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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301762

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301762

mercredi 2 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301762
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat M. RINGEVAL
Avocat requérantEGLON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de la SCP Aleph concernant une villa à Antibes. La société demandait la remise gracieuse de rappels de taxe foncière et d'habitation pour 2018-2020, ainsi qu'une réduction de ces taxes pour 2021. Sur la demande de remise gracieuse, le tribunal a jugé que le refus de l'administration n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation, le défaut de déclaration des travaux étant imputable à la société. S'agissant de l'année 2021, le tribunal a estimé que la surface de 200 m² retenue par l'administration était justifiée, la société ne démontrant pas que la surface réelle était inférieure. La requête a donc été intégralement rejetée, sur le fondement des articles L. 247 du livre des procédures fiscales et 324 M de l'annexe III au code général des impôts.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 avril 2023 et 15 janvier 2024, la SCP Aleph, représentée par Me Eglon, demande au tribunal :

1°) de lui accorder la remise gracieuse des rappels de cotisations au titre de la taxe foncière et de la taxe d'habitation correspondant aux années 2018, 2019 et 2020 ;

2°) de prononcer la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de la taxe d'habitation auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2021 à raison d'une villa sise 3 rue Saint Barthélémy et 2 rue d'Albany à Antibes (06600) ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le défaut de déclaration des travaux d'agrandissement est imputable aux anciens propriétaires ;

- la surface est de 171,62 m² et non de 200 m² ;

- le classement de la villa dans la catégorie 3 n'est pas justifié ;

- les coefficients de pondération n'ont pas été portés à sa connaissance en dépit d'une demande en ce sens.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 août 2023 et 23 février 2024, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions rendant à la remise gracieuse des rappels de cotisations au titre de la taxe foncière et de la taxe d'habitation correspondant aux années 2018, 2019 et 2020 sont irrecevables ;

- s'agissant des conclusions en réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de la taxe d'habitation relatives à l'année 2021, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 avril 2025, la clôture d'instruction a été fixée

au 15 mai 2025 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Ringeval, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été, sur sa proposition, dispensé de prononcer ses conclusions sur cette affaire, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Ringeval a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La SCP Aleph est propriétaire d'une villa sise 3 rue Saint Barthélémy et 2 rue d'Albany à Antibes (06600). Elle demande au tribunal la remise gracieuse des rappels de cotisations au titre de la taxe foncière et de la taxe d'habitation correspondant aux années 2018, 2019 et 2020 ainsi que la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de la taxe d'habitation auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2021.

Sur les conclusions aux fins de remise gracieuse au titre des années 2018, 2019 et 2020 :

2. Aux termes de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable : () 2° Des remises totales ou partielles d'amendes fiscales ou de majorations d'impôts lorsque ces pénalités et, le cas échéant, les impositions auxquelles elles s'ajoutent sont définitives () ". L'octroi d'une décharge gracieuse n'est qu'une simple faculté pour l'administration. Si la décision de l'administration refusant une remise gracieuse sur ce fondement peut être déférée au juge administratif par la voie du recours pour excès de pouvoir, cette décision ne peut être annulée que si elle est entachée d'incompétence, d'erreur de droit, d'erreur de fait, d'erreur manifeste d'appréciation ou encore si elle est révélatrice d'un détournement de pouvoir. En outre, la légalité du refus d'accorder une remise gracieuse s'apprécie à la date de la décision attaquée.

3. Il résulte de l'instruction que la société Aleph a acquis le 15 décembre 2016 une villa dénommée " Beau Soleil " sise 3 rue Saint Barthélémy et 2 rue d'Albany sise sur la commune d'Antibes pour un montant de 2 850 000 euros. Le service a constaté des discordances entre la description du bien dans l'acte d'acquisition du 15 décembre 2016 et les éléments mentionnés dans la déclaration modèle H1 d'octobre 1970 notamment quant à la surface et la catégorie du local. Par lettre du 12 octobre 2021, il a demandé à la société requérante de lui transmettre une déclaration rectificative modèle H1 relative à la villa " Beau Soleil ". En l'absence de réponse de sa part, l'administration a, par lettre 751 du 22 décembre 2021, procédé au rehaussement des bases d'imposition, au titre des taxes foncières et d'habitation des années 2018 à 2021 sur le fondement de l'article L.175 du livre des procédures fiscales en recalculant la valeur locative foncière de la villa à partir des données issues de l'acte d'acquisition du 15 décembre 2016 et des constats effectués sur place par le service. Il ne résulte pas de l'instruction qu'en refusant la remise gracieuse sollicitée par la société au motif que le défaut de déclaration des travaux d'agrandissement est imputable aux anciens propriétaires, que la décision du service soit entachée d'incompétence, d'erreur de droit, d'erreur de fait, d'erreur manifeste d'appréciation ou encore révélatrice d'un détournement de pouvoir.

Sur les conclusions aux fins de réduction au titre de l'année 2021 :

En ce qui concerne la surface habitable :

4. Aux termes de l'article 324 M de l'annexe III au code général des impôts : " La surface pondérée des locaux de référence est déterminée en appliquant à leur surface réelle, mesurée au sol entre murs ou séparations et arrondie au mètre carré inférieur, les correctifs prévus aux articles 324 N à 324 S () ". Aux termes de l'article 324 L de la même annexe : " I. - Dans la maison ou la partie principale des locaux des immeubles collectifs, on distingue, le cas échéant : a. Les pièces, telles que salles à manger, pièces de réception diverses, chambres, pièces à usage professionnel, cuisines, et leurs annexes, telles que salles d'eau (salles de bains, de douches ou cabinets de toilette avec eau courante), cabinets d'aisance, entrée, couloirs, antichambre, à l'exclusion des éléments énumérés au b ; b. Les garages, buanderies, caves, greniers, celliers, bûchers et autres éléments de même nature, ainsi que les terrasses et toitures-terrasses accessibles () ". Et aux termes de l'article 324 N de la même annexe : " La surface des éléments de la maison visés au b du I de l'article 324 L et celle des éléments, autres que les pièces et leurs annexes, visés au II du même article sont affectées d'un coefficient de pondération variable de 0,2 à 0,6 pour tenir compte du service rendu par chaque élément dans le cadre de la valeur d'usage du local () ".

5. La société requérante soutient que la surface habitable à prendre en compte pour le calcul de la valeur locative de la villa est de 171,62 m² et non de 200 m² comme retenu par le service. Il ressort de la lettre n°751 du 22 décembre 2021 que l'administration fiscale a considéré que la surface du bien correspond approximativement à la surface au sol du bien, soit 75 m², multiplié par ses 3 niveaux et a retenu une surface habitable de 200 m². Au soutien de sa position, la société Aleph produit un relevé de surfaces établi par le cabinet MCTB en date du 3 mars 2022 faisant état d'une surface de 171,62 m², lequel relevé est confirmé par un rapport d'expertise de M. A B, expert géomètre près la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence du 11 septembre 2023. En se bornant à se prévaloir de l'arrêt de la Cour d'appel de Paris du 27 février 2004 (n° 00-1977, 1e ch. A, Macron) qui a jugé qu'il convient, pour le calcul de la valeur locative d'un local d'habitation, de retenir comme surface réelle du local la surface mesurée au sol entre murs ou séparations, conformément à l'article 324 M de l'annexe III au code général des impôts, l'administration fiscale ne contredit pas utilement la surface de 171,62 m², opposée par la société. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le service a commis une erreur dans le calcul de la surface du bien.

En ce qui concerne le classement du bien :

6. Aux termes de l'article 1494 du code général des impôts : " La valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties et de la taxe d'habitation () est déterminée conformément aux règles définies par les articles 1495 à 1508 () ". En application du I de l'article 1496 du même code : " La valeur locative des locaux affectés à l'habitation () est déterminée par comparaison avec celle de locaux de référence choisis dans la commune pour chaque nature et catégorie de locaux ". Selon l'article 324 G de l'annexe III dudit code : " I. - La classification communale consiste à rechercher et à définir par nature de construction (maisons individuelles immeubles collectifs dépendances bâties isolées) les diverses catégories de locaux d'habitation existant dans la commune. / II. - Pour la classification communale, sont assimilés aux dépendances bâties isolées les dépendances bâties et les éléments bâtis formant dépendances qui doivent faire l'objet d'une évaluation distincte en raison de leur nature particulière, notamment les éléments de pur agrément ainsi que dans les immeubles collectifs les garages et les emplacements individuels aménagés pour le stationnement des véhicules automobiles. ". En vertu de l'article 324 H de l'annexe III de ce même code. : " I. - Pour les maisons individuelles et les locaux situés dans un immeuble collectif, la classification communale est établie à partir d'une nomenclature-type comportant huit catégories, en adaptant aux normes locales de construction les critères généraux mentionnés au tableau ci-après. / II. - Pour les dépendances bâties isolées et les divers éléments visés au II de l'article 324 G, la classification communale est établie à partir d'une nomenclature-type spéciale comportant quatre catégories, en adaptant aux normes locales de construction les critères généraux décrits au tableau ci-après. III. - () ". Ces dernières dispositions classent ainsi les maisons individuelles et les locaux situés dans un immeuble collectif en huit catégories, la première catégorie correspondant aux locaux de qualité supérieure et la huitième aux locaux très médiocres ou délabrés en fonction de critères tenant au caractère architectural de l'immeuble, à la qualité de la construction, au nombre et à la nature des pièces, à l'équipement et à l'impression d'ensemble de l'immeuble. Selon enfin l'article 324 X du même code : " I. - En vue de leur évaluation, les locaux d'habitation autres que les locaux de référence sont classés par comparaison avec les locaux de référence représentatifs des diverses catégories existantes. II. - La valeur locative cadastrale assignée aux locaux classés dans une même catégorie est déterminée, en respectant l'égalité proportionnelle des évaluations, par comparaison avec la valeur locative du local ou des locaux choisis pour représenter ladite catégorie. ".

7. Il résulte de l'instruction que le bien de la société Aleph est constitué d'une maison construite au début du XXème siècle, d'une surface de de 171,62 m², sur un terrain cadastré CM 47 de 1165 m². Il a été évalué par comparaison avec le local de référence n°112 décrit au procès-verbal des locaux d'habitation de la commune d'Antibes. La SCP Aleph soutient que le classement de son bien dans la catégorie 3 est erroné et que celui-ci devrait être inscrit dans la catégorie 5. La catégorie 3M correspond à une belle apparence architecturale, très bonne qualité de la construction, diverses parties du local assez spacieuses, une ou deux pièces de réception, plusieurs salles d'eau, impression d'ensemble situé entre très confortable et confortable. La circonstance que les matériaux utilisés sont ceux régulièrement utilisés dans la région ne suffisent pas à conclure qu'ils ne permettraient pas une très bonne habitabilité. En outre, si la requérante fait état de l'existence d'infiltrations et de moisissures, il ressort du rapport d'expertise de M. A B, expert géomètre près la Cour d'Appel d'Aix-en-Provence du 11 septembre 2023 qu'aucune fissure, effritement d'enduit ou autre désordre d'importance n'a été relevé. De même, la villa présente 5 salles d'eau comme le préconise la catégorie 3 alors que la catégorie 4 impose une salle d'eau et la catégorie 5, la présence d'un cabinet de toilette avec eau courante. La villa comporte également plusieurs pièces de réception même si elles sont réduites alors que la catégorie 5 prévoit une pièce de réception. Enfin, le rapport indique que la villa dispose de surfaces proportionnées même sans grandiosité. Ainsi, compte tenu de l'ensemble de ces éléments, des caractéristiques du bien litigieux et des photographies produites à l'instance, la requérante n'est pas fondée à soutenir que son bien devrait être classé dans la catégorie 5 et que l'administration aurait commis une erreur en classant son bien dans la catégorie 3.

En ce qui concerne la demande de communication des coefficients de pondération :

8. L'administration a dans son dernier mémoire en défense communiqué à la SCP Aleph le détail des pondérations appliquées à chacun des locaux mis à jour par le centre des impôts fonciers d'Antibes. Il ne résulte pas de l'instruction que le service en aurait fait une inexacte application.

D E C I D E :

Article 1er : Pour la détermination de la valeur locative de la villa située 3 rue Saint Barthélémy et 2 rue d'Albany à Antibes (06600) à appliquer pour le calcul des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe d'habitation au titre de l'année 2021, la surface pondérée totale est réduite de 200 m² à 171,62 m².

Article 2 : La société Aleph est déchargée, au titre de l'année 2021, des droits correspondant à la réduction de base d'imposition définie à l'article 1er du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Aleph est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCP Aleph et au directeur départemental des Finances Publiques des Alpes Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2025.

Le magistrat délégué,

Signé

B. RingevalLa greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'Economie, des Finances et de la Souveraineté Industrielle et Numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

2301762

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