mercredi 8 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2301606 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | DE LA GRANGE & FITOUSSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 avril 2023, 25 mai 2023 et 15 juin 2023, Mme B C, épouse A, représentée par Me Lhotellier, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite née le 6 février 2023 par laquelle le centre hospitalier de Grasse a rejeté sa demande d'indemnisation du 1er décembre 2022 ;
2°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Grasse à lui verser, à titre de provision, les sommes de 19 655 euros au titre de son déficit permanent, 843 euros au titre du préjudice esthétique définitif, 2 083 euros au titre du préjudice d'agrément ainsi qu'une rente annuelle de 3 557 euros par année échue au titre de l'assistance par une tierce personne, en lien avec la faute commise par le centre hospitalier lors l'intervention chirurgicale réalisée le 26 janvier 2018 et avec l'infection nosocomiale qu'elle a contractée ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Grasse la somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens, en ce compris les frais d'expertise taxés à hauteur de 4 554,20 euros.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable : la demande préalable d'indemnisation et sa requête n° 1905839 ne portaient que sur l'indemnisation des préjudices avant consolidation ; elle a pu présenter, au vu du rapport d'expertise judiciaire du 31 octobre 2021, une demande d'indemnisation des préjudices postérieurs à la consolidation ; cette demande s'inscrit, en tout état de cause, dans le délai de la prescription quadriennale ;
- la provision sollicitée n'est pas sérieusement contestable : la responsabilité du centre hospitalier de Grasse a été reconnue par le tribunal de céans ; les sommes dont le paiement est demandé sont conformes aux conclusions du collège d'experts et aux modalités de calcul retenues par le tribunal ; à suivre strictement le tableau de référence de l'ONIAM, le déficit permanent s'élève à la somme de 10 828 euros ; elle justifie qu'elle pratiquait la gymnastique ; elle ne peut plus pratiquer le jardinage.
Par un mémoire, enregistré au greffe le 18 avril 2023, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), représenté par Me Fitoussi, demande au tribunal de le mettre hors de cause et de rejeter toutes les autres demandes.
L'Oniam fait valoir que :
- aucune demande n'est dirigée contre l'office ;
- le manquement lors de la prise en charge médicale initiale et l'infection nosocomiale sont imputables au centre hospitalier de Grasse ; en tout état de cause, le taux de déficit permanent est de 12 %, soit à un taux inférieur à l'engagement de la solidarité nationale.
Par des mémoires, enregistrés au greffe les 2 et 31 mai 2023 et 19 juillet 2023, le centre hospitalier de Grasse, représenté par Me Zuelgaray, conclut au rejet de la requête et demande, en outre, de mettre à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal, les demandes portant sur l'indemnisation des préjudices permanents sont irrecevables en raison de la tardiveté : le centre hospitalier avait rejeté, le 14 août 2019, la demande d'indemnisation ; la requérante pouvait solliciter l'indemnisation de ses préjudices définitifs lors de la précédente instance, le rapport d'expertise définitif ayant été déposé avant la clôture de l'instruction ;
- à titre subsidiaire, le déficit fonctionnel sera indemnisé à la somme de 10 600 euros, le préjudice esthétique permanent à la somme de 842 euros, le préjudice d'agrément à la somme de 530 euros et l'assistance par tierce personne ne pourront pas conduire à une indemnisation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Pascal, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, Mme B C, épouse A, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner le centre hospitalier universitaire de Grasse à lui verser une provision à titre de réparation de ses préjudices après consolidation, subis suite à sa prise en charge par cet établissement hospitalier, soit les sommes de 19 655 euros au titre de son déficit permanent, de 843 euros au titre du préjudice esthétique définitif, de 2 083 euros au titre du préjudice d'agrément ainsi qu'une rente annuelle de 3 557 euros par année échue au titre de l'assistance par une tierce personne.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En formulant des conclusions indemnitaires, la requérante a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge des référés à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions susmentionnées doivent être écartées.
Sur les conclusions indemnitaires :
Sur la fin de non-recevoir soulevée par le centre hospitalier de Grasse :
3. Il résulte de l'instruction que par courrier du 8 août 2019, Mme C, épouse A, a présenté une demande préalable au centre hospitalier de Grasse pour obtenir le paiement de la somme de 18 401,05 euros à parfaire en réparation de ses préjudices subis avant sa consolidation à la suite de l'opération réalisée le 10 juin 2017. Par ses requêtes n°s 1801177 et 1905389, Mme C, épouse A, a demandé la condamnation du centre hospitalier de Grasse à lui payer la somme de 19 808,60 euros, avec intérêts et capitalisation, au titre de la réparation des préjudices subis avant sa consolidation. Par le jugement du 30 juin 2022, devenu définitif, le tribunal administratif de Nice a condamné le centre hospitalier de Grasse, en raison d'un défaut de prise en charge adaptée à la pathologie et responsable de l'infection nosocomiale contractée à l'occasion de l'opération réalisée le 10 juin 2017, à verser à Mme A la somme de 19 799,99 euros majorée des intérêts au taux légal à compter du 14 août 2019 et de leur capitalisation à compter du 14 août 2020 et à chaque échéance ultérieure. Après le dépôt du rapport d'expertise du 2 novembre 2021, qui a fixé la date de consolidation, Mme C, épouse A, a adressé, le 1er décembre 2022, au centre hospitalier de Grasse une demande préalable tendant à la réparation de nouveaux préjudices en lien avec l'infection nosocomiale qu'elle a contractée le 10 juin 2017 et avec le manquement du centre hospitalier lors de sa prise en charge. Il n'est pas contesté que ces préjudices permanents nés après la consolidation, causés par le même fait générateur, ont été révélés postérieurement à la première décision administrative née du rejet de la demande préalable du 8 août 2019 précitée. Si Mme C, épouse A, pouvait demander au tribunal l'indemnisation de ces préjudices dans le cadre de l'instance n°s 1801177 et 1905389, sans saisir le centre hospitalier d'une nouvelle réclamation, elle a pu également engager une action distincte par la nouvelle demande préalable du 1er décembre 2022. Il est constant que cette demande a été implicitement rejetée par le centre hospitalier de Grasse. Par suite, la présente requête tendant au versement d'une provision au titre des préjudices révélés postérieurement au rejet de la première demande préalable est recevable et la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Grasse ne peut qu'être rejetée.
Sur la demande d'indemnisation :
4. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".
S'agissant de l'existence d'une obligation non sérieusement contestable :
5. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.
6. Par le jugement du 30 juin 2022, devenu définitif, le tribunal a retenu que le centre hospitalier de Grasse a engagé sa responsabilité par un défaut de prise en charge adaptée à la pathologie de Mme C, épouse A, et en raison de l'infection nosocomiale contractée à l'occasion de l'opération du 10 juin 2017. Le tribunal a également estimé que la requérante a subi une perte de chance de 65 % d'échapper à une algodystrophie. La requérante est, dès lors, fondée à demander réparation des préjudices révélés après la consolidation de son état de santé, en lien avec le manquement du centre hospitalier et avec l'infection nosocomiale, en excluant les préjudices imputables à la gravité du traumatisme initial.
S'agissant du montant de la provision :
Sur le déficit fonctionnel permanent :
7. Il résulte du rapport d'expertise du 2 novembre 2021 précité que la requérante a subi un déficit permanent fonctionnel évalué à 12 %. Mme C, épouse A, est, dès lors, fondée à demander le paiement d'une provision de 12 000 euros, après application du taux de perte de chance de 65 %.
Sur le préjudice esthétique permanent :
8. Les experts ont évalué le préjudice esthétique à 1 sur 7. La requérante est fondée à demander le versement de la somme de 843 euros au titre de chef de préjudice après application du pourcentage de la perte de chance.
Sur le préjudice d'agrément :
9. Il sera fait une juste appréciation de la réparation de ce chef de préjudice tenant à la gêne dans la pratique de la gymnastique en fixant la somme provisionnelle à un montant de 800 euros après application du taux de perte de chance
Sur l'assistance par une tierce personne :
10. Mme C, épouse A, demande au tribunal le versement d'une rente annuelle de 3 557 euros par année échue au titre de l'assistance par une tierce personne. La réparation de ce chef de préjudice est, toutefois, sérieusement contestée en défense et n'a pas été retenue par les experts pour la période postérieure à la consolidation. Par suite, la demande de provision au titre d'une assistance par une tierce personne doit être écartée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C, épouse A, est fondée à demander la condamnation du centre hospitalier de Grasse à lui verser une provision de 13 643 euros.
Sur les frais liés au litige :
12. aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation " ;
13. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du centre hospitalier de Grasse le versement de la somme de 1 000 euros à Mme C, épouse A, au titre de ces dispositions. En revanche, dès lors que la requérante n'est pas la partie perdante, les frais demandés par le centre hospitalier de Grasse au titre des dispositions précitées du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetés.
14. Par le jugement du 30 juin 2022, le tribunal a définitivement statué sur les dépens constitués par les frais d'expertise taxés à hauteur de 4 554,20 euros par une ordonnance de la présidente du tribunal du 13 janvier 2022 et les a mis à la charge du centre hospitalier de Grasse. Par suite, la demande de la requérante portant sur ces mêmes dépens ne peut qu'être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Grasse versera à Mme B C, épouse A, une provision de 13 643 (treize mille six cent quarante-trois) euros.
Article 2 : Le centre hospitalier de Grasse versera à Mme B C, épouse A, la somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, épouse A, au centre hospitalier de Grasse, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.
Copie sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice, le 8 novembre 2023.
Le juge des référés,
signé
F. Pascal
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026