lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2302263 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme POUGET |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu les procédures suivantes :
I. - Par une requête, enregistrée le 15 mai 2023 sous le n° 2302263, Mme G A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2023 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire relatif à un indu de revenu de solidarité active, d'un montant de 9 825,90 euros pour la période allant de septembre 2020 à novembre 2022 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 9 825,90 euros ;
3°) à titre subsidiaire, de lui accorder un délai de paiement ;
4°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- la décision est entachée de vices de procédure tirés de l'absence d'assermentation de l'agent chargé du contrôle d'une part et de l'absence de saisine de la commission de recours amiable d'autre part ;
- le droit de communication prévu à l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale a été méconnu ;
- des retenues ont été réalisées dès la notification de l'indu et avant la fin des délais et voies de recours ;
- les droits de la défense ont été méconnus ;
- elle n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2023.
II. - Par une requête, enregistrée le 11 mai 2023 sous le n° 2302264, Mme G A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2023 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision lui notifiant la radiation de ses droits de revenu de solidarité active ;
2°) d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, assortie d'une astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- cette décision a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique ;
- il y a une méconnaissance des droits de la défense, notamment car elle n'a pas eu accès au rapport d'enquête la concernant ;
- elle n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2023.
III. - Par une requête, enregistrée le 11 mai 2023 sous le n° 2302266, Mme G A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 janvier 2023 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant de 1 500 euros ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 1 500 euros ;
3°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est de bonne foi et n'avait pas l'intention de frauder ;
- elle invoque son droit à l'erreur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2023.
IV. - Par une requête, enregistrée le 11 mai 2023 sous le n° 2302271, Mme G A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 décembre 2022 par laquelle le directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, d'un montant de 150 euros pour le mois de septembre 2020 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 150 euros ;
3°) à titre subsidiaire, de lui accorder un délai de paiement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence d'assermentation de l'agent chargé du contrôle ;
- elle n'est pas motivée ;
- le droit de communication prévu à l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale a été méconnu ;
- des retenues ont été réalisées dès la notification de l'indu et avant la fin des délais et voies de recours ;
- les droits de la défense ont été méconnus ;
- elle n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales, représentée par le directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2023.
V. - Par une requête, enregistrée le 11 mai 2023 sous le n° 2302272, Mme G A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 décembre 2022 par laquelle le directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année, d'un montant respectif de 152,45 euros pour les années 2020 et 2021 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 304,90 euros ;
3°) à titre subsidiaire, de lui accorder un délai de paiement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence d'assermentation de l'agent chargé du contrôle ;
- elle n'est pas motivée ;
- le droit de communication prévu à l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale a été méconnu ;
- des retenues ont été réalisées dès la notification de l'indu et avant la fin des délais et voies de recours ;
- les droits de la défense ont été méconnus ;
- elle n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales, représenté par le directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2023.
VI. - Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2023 sous le n° 2303363, Mme G A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 17 juin 2023 par le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, d'un montant de 1 500 euros et relatif à une amende administrative ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 1 500 euros ;
3°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise de sa dette ;
4°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le titre exécutoire a été émis en dépit du recours formé à l'encontre de l'amende administrative ;
- le titre exécutoire n'a pas été signé et ne permet pas d'identifier le nom, le prénom et la qualité de la personne qui l'a émis ;
- le titre exécutoire n'est pas fondé dès lors que l'amende administrative n'est pas justifiée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le département des Alpes-Maritimes, représenté par le président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2023.
VII. - Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2023 sous le n° 2306043, Mme G A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la contrainte émise le 21 novembre 2023 par le directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, d'un montant de 2 238 euros et relative à un indu de prime d'activité ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 2 238 euros ;
3°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise de sa dette ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la contrainte ne comporte pas les mentions des noms, prénoms et qualité de la personne qui l'a émise et signée ;
- la contrainte est insuffisamment motivée ;
- la contrainte est infondée dès lors que l'indu de prime d'activité n'est pas bien-fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, représenté par le directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er février 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pouget, présidente,
- et les observations de Mme C, représentant le département des Alpes-Maritimes.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par les présentes requêtes, enregistrées sous les n°s 2302263, 2302264, 2302266, 2302271, 2302272, 2303363 et 2306043, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 25 janvier 2023 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire relatif à un indu de revenu de solidarité active, d'un montant de 9 825,90 euros pour la période allant de septembre 2020 à novembre 2022, d'annuler la décision du 5 janvier 2023 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision lui notifiant la radiation de ses droits de revenu de solidarité active, d'annuler la décision du 30 janvier 2023 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant de 1 500 euros, d'annuler la décision du 7 décembre 2022 par laquelle le directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, d'un montant de 150 euros pour le mois de septembre 2020, d'annuler la décision du 7 décembre 2022 par laquelle le directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année, d'un montant respectif de 152,45 euros pour les années 2020 et 2021, d'annuler le titre exécutoire émis le 17 juin 2023 par le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, d'un montant de 1 500 euros, d'annuler la contrainte émise le 21 novembre 2023 par le directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, d'un montant de 2 238 euros et relative à un indu de prime d'activité, et de la décharger de l'obligation de payer l'ensemble des sommes en litige.
Sur la jonction :
2. Les requêtes présentées par Mme A, qui concernent la situation d'une même allocataire, présentent à juger des questions connexes et font l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
Concernant la décision du 25 janvier 2023 portant confirmation d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 825,90 euros :
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision du 25 janvier 2023 dont l'intéressée sollicite l'annulation a été signée pour le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, par Mme D I, attachée territoriale et chef de service du pilotage du contrôle des parcours d'insertion. Par un arrêté n° DRH/2022/1021 du 19 décembre 2022, Mme I a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du président du conseil départemental des Alpes-Maritimes la correspondance et les décisions concernant le service, au nombre desquelles figure notamment la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles : " () Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale () ". Selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale ou par arrêté du ministre chargé de l'agriculture, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ". Les conditions d'agrément des agents chargés du contrôle de l'application des législations de sécurité sociale ont été définies, en dernier lieu, par un arrêté du 5 mai 2014 de la ministre des affaires sociales et de la santé.
5. Il ressort de l'ensemble de ces dispositions que tant l'absence d'agrément que l'absence d'assermentation des agents de droit privé désignés par les caisses d'allocations familiales pour conduire des contrôles auprès des bénéficiaires du revenu de solidarité active sont de nature à affecter la validité des constatations des procès-verbaux qu'ils établissent à l'issue de ces contrôles et à faire ainsi obstacle à ce qu'elles constituent le fondement d'une décision déterminant pour l'avenir les droits de la personne contrôlée ou remettant en cause des paiements déjà effectués à son profit en ordonnant la récupération d'un indu. En outre, la valeur probante attachée par les dispositions précitées de l'article L. 144-10 du code de la sécurité sociale aux procès-verbaux dressés par ces agents ne saurait s'étendre aux mentions qu'ils comportent quant à l'agrément et à l'assermentation de leur auteur.
6. Par suite, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, à la suite d'un contrôle de l'organisme chargé du versement du revenu de solidarité active, a pour objet soit de mettre fin au droit de l'allocataire soit d'ordonner la récupération d'un indu de prestation et que le requérant soulève un moyen tiré du défaut d'agrément ou d'assermentation de l'agent chargé du contrôle, le juge ne saurait se fonder sur les seules mentions du procès-verbal relatives à la qualité de son signataire pour écarter cette contestation. Dans un tel cas, l'administration étant seule en mesure d'établir l'agrément et l'assermentation des agents qu'elle désigne pour effectuer les contrôles, il appartient au juge, si cette qualité ne ressort pas des éléments produits en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente de la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'agent ayant procédé au second contrôle de la situation de Mme A a prêté serment devant le tribunal d'instance de Nice le 12 décembre 2019 et s'est vu délivrer un agrément définitif le 30 septembre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'assermentation du contrôleur doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes ; () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".
9. Ainsi que l'a rappelé le Conseil constitutionnel dans sa décision 2019-789 QPC du 14 juin 2019, l'objet des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale est de permettre à la personne contrôlée de prendre connaissance des documents communiqués afin de pouvoir contester utilement les conclusions qui ont été tirées par l'organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement de l'indu, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit du revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de cette prestation, de la teneur et de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Par suite, il appartient en principe à la caisse d'allocations familiales de mettre en œuvre cette garantie avant l'intervention de la décision de récupérer un indu de revenu de solidarité active, qui permet son recouvrement sur les prestations à échoir, ou de supprimer le service de cette prestation.
10. Enfin, les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, leur méconnaissance par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard de la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
11. En l'espèce, Mme A soutient qu'elle n'a pas été informée de la teneur et de l'origine des informations obtenues par l'administration auprès des tiers. Toutefois, il résulte des rapports de contrôle établi les 25 septembre 2020 et 15 novembre 2022 par des agents assermentés de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes que l'intéressée a été informée, d'une part, de la faculté pour la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes de mettre en œuvre le droit de communication prévu par les dispositions des articles L. 114-19 et suivant du code de la sécurité sociale, et d'autre part, de ce que l'administration a mis en œuvre cette faculté auprès notamment des établissements bancaires. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme ayant eu connaissance de l'exercice du droit de communication par les contrôleurs assermentés de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes. Par ailleurs et s'agissant des relevés bancaires, ceux-ci étaient nécessairement connus de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées au point 8 doit être écarté.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 262-89 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".
13. La consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestation relative au revenu de solidarité active formée auprès du président du conseil départemental est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 précité du même code. En l'espèce, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 5 mars 2020 entre le département des Alpes-Maritimes et la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, les recours administratifs en matière de contestation relative au bien-fondé de l'indu ne sont pas soumis pour avis à la commission de recours amiable. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine préalable de la commission de recours amiable ne peut qu'être écarté.
14. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles applicable au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir () ".
15. Si Mme A soutient que le recouvrement de la dette a été effectué dès la notification de l'indu, elle ne verse aux débats aucun commencement de preuve au soutien de cette allégation. En tout état de cause, les éventuelles retenues sur prestations effectuées par la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes sont sans incidence sur la légalité de la décision. Par suite, ce moyen doit être écarté.
16. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ".
17. Le recours administratif préalable obligatoire institué par l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles est destiné à remédier à l'absence de procédure contradictoire en permettant à l'administré de faire valoir ses observations sur la décision défavorable qui lui est opposée. Si Mme A se prévaut de la méconnaissance des droits de la défense, notamment en ce qu'elle n'a pas eu accès aux rapports d'enquête des 25 septembre 2020 et 15 novembre 2022 la concernant, il résulte toutefois de l'instruction que l'intéressée a nécessairement eu connaissance des faits qui lui étaient reprochés, dès la notification de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge le 7 décembre 2022. En tout état de cause, Mme A a formé un recours administratif préalable obligatoire, lequel a été rejeté par une décision du président du conseil départemental des Alpes-Maritimes par un courrier du 25 janvier 2023, et qui comporte l'ensemble des faits reprochés pour le litige concerné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.
18. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 262-3 du code précité : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. () / L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
19. Il résulte de l'instruction que Mme A est bénéficiaire du revenu de solidarité active à compter de sa demande du 22 mai 2009. Elle a fait l'objet d'un contrôle de sa situation, diligenté par un agent agréé et assermenté de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes. Le rapport d'enquête, établi par cet agent le 15 novembre 2022, conclut à des non-conformités concernant la résidence en France de la requérante depuis septembre 2020 et les ressources perçues au cours de l'année 2020. Dans ces conditions, par un courrier du 6 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes lui a notifié plusieurs indus de prestations sociales, dont un indu de revenu de solidarité active, d'un montant de 9 825,90 euros pour la période allant de septembre 2020 à novembre 2022. Par un courrier du 15 décembre 2022, l'intéressée a formé un recours administratif préalable obligatoire auprès du président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, lequel a été rejeté par une décision du 25 janvier 2023.
20. En l'espèce, si Mme A soutient qu'elle a conservé sa résidence en France, elle ne produit qu'une attestation d'hébergement de sa mère au soutien de cette allégation, laquelle ne comporte au demeurant aucune date concernant l'hébergement. En tout état de cause, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'enquête établi le 15 novembre 2022 que Mme A a effectué des dépenses depuis l'Italie de septembre 2020 à septembre 2022 et a effectué la majorité de ses retraits d'espèces en Italie. Il est constant que son compagnon réside en Italie et il n'est pas contesté que la requérante n'a pas de logement en France. Dans ces conditions, et dès lors que Mme A est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis le 22 mai 2009, l'intéressée doit être regardée comme ayant procédé à de fausses déclarations. Par suite, c'est à bon droit que le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a considéré que Mme A avait perdu l'effectivité et la stabilité de sa résidence en France, et ainsi confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge, d'un montant de 9 825,80 euros pour la période allant de septembre 2020 à novembre 2022.
Concernant la décision du 25 janvier 2023 portant confirmation de la radiation des droits au revenu de solidarité active :
21. En premier lieu, aux termes de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique comporte une mention explicite en informant l'intéressé. Les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en œuvre sont communiquées par l'administration à l'intéressé s'il en fait la demande () ". Aux termes de l'article R. 311-3-1-2 du même code : " L'administration communique à la personne faisant l'objet d'une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, à la demande de celle-ci, sous une forme intelligible et sous réserve de ne pas porter atteinte à des secrets protégés par la loi, les informations suivantes : / 1° le degré et le mode de contribution du traitement algorithmique à la prise de décision ; / 2° Les données traitées et leurs sources ; / 3° Les paramètres de traitement et, le cas échéant, leur pondération, appliqués à la situation de l'intéressé ; / 4° Les opérations effectuées par le traitement ".
22. Il ne résulte pas de l'instruction que la décision du 25 janvier 2023 aurait procédé d'un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision ne comporterait aucune des mentions exigées par l'article R. 3113-1-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.
23. En deuxième lieu, si Mme A se prévaut de la méconnaissance des droits de la défense, notamment en ce qu'elle n'a pas eu accès aux rapports d'enquête des 25 septembre 2020 et 15 novembre 2022 la concernant, il résulte toutefois de l'instruction et de ce qui a été dit au point 17 du présent jugement que l'intéressée a formé un recours administratif préalable obligatoire, lequel a été rejeté par une décision du président du conseil départemental des Alpes-Maritimes par un courrier du 25 janvier 2023, et qui comporte l'ensemble des faits reprochés pour le litige concerné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.
24. En troisième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 19 et 20 du présent jugement que la décision de radiation des droits au revenu de solidarité active trouve son origine dans de fausses déclarations. Par suite, c'est à bon droit que le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a confirmé la fin des droits de revenu de solidarité active de l'intéressée.
Concernant la décision du 30 janvier 2023 portant notification d'une amende administrative d'un montant de 1 500 euros :
25. D'une part, aux termes de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies , en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil général après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code. La juridiction compétente pour connaître des recours à l'encontre des contraintes délivrées par le président du conseil général est la juridiction administrative. Aucune amende ne peut être prononcée à raison de faits remontant à plus de deux ans () ". Aux termes de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale : " I () Le montant de la pénalité est fixé en fonction de la gravité des faits, dans la limite de deux fois le plafond mensuel de la sécurité sociale. () ".
26. Il appartient au juge du fond, saisi d'une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de se prononcer, eu égard à son office de juge de plein contentieux, sur les manquements qui sont à l'origine du prononcé de cette sanction et de prendre une décision qui se substitue à celle de l'administration et, le cas échéant, de faire application d'une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l'infraction a été commise et celle à laquelle il statue. Par suite, compte tenu des pouvoirs dont il dispose ainsi pour contrôler une sanction de cette nature, le juge se prononce sur la contestation dont il est saisi comme juge de plein contentieux.
27. Il résulte de ce qui a été dit au point 20 du présent jugement que la décision attaquée trouve son origine dans de fausses déclarations. Dans ces conditions, l'amende administrative prononcée par le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes à l'encontre de Mme A, d'un montant de 1 500 euros, apparaît justifiée tant dans son principe que dans son montant.
28. D'autre part, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne ne cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ".
29. En l'espèce, si Mme A entend invoquer le droit à l'erreur prévu à l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'amende administrative prononcée à l'encontre de l'intéressée trouve son origine dans de fausses déclarations de la part de l'allocataire, lesquelles présentent un caractère délibéré. Dès lors, le droit à l'erreur ne saurait s'appliquer. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 30 janvier 2023 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes lui a notifié une amende administrative d'un montant de 1 500 euros.
Concernant le titre exécutoire émis le 17 juin 2023 en vue du recouvrement d'une somme de 1 500 euros relative à une amende administrative :
30. En premier lieu, il ne résulte d'aucun texte que le caractère suspensif des réclamations dirigées contre les décisions de récupération d'indus de revenu de solidarité active prévu par les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ferait obstacle à ce que le président du conseil départemental inflige à un allocataire une amende administrative s'il estime que ce dernier est responsable de fausse déclaration ou d'omission délibérée ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active. Dans ces conditions, Mme A ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de sa contestation de l'amende administrative comme du titre exécutoire émis pour son recouvrement, de la circonstance qu'un recours tendant à contester le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité litigieux aurait été introduit.
31. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable à la date de l'émission du titre exécutoire en litige : " () le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation () ". Aux termes de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique () ". Aux termes de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales : " Les ordonnateurs des organismes publics, visés à l'article D. 1617-19, lorsqu'ils choisissent de transmettre aux comptables publics, par voie ou sur support électronique, les pièces nécessaires à l'exécution de leurs dépenses ou de leurs recettes, recourent à une procédure de transmission de données et de documents électroniques, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre en charge du budget pris après avis de la Cour des comptes, garantissant la fiabilité de l'identification de l'ordonnateur émetteur, l'intégrité des flux de données et de documents relatifs aux actes mentionnés en annexe I du présent code et aux deux alinéas suivants du présent article, la sécurité et la confidentialité des échanges ainsi que la justification des transmissions opérées. / () / La signature manuscrite, ou électronique conformément aux modalités fixées par arrêté du ministre en charge du budget, du bordereau récapitulant les titres de recettes emporte attestation du caractère exécutoire des pièces justifiant les recettes concernées et rend exécutoires les titres de recettes qui y sont joints conformément aux dispositions des articles L.252 A du livre des procédures fiscales et des articles R. 2342-4, R. 3342-8-1 et R. 4341-4 du présent code ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 juin 2007 susvisé portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique : " La signature électronique de l'ordonnateur est portée, selon les modalités prévues à l'article 4 du présent arrêté, soit sur chaque bordereau de mandats de dépenses et chaque bordereau de titres de recettes, soit sur le fichier contenant de tels bordereaux transmis au comptable public conformément au protocole d'échange standard dans sa version 2 ou dans une version ultérieure ".
32. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif adressé au redevable doit mentionner les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur. Celle-ci peut être manuscrite ou électronique.
33. En l'espèce, le bordereau n° 877, qui comporte le titre de recette n° 00600-2023-8375, a été émis par M. Ginesy, président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, et a été signé électroniquement par Mme H B, laquelle bénéficie, par un arrêté n° DRH/2023/0064 du 31 janvier 2023, d'une délégation de signature du président du conseil départemental des Alpes-Maritimes à l'effet de signer toutes les pièces justificatives devant appuyer les mandats de paiement ou les titres de recettes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
34. En troisième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 27 du présent jugement que, eu égard aux omissions délibérées de la requérante concernant son absence du territoire français entre septembre 2020 et septembre 2022, c'est à bon droit que le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant de 1 500 euros. Par voie de conséquence, Mme A n'est pas fondée à solliciter l'annulation du titre exécutoire émis le 17 juin 2023 par le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, lequel a pour objet de recouvrer l'amende administrative précitée.
Concernant la décision du 7 décembre 2022 portant notification d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros pour le mois de septembre 2020 et deux indus de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant respectif de 152,45 euros pour les années 2020 et 2021 :
35. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
36. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année ou de l'aide exceptionnelle de solidarité est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
37. En l'espèce, la décision attaquée comporte les motifs des indus de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité litigieux, au regard notamment de l'absence de droit de Mme A à l'allocation de revenu de solidarité active au titre des mois de septembre 2020 à novembre 2022. En revanche, cette décision, qui se borne à énoncer des circonstances de fait, ne comporte aucune mention des textes qui l'auraient fondée en droit. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en droit doit être accueilli.
38. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre la décision du 7 décembre 2022, que la requérante est fondée à solliciter l'annulation de cette dernière, seulement en ce qu'elle porte notification des indus de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2020 et 2021 et d'aide exceptionnelle de solidarité au titre du mois de septembre 2020.
Concernant la contrainte délivrée le 21 novembre 2023 en vue du recouvrement d'une somme de 2 238 euros relative à un indu de prime d'activité :
39. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. ". Aux termes de l'article L. 161-1-5 du même code : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée () le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner () une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. La contrainte est notifiée au débiteur par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d'huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la notification mentionne la référence de la contrainte et son montant, le délai dans lequel l'opposition doit être formée, l'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. () Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent () ".
40. Il résulte des dispositions précitées qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision du directeur d'une caisse d'allocations familiales ordonnant le reversement d'un indu de prime d'activité n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif préalable auprès de cette caisse dans les conditions qu'elles prévoient. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions citées au point précédent.
41. En premier lieu, Mme A soutient que la contrainte délivrée le 21 novembre 2023 a été signée par une autorité incompétente. Toutefois, il résulte de l'instruction que la contrainte en litige a été délivrée par M. E F, directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, lequel a nécessairement compétence pour le recouvrement d'une prime d'activité indûment versée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire ne peut qu'être écarté.
42. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () imposent des sujétions () ". L'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article 24 du décret n° 2012-1246 : " () / Toute créance liquidée faisant l'objet d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ".
43. La contrainte délivrée le 21 novembre 2023 mentionne qu'elle correspond à " un indu de prime d'activité de 2 238 euros versé à tort du 01/09/2020 au 30/11/2022 suite à la non résidence en France depuis septembre 2020 ". De plus, il résulte de l'instruction que Mme A a été préalablement rendue destinataire du courrier du 7 décembre 2022 et de la mise en demeure du 2 mai 2023, auxquels la contrainte fait implicitement mais nécessairement référence et qui l'informe des motifs de la notification de l'indu de prime d'activité que la contrainte vise à recouvrer. Dans ces conditions, la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes a satisfait à l'obligation qui lui incombait d'indiquer, de manière suffisamment claire et précise, les bases de liquidations sur lesquelles elle se fondait pour mettre la somme en cause à la charge de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la contrainte doit être écartée.
44. En troisième et dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A ait exercé un recours administratif préalable obligatoire auprès de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes afin de contester le bien-fondé de l'indu de prime d'activité. Dans le cadre de la présente opposition à contrainte, l'intéressée ne peut donc pas remettre en cause le bien-fondé de cet indu. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Sur les conclusions à fins de décharge et d'injonction :
45. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu d'allocation de RSA, d'aide au logement, d'aide exceptionnelle de fin d'année ou de prime d'activité a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de forme ou de procédure.
46. L'exécution de la présente décision implique nécessairement, en application du principe exposé ci-dessus, que l'administration procède au remboursement des sommes qui auraient déjà été recouvrées, au titre des indus de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité, sauf à régulariser la décision de récupération de ses vices dans un délai de deux mois.
Sur les frais liés au litige :
47. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 7 décembre 2022 portant notification de deux indus de prime exceptionnelle de fin d'année, d'un montant respectif de 152,45 euros au titre des années 2020 et 2021, et d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, d'un montant de 150 euros au titre du mois de septembre 2020 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes, sauf à régulariser sa décision de récupération d'indu de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité, de procéder au remboursement des sommes éventuellement recouvrées à ce titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G A, au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes.
Copie en sera adressée et au directeur général de la caisse d'allocations familiales des Alpes-Maritimes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
La présidente,La greffière,
signésigné
M. J
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
N°s 2302263, 2302264, 2302266, 2302271, 2302272, 2303363, 2306043
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026