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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2301802

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2301802

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2301802
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCABINET BARDON & DE FAY - AVOCATS ASSOCIES - BF2A

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2023, sous le n° 2301802 et un mémoire en réplique enregistré le 18 décembre 2023, M. E B, représenté par Me Jean-Michel Renucci et Me Béatrice Barral, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R.532-1 du code de justice administrative, d'ordonner :

1°) une expertise médicale, en vue de déterminer notamment :

- si son état de santé s'est aggravé depuis le 25 janvier 2017 et est en lien avec ses conditions de travail ainsi qu'avec la maladie professionnelle 57A reconnue imputable au service en excluant tout état antérieur ;

- les lésions, séquelles et préjudices qu'il subit en relation directe et certaine avec son accident de service du 11 décembre 2016 et la maladie professionnelle précitée ;

- tout renseignement utile à la détermination de l'entier préjudice qu'il subit ;

2°) le rejet de l'ensemble des demandes de la commune de Nice ;

3°) la réserve des dépens.

M. B soutient que :

- engagé par la commune de Nice en qualité de jardinier depuis 1983, il a été soumis au port de charges lourdes ainsi qu'à une pénibilité des postures de travail depuis le début de sa carrière en 1979 ;

- depuis l'accident de travail du 11 décembre 2016, il souffre d'importantes douleurs aux épaules et ont été diagnostiqués une calcification à la gauche et un épanchement à la droite ;

- il a repris son poste sans visite médicale de reprise ni aménagement dans des conditions inadaptées puis a été opéré de l'épaule gauche en juin 2019 ;

- sans visite médicale de reprise, il a occupé un poste de chauffeur poids lourds avec port de charges lourdes et pénibilité des postures ;

- une déchirure transfixiante de coiffe du sus épineux a été diagnostiquée à l'épaule droite le 3 février 2020 et le médecin du travail recommandait le 14 janvier 2021 un aménagement permanent des conditions de travail ;

- fin 2021 et début 2022 a été mise en évidence une rupture complète du supra-épineux et partielle du tendon infra-épineux, provoquant un conflit entre le tendon du supra-épineux et l'acromion des mouvements de l'épaule et de certaines positions d'élévation ;

- le médecin de prévention de la métropole de Nice, adressait le 12 janvier 2022 un courrier à la Commission de réforme des Alpes Maritimes, dans lequel il attestait de la pathologie de son épaule droite et de la nécessité de reconnaissance de maladie professionnelle ;

- la commune a mandaté le 11 février 2022, le Dr C qui a conclu que la pathologie de l'épaule droite ne pouvait être prise en charge au titre de la maladie professionnelle 57A et le conseil médical départemental a refusé le 25 avril 2022 cette reconnaissance ;

- la commune a rejeté, le 24 juin 2022, l'imputabilité de sa pathologie à une maladie professionnelle au motif d'absence d'aggravation selon l'avis de son médecin conseil agréé ;

- malgré les erreurs du rapport C, la commune après consultation du conseil médical en formation plénière, a refusé le 18 octobre 2022 l'imputabilité au service de sa demande de maladie professionnelle au motif que les critères d'imputabilité n'étaient pas remplis ;

- disposant de plusieurs constatations médicales qui vont à l'encontre des conclusions de l'expertise C, il a formulé un recours gracieux le 16 décembre 2022 contre la décision de la commune qui confirmait le 9 février 2023 sa décision de refus ;

- il engage parallèlement un recours contentieux à l'encontre de ces deux décisions dont la solution sera conditionnée par le rapport qui sera rendu dans le cadre de l'expertise sollicitée qui présente par suite un caractère utile ;

- seuls les avis du conseil médical rendus en formation restreinte peuvent être contestés devant le conseil médical supérieur ;

- l'appréciation de son état de santé ne relève pas de l'office du juge du fond ;

- l'expertise sollicitée doit intervenir rapidement en raison de sa reprise de travail le 16 novembre 2023 après son opération de l'épaule droite réalisée le 12 juin 2023 ;

- il a sollicité la reconnaissance de maladie professionnelle dans le délai qui lui était imparti.

Par mémoires, enregistrés les 25 avril 2023 et 29 décembre 2023, la commune de Nice représentée par la SELARL Bardon et de Faÿ, conclut au rejet de la requête pour défaut d'utilité et demande au juge des référés de condamner le requérant à lui verser la somme de 1 000 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

.

La commune de Nice fait valoir que :

- le requérant a été victime d'une tendinopathie et d'une rupture transfixiante comme cela ressort des pièces médicales, l'analyse de savoir si cette pathologie peut être reconnue imputable au service relève de l'appréciation du juge du fond ;

- M. B ne fait état d'aucune circonstance particulière conférant à l'expertise sollicitée du juge des référés un caractère d'utilité différent de celui de la mesure pouvant être ordonnée par le juge du fond ;

- le requérant n'a pas saisi le conseil médical supérieur pour obtenir un autre avis médical ;

- le recours pour excès de pouvoir introduit par M. B est manifestement mal fondé puisque la reconnaissance de maladie professionnelle était tardive ;

- le requérant a adressé au service compétent le 22 juin 2021, soit tardivement, le certificat médical de maladie professionnelle indiquant comme première constatation de la maladie le 25 janvier 2017 ;

- les expertises des docteurs C et Ghurgheguian sont concordantes sur la nature de la pathologie affectant l'épaule droite du requérant et ne sont pas totalement opposées sur l'appréciation des délais de prise en charge ;

- il n'est pas besoin d'expertise médicale pour déterminer si les critères du délai de prise en charge et des travaux réalisés par le requérant sont remplis ;

- le point de savoir si les critères du tableau des maladies professionnelles sont remplis est sans incidence sur la caractérisation de l'imputabilité ;

- le poste du requérant est aménagé pour prévenir toute rechute ; par suite, l'urgence n'est pas avérée.

Vu l'ensemble des pièces du dossier ;

Vu le dossier au fond n° 2301739 enregistré le 7 avril 2023.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur le prononcé d'une mesure d'expertise :

1 . Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () " .

2 . M. E B, auquel une décision de refus de reconnaissance de l'imputabilité au service et de la pathologie dont il souffre, a été opposée par la commune de Nice le 18 octobre 2022 et confirmée le 9 février 2023 par rejet de son recours gracieux, demande la désignation d'un expert afin de se prononcer sur son état de santé depuis le 25 janvier 2017 et le lien existant entre ce dernier, ses conditions de travail ainsi et la maladie professionnelle 57A en déterminant son entier préjudice en découlant.

L'administration s'étant conformée aux avis du conseil médical départemental siégeant en formation plénière :

- du 25 avril 2022 saisi pour rechute du 14 décembre 2021 (épaule gauche) concluant au rejet pour absence d'aggravation selon l'avis du docteur F ;

- du 8 septembre 2022 sur la base des conclusions de l'expertise du médecin missionné par elle le 11 février 2022, pour rejeter d'une part la reconnaissance de la maladie 57A du 25 janvier 2017 (épaule droite) d'autre part, la contre-expertise médicale demandée.

3. Alors même que le requérant a déjà été examiné par un praticien agréé dans le cadre d'une expertise amiable, sa demande d'expertise judiciaire n'apparait pas dépourvue d'utilité du fait notamment de la production par l'intéressé de l'attestation médicale du docteur H A, médecin de prévention de la Métropole NCA du 12 janvier 2023, et de l'expertise médicale réalisée le 15 novembre 2022 par le docteur D I, diplômé de réparation juridique du dommage corporel, de nature à infirmer les conclusions du médecin agréé pour la prise en charge de la pathologie de l'épaule droite au titre de la maladie professionnelle 57A.

M. B justifie le caractère distinct de sa demande d'expertise en référé d'une éventuelle expertise pouvant être ordonnée par le juge du fond qu'il a saisi le 7 avril 2023 en faisant valoir la rapidité de la procédure en référé en raison de la circonstance particulière de sa reprise de travail le 16 novembre 2023 sur un poste de chauffeur poids lourd de la cellule arrosage de la ville de Nice après son opération de l'épaule droite réalisée le 12 juin 2023.

4 . Il résulte de tout ce qui précède, que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le bien-fondé du recours au fond qui relève de la formation concernée, ni des possibilités éventuelles pour le requérant de saisine du conseil médical supérieur, il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise de M. B, qui entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de limiter la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 ci-après de la présente ordonnance.

Sur la réserve des dépens :

5 . Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires ".

6 . Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Par suite, les conclusions présentées par le requérant relatives aux dépens doivent être rejetées.

Sur l'application de dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7 . Aux termes des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er - Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de M. E B et de la commune de Nice.

Article 2 - L'expert aura pour mission :

1°) d'examiner M. B et de prendre connaissance de son entier dossier médical et des expertises réalisées ;

2°) de rechercher l'origine et les causes des pathologies dont se plaint M. B et de fournir toutes indications permettant d'en apprécier les imputabilités respectives ;

3°) d'apprécier, notamment, si elles sont en lien direct et dans quelle mesure avec son activité professionnelle au sein de la commune de Nice ;

4°) d'apprécier, en tous ses éléments, le préjudice de M. B qui a résulté pour lui de ses conditions de travail, en y distinguant la part éventuellement imputable à son état de santé antérieur ou à d'autres causes ;

5°) de retracer l'évolution de son état de santé notamment depuis son accident de service du 11 décembre 2016 et de faire connaître si, et le cas échéant, à quelle date, son état de santé peut être regardé comme consolidé ;

6°) d'indiquer, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, s'il est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration. Dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

7°) de fixer le taux d'invalidité permanente partielle dont il reste atteint et de déterminer la répercussion de cette invalidité sur l'activité de l'intéressé et sur ses conditions d'existence, de donner toute précision quant à la durée des éventuelles incapacités temporaires (totale et/ou partielle), d'évaluer l'importance des souffrances subies, du préjudice esthétique et d'agrément de la victime, de donner, plus généralement, toute indication utile à la détermination des différents éléments de son préjudice ;

8°) de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond saisi du litige opposant M. E B à son administration.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif. Il est enjoint aux parties, tant demanderesse que défenderesse dans le délai de huit jours à compter de la demande qui leur en sera adressée par lettre recommandée avec accusé de réception par l'expert, d'avoir à fournir toutes les pièces qu'elles pourraient détenir et dont la production s'avérerait nécessaire à l'accomplissement de la mission ici définie ;

L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif conformément aux prescriptions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative ;

Si, le cas échéant avec l'accord des parties, l'expert prend l'initiative d'une médiation, il devra en aviser le président du tribunal et préserver dans son rapport d'expertise, sa confidentialité.

Article 3 - Est désigné en qualité d'expert :

M. le docteur D G exerçant au 215 avenue du Prado à Marseille (13008).

Article 4 - L'expert, après avoir prêté serment par écrit, accomplira sa mission conformément aux dispositions des articles R. 621-7 et suivants du code de justice administrative.

Il déposera son rapport dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente décision, accompagné de son état de vacations, frais et honoraires, conformément aux dispositions suivantes de l'article R. 621-9 du code de justice administrative : " Le rapport est déposé au greffe dans les conditions prévues à l'article R.621-6-5 (par voie électronique). Des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues à l'article R.621-7-3 (par voie électronique).".

Article 5 - Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6- La présente ordonnance sera notifiée à M. E B, à la commune de Nice et à M. le docteur D G, expert.

Fait à Nice, le 22 janvier 2024.

signé

Marianne POUGET

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

230180

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