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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2302348

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2302348

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2302348
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat M d'IZARN de VILLEFORT
Avocat requérantSELARL GRIMALDI-MOLINA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une saisine et un mémoire, enregistrés les 15 mai 2023 et 6 septembre 2024, le maire de Vallauris, représenté par la SELARL Fayol, défère au tribunal, comme prévenus d'une contravention de grande voirie, M. A B, en sa qualité d'exploitant de l'aire de carénage " Rodriguez Yachts " du port Camille Rayon ainsi que la société Rodriguez Yachts et demande la condamnation de la société Rodriguez Yachts au paiement d'une amende et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de celle-ci au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- tant M. B, en sa qualité d'exploitant de l'aire de carénage " Rodriguez Yachts " que la société Rodriguez Yachts qui l'emploie peuvent être poursuivis dès lors que cette société est mentionnée comme étant concessionnaire du domaine public portuaire et qu'elle a eu connaissance du procès-verbal de contravention de grande voirie du 19 avril 2023 préalablement à la saisine du tribunal ;

- la réalisation sur le domaine public portuaire de travaux sans autorisation et y portant atteinte est constitutive de la contravention de grande voirie prévue aux articles L. 2132-3 du code général de la propriété des personnes publiques et L. 5337-1, L. 5335-2 et R. 5337-1 du code des transports ;

- en application des dispositions combinées des articles L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques et 131-13 du code pénal et compte tenu de la gravité de l'atteinte portée au domaine public, les contrevenants doivent être condamnés au paiement d'une amende de 1500 euros ;

- à défaut d'établir que les lieux ont été parfaitement remis en état, il y a lieu d'ordonner aux contrevenants une telle mesure.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 juillet 2023, 10 janvier 2024 et 13 septembre 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Rodriguez Yachts et M. B, représentés par Me Grimaldi, concluent à leur relaxe, subsidiairement, au non-lieu à statuer sur l'action domaniale, et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Vallauris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- M. B, qui est seulement préposé de la SAS Rodriguez Yachts, ne peut faire l'objet des poursuites ;

- la SAS Rodriguez Yachts, qui n'a pas reçu notification du procès-verbal de contravention de grande voirie, ne fait pas l'objet des poursuites ;

- le fait de réaliser des travaux sans autorisation ne constitue pas une contravention de grande voirie ;

- les travaux litigieux doivent être regardés comme ayant été autorisés dès lors qu'ils ont été exécutés en vue de satisfaire aux prescriptions qui assortissent l'autorisation d'exploiter l'aire de carénage au titre des installations classées pour la protection de l'environnement ;

- au demeurant, la commune et le concessionnaire lui ont enjoint de réaliser ces travaux et en ont contrôlé la bonne exécution ;

- ces travaux répondent à l'intérêt du domaine public ;

- la remise en état des lieux porterait une atteinte excessive à l'intérêt général ;

- la remise en état conformément aux injonctions adressées par l'administration est déjà intervenue.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le procès-verbal de contravention de grande voirie du 18 avril 2023 ;

- le certificat constatant la notification du procès-verbal.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code pénal ;

- le code des transports ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. d'Izarn de Villefort pour statuer sur les litiges visés au titre de l'article L. 774-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Izarn de Villefort,

- les conclusions de M. Myara, rapporteur public,

- et les observations de Me Garcia substituant Me Blanc, représentant le maire de Vallauris, et de Me Dubecq, représentant M. B et la société Rodriguez Yachts.

Considérant ce qui suit :

1. Le maire de Vallauris défère au tribunal, comme prévenus d'une contravention de grande voirie, M. B, en sa qualité d'exploitant de l'aire de carénage " Rodriguez Yachts " du port Camille Rayon ainsi que la société Rodriguez Yachts, son employeur, pour avoir réalisé sur cette dépendance du domaine public portuaire des travaux sans autorisation.

2. Aux termes de l'article L. 2122 1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. ". L'article L. 5335-2 du code des transports dispose, au chapitre V relatif à la conservation du domaine public : " Il est interdit de porter atteinte au bon état et à la propreté du port et de ses installations, notamment de jeter dans les eaux du port tous déchets, objets, terre, matériaux ou autres. ". Aux termes de l'article de l'article L. 5337-1 du même code : " Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 5337-1 du même code : " Constitue une contravention de grande voirie la violation des interdictions ou le manquement aux obligations prévues par le règlement général de police défini au chapitre III et par les règlements locaux le complétant. Sauf disposition législative contraire, ces contraventions sont punies de l'amende prévue par le premier alinéa de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques. ". L'article 34 de l'arrêté du maire de Vallauris-Golfe-Juan du 15 septembre 2022 portant règlement particulier de police des ports de cette commune dispose : " () les concessionnaires sont tenus de soumettre, avant tout commencement d'exécution, les plans et dessins des ouvrages à l'agrément des autorités responsables du port et spécialement à l'autorité concédante chargée du contrôle de la concession. Les travaux de voirie impactant ou modifiant la circulation font l'objet d'une prise d'arrêté par la commune sur demande écrite du concessionnaire avec un préavis suffisant. ".

3. Comme déjà mentionné au point 1, un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé, le 18 avril 2023, à l'encontre notamment de la société Rodriguez Yachts pour avoir dégradé les sols de l'aire de carénage du port Camille Rayon du fait de l'exécution de travaux qui n'avaient été autorisés ni par la SNPVG, concessionnaire d'outillage public du port, ni par la commune de Vallauris-Golfe-Juan, autorité portuaire assurant la conservation du domaine public. Les travaux constatés par l'auteur du procès-verbal ont consisté à procéder au piquage au brise-roche hydraulique en zone nord le long de la clôture, devant la darse sud et devant le chemin de roulage du portique élévateur, au sciage du béton et au stationnement d'une installation de type Algeco servant de support logistique aux travaux.

4. Il résulte de l'instruction que la société Rodriguez Yachts était titulaire d'un sous-traité d'exploitation conclu avec la société concessionnaire du port, lui confiant l'exploitation de la darse de manutention des bateaux et de l'aire publique de carénage, d'une surface d'environ 2000 m2, affectées aux manœuvres de manutention et à l'usage public pour le stationnement des bateaux à caréner ou à réparer. Le 13 mai 2003, elle a conclu une convention lui confiant l'exploitation d'un parc de stationnement pour navires du 16 septembre au 14 juin de chaque année, à créer et à exploiter dans le respect du cahier des charges de la concession et du règlement de police applicable sur le port. Les travaux de sciage du revêtement en béton litigieux, suivis du piquage du sol au brise-roche hydraulique visaient à poser ou remplacer des canalisations entre des regards et le deshuileur-débourbeur. Les autres opérations de piquage visaient à reprofiler la pente du revêtement en vue de rétablir une collecte efficace des eaux de ruissellement. Ces travaux ont été engagés pour satisfaire à une mise en demeure du préfet des Alpes-Maritimes, assortie d'une astreinte, en vue d'assurer le respect des prescriptions énoncées par l'arrêté préfectoral du 31 octobre 2018 délivrant à la société Rodriguez Yachts l'autorisation d'exploiter la darse et l'aire de carénage au titre de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement. L'analyse de " conformité vis-à-vis des exigences réglementaires environnement " applicables à ce site, élaborée par l'APAVE à la demande du concessionnaire aborde au §3.2.3 la question de la zone d'entretien et de carénage et s'interroge ainsi sur la liaison entre les regards et le séparateur d'hydrocarbures en l'absence de plan du réseau et d'efficacité des jeux de pente. Par un courrier du 5 octobre 2022, le concessionnaire a enjoint à la société Rodriguez Yachts de réaliser, dans les meilleurs délais, les travaux de mise en conformité prioritaires mentionnés dans ce rapport, en l'invitant à communiquer le planning de ces travaux en vue de procéder, après leur exécution, à une visite de contrôle. Dans ces conditions, la réalisation des travaux litigieux, lesquels répondent à l'affectation du domaine public portuaire et satisfont à une demande du concessionnaire, n'est pas constitutive de la contravention prévue et réprimée par les dispositions citées au point 2.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. B et la société Rodriguez Yachts doivent être relaxés des fins de la poursuite.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Rodriguez Yachts, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Vallauris-Golfe-Juan demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Vallauris-Golfe-Juan une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et la société Rodriguez Yachts et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. B et la société Rodriguez Yachts sont relaxés des fins de la poursuite.

Article 2 : La commune de Vallauris-Golfe-Juan versera à M. B et la société Rodriguez Yachts une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Vallauris-Golfe-Juan tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera adressé au maire de Vallauris-Golfe-Juan pour notification à M. B et à la SAS Rodriguez Yachts, dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P. d'IZARN de VILLEFORT La greffière,

signé

E. GIALIS

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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