lundi 22 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2302380 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 mai 2023, M. B A, de nationalité gambienne, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative:
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'examiner sa demande d'asile dans un délai de quarante-huit heures, de lui délivrer récépissé de sa demande sans délai et de retirer l'obligation de quitter le territoire prononcée à son encontre le 4 avril 2023 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- incarcéré à la maison d'arrêt de Nice où il y exécute une peine d'emprisonnement prononcée par le tribunal correctionnel de Nice, peine dont l'exécution se termine le 25 mai 2022, jour prévu pour son élargissement, il a formulé par courrier recommandé avec accusé de réception du 22 décembre 2022 reçu par la préfecture des Alpes-Maritimes le 29 décembre suivant, une demande d'asile à la suite de laquelle ne lui a été délivré aucun récépissé de demande, alors que sa demande est conforme aux articles L.521-4 et R.521-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il n'a pas été informé de ses droits comme prévu à l'article L.521-2 du même code ; en revanche, il s'est vu notifier le 20 avril 2023 à la maison d'arrêt de Grasse, avant d'être transféré à celle de Nice, une obligation de quitter le territoire français en date du 4 avril 2023 ne faisant aucune mention de sa demande d'asile et sans qu'il ait été mis en mesure d'exprimer au préalable ses observations ou de solliciter une assistance comme requis dans la cadre de la procédure contradictoire préalable, prévue aux articles L.121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, ce qui lui aurait permis de rappeler qu'il ne pouvait pas retourner dans son pays ; il est manifeste que la préfecture de Nice ne lui a pas permis de satisfaire aux obligations par les articles R.521-5 à R.521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a ainsi porté au droit d'asile une atteinte grave et manifestement illégale ;
- le droit constitutionnel d'asile constitue donc une liberté fondamentale au sens de l'article L.521-2 du code de justice administrative, qui a pour corollaire le droit de solliciter l'asile et de demeurer sur le territoire pendant cet examen afin d'être entendu, ainsi que de bénéficier des conditions matérielles d'accueil ;
- le refus d'enregistrement d'une demande d'admission au séjour au titre de l'asile constitue une urgence particulière et a des conséquences graves ; il en va de même d'une demande d'admission au séjour constitue une urgence.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Taormina, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, de nationalité gambienne, expose être actuellement incarcéré à la maison d'arrêt de Nice où il y exécute une peine d'emprisonnement prononcée par le tribunal correctionnel de Nice, peine dont l'exécution se termine le 25 mai 2022, jour prévu pour son élargissement, avoir formulé par courrier recommandé avec accusé de réception du 22 décembre 2022 reçu par la préfecture des Alpes-Maritimes le 29 décembre suivant, une demande d'asile à la suite de laquelle ne lui a été délivré aucun récépissé de demande et s'être vu notifier le 20 avril 2023, à la maison d'arrêt de Grasse, avant d'être transféré à celle de Nice, une obligation de quitter le territoire français en date du 4 avril 2023. Il demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'examiner sa demande d'asile, de lui délivrer récépissé de sa demande et de retirer l'obligation de quitter le territoire prononcée à son encontre le 4 avril 2023.
2. Aux termes de l'article L.521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L.521-3 de ce code : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". En vertu de l'article L.522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. En distinguant deux procédures prévues respectivement par les articles L.521-2 et L.521-3 du code de justice administrative, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, l'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions précitées de l'article L.521-2 du code de justice administrative est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Il appartient ainsi au requérant de justifier dans tous les cas de l'urgence, laquelle ne saurait être regardée comme remplie en l'absence d'éléments concrets, propres à chaque espèce, de nature à établir l'urgence des mesures sollicitées dans le cadre de cette procédure particulière de référé qui implique l'intervention du juge dans des délais extrêmement brefs.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui ne produit pas l'obligation de quitter le territoire français en date du 4 avril 2023 qui lui a été notifiée le 20 avril suivant, n'a formulé une demande d'asile auprès de la préfecture des Alpes-Maritimes par courrier recommandé avec accusé de réception du 22 décembre 2022 reçu par la préfecture le 29 décembre suivant, qu'après son incarcération en maison d'arrêt, alors qu'il ne démontre pas qu'il n'avait pas eu auparavant, avant d'être pénalement condamné, la possibilité de le faire. Enfin, alors qu'il a formulé sa demande d'asile en décembre 2022, il a attendu plus de quatre mois et de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en avril 2023 pour saisir le juge des référés. Dans ces circonstances, ni la non-délivrance d'un récépissé de demande d'asile, ni la notification d'une obligation de quitter le territoire français le 20 avril 2023 ne peuvent être regardées comme suffisantes pour constituer l'extrême urgence au sens de l'article L.521-2 du code de justice administrative justifiant l'intervention du juge des référés dans les délais très brefs prévus par ce texte. Au surplus, s'agissant de la demande d'injonction au préfet de retirer cette obligation de quitter le territoire, il n'appartient pas, en outre, au juge des référés d'enjoindre des mesures qui équivaudraient à une annulation.
5. M. A n'étant ainsi pas fondé à saisir le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative, les conclusions de sa requête, ensemble celles relatives à l'aide juridictionnelle à titre provisoire et formulées en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L.522-3 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice le 22 mai 2023.
Le juge des référés
signé
G. Taormina
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026