lundi 17 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2303189 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | KOVALEFF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juin 2023 et 11 juillet 2023, Mme F B et M. E A, représentés par Me Kovaleff, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
- d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision signifiée par exploit d'huissier le 14 juin 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a accordé le concours de la force publique, à compter du 15 juillet 2023, pour les expulser du logement qu'ils occupent au 94 boulevard Gambetta à Nice ;
- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à leur conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- l'urgence est caractérisée : la décision en litige préjudicie à leur situation : ils peuvent être expulsés à compter du 15 juillet 2023 ; ils ont présenté un dossier de surendettement et le juge judiciaire a fixé une audience le 14 novembre 2023 pour se prononcer sur la recevabilité de leur dossier de surendettement ;
- des moyens sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* l'auteur de l'acte est incompétent ; la décision signifiée par voie d'huissier, seule décision qu'ils ont reçue, est signée par Mme D qui ne justifie pas d'une délégation de signature ;
* la décision attaquée n'est pas motivée ;
* la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation : il est reconnu adulte handicapé, suit un traitement au centre médico-psychologique de Notre-Dame et son épouse était également adulte handicapée ; ils ont de faibles ressources et ont déposé un dossier de surendettement, circonstance intervenue après la décision judiciaire d'expulsion et dont le préfet n'a visiblement pas pris connaissance.
Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 7 juillet 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que :
- l'urgence n'est pas établie : le préfet est tenu d'exécuter un jugement d'expulsion exécutoire ; la procédure de surendettement en cours n'est pas de nature à faire obstacle à l'octroi du concours de la force publique ;
- aucun moyen n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige : l'auteur de l'acte est compétent ; l'Etat est tenu d'apporter son concours à l'exécution des jugements ; le moyen tiré d'un défaut de motivation ne peut qu'être écarté ; la procédure suivie est conforme au code des procédures civiles d'exécution : le préfet est en situation de compétence liée ; les moyens tirés de la procédure de surendettement en cours et de l'absence de relogement sont inopérants ; la situation de handicap invoquée est antérieure aux décisions du juge judiciaire ; aucun préjudice grave causé par la présente expulsion n'est avéré.
Vu :
- la décision attaquée ;
- la requête, enregistrée le 29 juin 2023 sous le n° 2303183, par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision en litige ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 11 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Pascal, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 13 juillet 2023 à 10 h 00 en présence de Mme Gialis, greffière d'audience, M. Pascal a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Kovaleff pour Mme B et M. A, qui reprend les moyens et arguments de la requête et insiste sur la fragilité sociale et psychologique des requérants qui se retrouvent en situation de surendettement après la décision judiciaire.
- les observations de Mme C pour le préfet des Alpes-Maritimes qui reprend les écritures en défense et qui fait valoir que l'administration a respecté l'ensemble de la procédure applicable aux mesures d'expulsion, les requérants occupant toujours les lieux alors que la décision judiciaire est intervenue en mars 2022.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
2. En raison de l'urgence, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme B et de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
4. Mme F B et M. E A demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision signifiée par exploit d'huissier par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a accordé le concours de la force publique, à compter du 15 juillet 2023, pour les expulser du logement qu'ils occupent au 94 boulevard Gambetta, résidence " Palais Mignon " à Nice.
5. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation ".
6. Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Par une ordonnance de référé du 15 mars 2022, le juge des contentieux et de la protection du tribunal judiciaire de Nice a ordonné l'expulsion de M. A et de Mme B de l'appartement qu'ils occupent au 92 boulevard Gambetta à Nice et a précisé qu'à défaut de départ spontané, il sera procédé à leur expulsion conformément aux articles L. 411-1 et L. 412-2 et suivants du code des procédures civiles d'exécution avec au besoin l'assistance de la force publique et d'un serrurier. Un commandement de quitter les lieux a été délivré à l'encontre des requérants le 7 avril 2022 par voie d'huissier. Par une ordonnance du 10 octobre 2022, le premier président de la cour d'appel d'Aix en Provence a débouté les requérants de leur demande d'arrêt de l'exécution provisoire de l'ordonnance du 15 mars 2022 précitée. Par une décision du 6 juin 2023, versée au dossier par le préfet des Alpes-Maritimes, ce dernier a accordé, à compter du 15 juillet 2023, le concours de la force publique à l'huissier chargé d'exécuter l'ordonnance du 15 mars 2023. Par un courrier daté du même jour, le préfet des Alpes-Maritimes a informé les requérants de sa décision.
8. Si les requérants soutiennent que le préfet des Alpes-Maritimes, qui a accordé le concours de la force publique, aurait dû considérer que constituait un motif de nature à justifier le refus de concours de la force publique, leur situation de vulnérabilité tirée du handicap de M. A, il n'est pas démontré par l'intéressé que son handicap, survenu antérieurement à la décision d'octroi de la force publique, constituerait une vulnérabilité telle que ce concours de la force publique pour l'expulser du logement dans lequel il se maintient illégalement depuis de nombreux mois serait susceptible de porter une atteinte à la dignité humaine. Cette circonstance n'est ainsi, en l'état de l'instruction, pas susceptible d'entraîner un trouble à l'ordre public justifiant que le préfet puisse, sans erreur manifeste d'appréciation, ne pas prêter son concours à une décision juridictionnelle. Si, ensuite, les requérants font valoir que qu'ils ont déposé un dossier de surendettement postérieurement à la décision judiciaire, il ne résulte, toutefois, d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni d'aucun principe général du droit que le préfet soit tenu de surseoir à l'octroi du concours de la force dès lors que la commission de surendettement a estimé le dossier des requérants était recevable. Enfin, en l'état de l'instruction, les moyens de légalité externe soulevés par M. A et Mme B ne sont pas non plus propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, que la requête de M. A et de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme F B et M. E A sont admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme B et de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F B, à M. E A, à Me Kovaleff et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Fait à Nice, le 17 juillet 2023.
Le juge des référés,
signé
F. Pascal
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026