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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301655

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301655

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301655
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPELTIER-FEAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée sous le numéro 2203231 le 15 novembre 2022 par le tribunal administratif de Toulon, et un mémoire en réplique, enregistré le 4 octobre 2023 sous le numéro 2301655 par le tribunal administratif de Nice, M. B A, représenté par Me Peltier-Feat, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015, en droits et pénalités ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas été destinataire de l'avis d'imposition supplémentaire au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2015 ;

- l'administration a méconnu les dispositions de l'article 1663 du code général des impôts ;

- la somme de 45 000 euros n'est pas une rémunération ou un avantage occulte au sens du c de l'article 111 du code général des impôts ;

- la somme de 15 000 euros n'est pas une rémunération ou un avantage occulte au sens du c) de l'article 111 du code général des impôts, mais une charge déductible des bénéfices sociaux au sens du 1° du 1 de l'article 39 du code général des impôts ;

- à titre subsidiaire, la somme de 15 000 euros en litige doit être déduite des traitements et salaires déclarés.

Par une ordonnance du 31 mars 2023, le président du tribunal administratif de Toulon a transmis la requête enregistrée sous le numéro 2203231 au tribunal administratif de Nice.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2023, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zettor,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1.La SARL Commerce et Développement des Bijouteries (CDB) Atlantide, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité concernant la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017. A l'issue de ces opérations de contrôle, le service a mis à sa charge des rappels à la taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. Afin de tirer les conséquences financières de cette vérification de comptabilité sur la situation personnelle de M. A, le service lui a adressé une proposition de rectification le 18 décembre 2018 et notifié selon la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L 55 livre des procédures fiscales des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution exceptionnelle au titre des années 2015, 2016 et 2017 portant sur une somme totale de 96 124 euros. Par une réclamation datée du 3 février 2022 réceptionnée le 9 février 2022, laquelle a été rejetée implicitement, M. A a contesté l'intégralité des impositions mises à sa charge au titre de l'année 2015. Il demande au tribunal la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de contributions sociales à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2015.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la procédure :

2.D'une part, aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due () ".

3.D'autre part, aux termes de l'article 1663 du code général des impôts : " Les impôts directs, produits et taxes assimilés, visés par le présent code, sont exigibles le dernier jour du mois suivant celui de la mise en recouvrement du rôle () ". Ces dispositions ne sont applicables que si le contribuable a été, avant la date d'exigibilité ainsi déterminée, avisé de la mise en recouvrement du rôle contenant l'imposition à laquelle il a été assujetti. Dans le cas où il est établi que l'administration a omis d'adresser l'avertissement prévu par les dispositions de l'article L. 253 du livre des procédures fiscales, ou l'a notifié avec retard, l'impôt n'est exigible qu'à compter de la date où le contribuable a été informé de la mise en recouvrement du rôle.

4.Le requérant soutient qu'il n'a jamais reçu l'avis d'imposition au titre de l'année 2015 et que les dispositions de l'article 1663 du code général des impôts, aux termes duquel les impôts sont exigibles trente jours après la date de mise en recouvrement du rôle, ont été méconnues.

5. Il résulte de l'instruction que l'administration a envoyé les avis d'imposition au titre des années 2015, 2016 et 2017 à la dernière adresse connue du requérant sur la commune de Beausoleil. S'il est constant que les avis d'imposition au titre de l'année 2016 et de l'année 2017 ont bien été réceptionnés par le requérant, celui de l'année 2015, pourtant libellé à la même adresse à Beausoleil, a été retourné au service avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Dans ces conditions, l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2015 est devenu exigible lors de l'envoi de la proposition de rectification du 18 décembre 2018.

6.Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Aux termes de l'article L. 189 du même code : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () ". Les dispositions de ces deux articles prévoient que le droit de reprise s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due et, que la prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, par tout acte comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous les actes interruptifs de droit commun.

7.Comme il a été dit précédemment, le requérant a été régulièrement destinataire de l'avis d'imposition au titre de l'année 2015, édité le 4 décembre 2020. En outre, il résulte de l'instruction qu'une proposition de rectification lui a été envoyée le 18 décembre 2018. M. A ne conteste pas qu'une mise en demeure de payer, datée du 6 août 2021, lui est parvenue également et qu'il a effectué une réclamation contentieuse en date du 3 février 2022 sur la base de cette mise en demeure. Dans ces conditions, l'imposition en cause a été émise dans le délai du droit de reprise de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, sans que M. A ne puisse utilement se prévaloir de la circonstance qu'il n'aurait pas reçu l'avis d'imposition correspondant postérieurement au 31 décembre 2021. Dans ces conditions, l'imposition en cause a été émise dans le délai du droit de reprise de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, sans que M. A ne puisse utilement se prévaloir de la circonstance qu'il n'aurait pas reçu l'avis d'imposition au titre de l'année 2015.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition en litige :

8.Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () c. Les rémunérations et avantages occultes (). ". En cas de refus des propositions de rectification par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire des sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé.

9. En premier lieu, aux termes de l'article 54 bis du code général des impôts : " Les contribuables visés à l'article 53 A () doivent obligatoirement inscrire en comptabilité, sous une forme explicite, la nature et la valeur des avantages en nature accordés à leur personnel ".

S'agissant de la somme de 45 000 euros :

10. Pour contester la réintégration dans ses revenus imposables, dans la catégories des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement du c) de l'article 111 du code général des impôts, la somme de 45 000 euros au titre de l'année 2015, correspondant aux loyers d'un appartement situé à Beausoleil, M. A se borne à indiquer qu'il ne s'agissait pas d'une rémunération ou d'un avantage occulte dont il aurait été le bénéficiaire, mais de sommes engagées dans l'intérêt de l'entreprise dès lors que la mise à disposition de ce logement lui permettait, en sa qualité de responsable des achats et salarié de l'entreprise, de se rendre sur les lieux où se situaient les bijouteries. Il précise par ailleurs que les sommes réglées par la société CDB Atlantide avaient pour bénéficiaire le propriétaire du bien et allègue que les sommes exposées étaient justifiées dans leur principe et exposées dans l'intérêt de la société CDB.

11. Il n'est pas contesté que cet appartement est la résidence principale de M. A tel qu'il ressort de ses propres déclarations et qu'il en a la jouissance exclusive. La circonstance que le preneur à bail soit la SAS Alexander et pas M. A, ne remet pas en cause les éléments relevés par l'administration fiscale, à savoir que M. A, qui détient le contrôle de la SARL CDB Atlantide dont il est le gérant majoritaire, associé et salarié, était le bénéficiaire de cet avantage. Il n'est pas contesté que jusqu'au mois de décembre 2016, les quittances étaient établies au nom de M. B A pour être modifiées à compter de janvier 2017, avec le libellé " CDB Atlantide- A B ", tel qu'il résulte de la proposition de rectification du 18 décembre 2018. Ainsi, la SARL CDB Atlantide a réglé des loyers normalement dus par le preneur à bail, la SAS Alexander. Ainsi, il résulte que les dépenses prises en charge par la SARL CDB n'ont pas été exposées dans son intérêt et que la somme représentant le paiement des loyers a pu être analysée comme un avantage en nature accordé à M. A. Au surplus, il n'est pas contesté que ces sommes n'ont pas été inscrites sous une forme explicite dans la comptabilité de la société et M. A n'a par ailleurs pas déclaré cette mise à disposition exclusive et gratuite de sa résidence principale comme tel. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a regardé ces paiements, qui n'ont pas été explicitement inscrits dans la comptabilité de la société comme des avantage en nature, comme des rémunérations et avantages occultes au sens de l'article 111.c du code général des impôts et les a imposées entre les mains de M. A en tant qu'avantages occultes, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

S'agissant de la somme de 15 000 euros :

12. Pour contester la qualification opérée par l'administration fiscale concernant la somme de 15 000 euros, M. A soutient qu'il ne s'agit pas d'une rémunération ou avantage occulte au sens de l'article 111-c du code général des impôts, mais d'une rémunération qui lui a été allouée, déductible du résultat fiscal de la société au titre de l'année 2015 au sens du 1° du 1 de l'article 39 du code général des impôts et correspondant à une rémunération régulièrement approuvée par une délibération de l'assemblée générale ordinaire en date du 30 juin 2016.

13.Il résulte de l'instruction que le compte courant d'associé de M. A dans la société CDB a été crédité de la somme de 15 000 euros le 31 décembre 2015. Le libellé de cette inscription comptable était " indemnité de gérance 2015 ". Toutefois l'administration soutient sans être contredite que le procès-verbal de l'assemblée générale du 30 juin 2016 mentionnait que M. A n'a perçu aucune rémunération au cours de l'exercice 2015. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a imposé la somme de 15 000 euros sur le fondement du c) de l'article 111 du code général des impôts.

14. A titre subsidiaire, le requérant demande à ce que la somme de 15 000 euros soit déduite des traitements et salaires déclarés. Toutefois, il n'établit pas avoir déclaré cette somme au titre des impôts sur le revenu de l'année 2015, ce que l'administration conteste d'ailleurs en défense.

Sur les pénalités :

15.Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". La pénalité pour manquement délibéré prévue par ces dispositions a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressée d'éluder l'impôt.

16.En l'espèce, pour appliquer la majoration de 40 % prévue par les dispositions citées ci-dessus de l'article 1729 du code général des impôts, il résulte plus particulièrement de la proposition de rectification adressée à M. A le 18 décembre 2018 qu'en sa qualité de dirigeant de différentes sociétés commerciales par leur forme, M. A ne pouvait ignorer que le fait pour une SARL de gratifier ses dirigeants ou actionnaires d'avantage de toute nature se traduit nécessairement par la valorisation de ces avantages et de leur imposition à l'impôt sur le revenu du bénéficiaire, en ce qui le concerne, la mise à disposition gratuite d'un appartement sans jamais déclarer cette mise à disposition comme un avantage. De même, l'inscription répétée et injustifiée de sommes au crédit de son compte courant d'associé dans la comptabilité de la SARL CBD Atlantide constituent un manquement délibéré qui a été suffisamment établi par le service. En qualité de gérant majoritaire, associé et salarié de la société CBD Atlantide, M. A a pratiqué de manière répétée des manquements relevés par l'administration. Au regard de ces éléments, l'administration fiscale apporte la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée de M. A d'éluder l'impôt et du bien-fondé des majorations mises à sa charge sur le fondement du c) de l'article 1729 du code général des impôts. Par suite, le moyen doit en conséquence être écarté.

17.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Zettor, première conseillère,

Mme Chevalier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

V. Zettor

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation, la greffière.

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