrats d'assurance conclus entre chaque assureur et son assuré.

Par un mémoire, enregistré le 22 mai 2023, le groupe MAIF (Mutuelle d'assurance des instituteurs de France), représenté par Me Karine Lhotellier, en sa qualité d'assureur de la commune de Cannes, ne s'oppose pas à l'expertise contradictoire sollicitée étant précisé qu'il ne lui appartient pas de prendre en charge les travaux de reprise pour lesquels il n'a pas donné son accord.

Il demande au juge des référés :

1°) de compléter la mission confiée à l'expert par ;

- la communication des correspondances intervenues depuis le sinistre avec la commune de Cannes, ainsi que le contrat d'assurance les liant ;

- dire si d'autres sinistres sont survenus sur le four n°2 du crématorium de la commune et l'ensemble de ses accessoires, depuis son installation en 1995, en déterminer leur origine, la ou les causes, ainsi que les travaux de réparation qui ont été réalisés à cette occasion ;

- décrire les travaux de reprise des désordres réalisés par la commune après le sinistre du 5 août 2022 ainsi que leur coût ;

-préciser la nature des travaux et leur montant pour lequel il avait donné son accord à la commue avant leur réalisation.

2°) d'ordonner la réserve des dépens.

Le Groupe MAIF expose que :

- le rapport d'expertise du 16 septembre 2022 réalisé par le cabinet qu'il a mandaté déterminait deux causes probables de l'incendie d'août 2022 (écoulement des graisses et surpression à l'intérieur du four), écartait l'hypothèse d'un incendie d'origine électrique et constatait plusieurs anomalies sur le carnet d'entretien ;

- il apprenait fortuitement qu'un incendie avait déjà touché le four en 2017 ;

- s'il avait accepté de prendre en charge les frais relatifs aux travaux de décontamination des locaux, il n'a pas donné son accord pour le remplacement de la table d'introduction et la réparation du four afin de ne pas se priver de la possibilité de faire valoir ses droits et actions auprès du tiers responsable des dommages.

Par un mémoire, enregistré le 23 mai 2023, la compagnie Axa France Iard, représentée par Me Jean-Pierre Hounieu, en sa qualité d'assureur de la société Ati Industries, demande au juge des référés :

- à titre principal de rejeter la demande d'expertise sollicitée pour défaut d'utilité ;

- à titre subsidiaire de :

. prendre acte de ses protestations et réserves d'usage quant à la recevabilité des actions susceptibles d'être engagées à son encontre ou celle de son assurée, quant à la responsabilité éventuelle de cette dernière et quant à la garantie assurantielle due ;

. compléter la mission de l'expert par la description et l'examen sur place ou sur pièces, des éventuels désordres affectant le four n° 2 ; la détermination de l'origine et la cause de ces désordres en précisant s'ils sont dus à une faute dans sa maintenance ou à une faute dans son exploitation ou de toute autre cause et fixer la part d'imputabilité de chaque intervenant ;

. solliciter la production d'un pré-rapport avant le dépôt du rapport définitif ;

. dire que les frais et honoraires de l'expertise seront taxés ultérieurement par le président du tribunal.

Par un mémoire enregistré le 9 juin 2023 la compagnie Axa France Iard et la société Ati industries représentées par Me Jean-Pierre Hounieu, demandent au juge des référés :

- à titre principal de rejeter la demande d'expertise sollicitée pour défaut d'utilité ;

- à titre subsidiaire de :

. prononcer leurs mises hors de cause ;

. prendre acte de leurs protestations et réserves quant à la recevabilité des actions susceptibles d'être engagées à leur encontre ;

. compléter la mission de l'expert par la description et l'examen sur place ou sur pièces, s'il existe des désordres affectant le four n° 2 ; la détermination de l'origine et la cause de ces en précisant s'ils sont dus à une faute dans sa maintenance ou à une faute dans son exploitation ou de toute autre cause et fixer la part d'imputabilité de chaque intervenant ;

. solliciter la production d'un pré-rapport avant le dépôt du rapport définitif ;

. dire que les frais et honoraires de l'expertise seront taxés ultérieurement par le président du tribunal.

Elles font valoir que :

-en faisant procéder aux travaux de remise en état du four n°2 et de la table d'introduction en passant outre l'accord de la MAIF, la commune a causé le dépérissement total et définitif des moyens de preuve des prétendus désordres et préjudices dont elle se prévaut ;

- l'expertise ne saurait reconstituer des éléments probatoires à propos de désordres dont la commune n'a pas pris soin d'établir la teneur précise, afin d'obtenir la garantie de son assurance pour les travaux prétendument réalisés, dont n'est connu ni le détail, ni le montant ;

- la commune ne produit aucun élément probant, qu'il s'agisse de la matérialité des désordres ou des conséquences qui en auraient résulté ;

- il y a lieu de les mettre hors de cause dès lors que le litige en cause oppose exclusivement la commune à son assureur ;

- doivent être écartés de la mission :

. l'audit historique des ouvrages litigieux sollicité par la MAIF, l'expertise devant porter uniquement sur le seul sinistre du 5 août 2022 ;

. le prononcé de la prise en charge par les assurances respectives des parties, des dommages et préjudices subis par la commune ;

. la recherche d'élément de fait et constatations nécessaires à la prise en charge par les assurances respectives des parties, des dommages et préjudices de la commune.

Vu l'ensemble des pièces du dossier ;

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les demandes de mises hors de cause de la société Ati industries et de son assureur la compagnie Axa France Iard :

1. La société ATI Industries et son assureur la compagnie Axa France Iard demandent leurs mises hors de cause aux opérations d'expertise. La mesure d'expertise est une mesure d'instruction qui ne saurait préjuger sur le fond du litige, tous droits et moyens des parties étant de ce fait réservés, il n'y a pas lieu de faire droit à ces demandes de mise hors de cause.

Sur l'utilité de l'expertise sollicitée :

2 . Aux termes des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. (). Les demandes présentées en application du présent chapitre sont dispensées du ministère d'avocat si elles se rattachent à des litiges dispensés de ce ministère.".

3 . La commune de Cannes demande que soit ordonnée une expertise contradictoire portant sur les anomalies et dysfonctionnements qui affectent le four n° 2 du crématorium situé à Cannes La Bocca, dont la maintenance a été confiée à la société ATI Environnement par contrat public du 2 janvier 2019. La mission confiée à l'expert devant permettre de se prononcer sur l'incendie du 5 août 2022 qui a endommagé ledit four, d'identifier la cause de cet incendie, la nature des dommages, les modalités et le coût de leur réparation et les responsabilités qui en découlent en vue d'une indemnisation de ses préjudices. S'il n'appartient à l'expert ni de réaliser un audit historique de l'ouvrage litigieux, comme le demande le groupe MAIF, ni de se prononcer sur la conformité des missions de la société ATI Industries à ses obligations contractuelles, ce dernier point relevant de l'examen du juge du fond éventuellement saisi, les autres chefs de missions sollicités par la commune de Cannes entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présentent un caractère utile. Il convient, en conséquence, d'y faire droit et de limiter la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance, au contradictoire de la SAS ATI industries, de son assureur Axa France Iard, de la commune de Cannes et de son assureur le groupe MAIF.

Sur le dépôt d'un pré-rapport d'expertise :

4 . Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit, ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et de le soumettre préalablement aux parties. Toutefois l'article R. 621-7 du code de justice administrative prévoit : " () L'expert recueille et consigne les observations des parties sur les constatations auxquelles il procède et les conclusions qu'il envisage d'en tirer. Toutefois, lorsque l'expert a fixé aux parties un délai pour produire leurs observations, il n'est pas tenu de prendre en compte celles qui lui sont transmises après l'expiration de ce délai. () ". Il suit de là que les conclusions des parties tendant à ce que le juge des référés ordonne la production d'un pré-rapport ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la réserve des frais d'expertise et des dépens :

5 . Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires ". Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

6 . Les dispositions précitées font obstacle à ce que le juge des référés ordonne la réserve des frais d'expertise et des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite les demandes présentées en ce sens par les parties doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

7 . Aux termes des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8 . Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite la demande présentée en ce sens par la SAS Ati industries doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er - Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de la commune de Cannes, de son assureur la MAIF, de la SAS Ati Industries et de son assureur Axa France Iard.

Article 2 - L'expert aura pour mission :

1°) de prendre connaissance des pièces de l'accord-cadre du 2 janvier 2019, portant sur la maintenance des fours de crémation, des lignes de filtration des rejets gazeux et leurs accessoires et équipement annexes du crématorium de Cannes, confié par la commune de Cannes à la société ATI Industries, ainsi que de toute pièce utile (documents de maintenance, d'exécution, procès-verbaux et constats établis) ;

2°) de se rendre, s'il l'estime utile, sur les lieux du crématorium situé chemin de la Plaine de Laval, à Cannes La Bocca et de décrire les dysfonctionnements, malfaçons et/ou non façons qui affectent le four n° 2, d'en effectuer un relevé précis et détaillé en indiquant, si faire se peut, leur date d'apparition et en donnant tous éléments de fait permettant d'apprécier s'ils sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ;

3°) de donner un avis motivé sur les origines des désordres relevés en lien avec l'incendie survenu le 5 août 2022, dire s'ils sont évolutifs, en distinguant les faits imputables à la conception de l'ouvrage, à un défaut de direction ou de surveillance, à l'exécution du contrat de maintenance, ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien et, dans le cas d'origines multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

4°) d'effectuer un relevé précis des opérations de maintenance réalisées par la SAS ATI Industries et des travaux réalisés par la commune de Cannes ;

5°) d'indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle en vue d'une utilisation de l'ouvrage conforme à sa destination, compte tenu du site et des mises en sécurité qui s'imposent et en définir le coût au vu de plusieurs devis à solliciter auprès des parties concernées ; signaler, le cas échéant, toutes mesures urgentes et indispensables à mettre en œuvre pour sécuriser les lieux et les occupants ;

6°) de produire à son rapport et, en tant que de besoin les photographies de ses constatations, tout schéma et tout autre document contractuel utile ;

7°) de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies, permettant à la juridiction compétente de se prononcer sur les responsabilités et l'étendue des préjudices subis dans le cadre d'éventuels recours ;

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif. Il est enjoint aux parties, tant demanderesse que défenderesses, dans le délai de huit jours à compter de la demande qui leur en sera adressée par lettre recommandée avec accusé de réception par l'expert, d'avoir à fournir toutes les pièces qu'elles pourraient détenir et dont la production s'avérerait nécessaire à l'accomplissement de la mission ici définie ;

L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif conformément aux prescriptions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative ;

Si, le cas échéant avec l'accord des parties, l'expert prend l'initiative d'une médiation, il devra en aviser la présidente du tribunal et préserver dans son rapport d'expertise, sa confidentialité.

Article 3 - Est désigné en qualité d'expert :

M. D C, exerçant au 6, boulevard Eole Les salins à Hyères (83400) ;

Article 4 - L'expert, après avoir prêté serment par écrit, accomplira sa mission conformément aux dispositions des articles R. 621-7 et suivants du code de justice administrative. Il déposera son rapport conformément aux dispositions suivantes de l'article R. 621-9 du code de justice administrative : " Le rapport est déposé au greffe dans les conditions prévues à l'article R.621-6-5 (par voie électronique). Des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues à l'article R.621-7-3 (par voie électronique).", accompagné de son état de vacations, frais et honoraires, dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 5 - Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 - La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Cannes, à la SAS Ati Industries, aux compagnies d'assurances Groupe MAIF et Axa France Iard et à M. D C, expert.

Fait à Nice, le 20 septembre 2023.

signé

Marianne POUGET

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

2301546

mgf

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