mercredi 9 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2303478 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ALMAIRAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2023, le préfet des Alpes-Maritimes demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de M. B A et Mme H A et de leurs trois enfants, D, G F et C, du logement qu'ils occupent situé 87 avenue Rhin et Danube - Athéna 06140 Vence relevant du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) géré par la Fondation de Nice PSP Actes ;
2°) le cas échéant, d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux de la famille A ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Le préfet des Alpes-Maritimes soutient que :
- le juge des référés du tribunal administratif est compétent en application des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;
- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien, dans un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, de M. et Mme A, déboutés de l'asile, et de leurs enfants, compromet le bon fonctionnement de l'organisme effectuant l'hébergement alors qu'au niveau départemental, le dispositif d'accueil est saturé, qu'au 11 juillet 2023, plus de 1 700 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement d'urgence et que le taux de présence indue dans le département des Alpes-Maritimes s'élève à 7,6 % en moyenne sur le mois de juin 2023 alors que l'article 12 du décret n°2015-1898 du 30 décembre 2015 prévoit que le taux cible des personnes déboutées en présence indue doit se situer à moins de 4 % ;
- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que la famille A se maintient dans le logement sans droit ni titre alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 novembre 2020, que leurs recours auprès de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ont été rejetés par décisions du 28 avril 2022, notifiées le 2 mai 2022, que la famille A a été informée le 5 mai 2022, de la décision du 29 avril 2022 mettant fin à leur prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et que par courrier du 4 juillet 2022, notifié le 8 juillet 2022, le préfet des Alpes-Maritimes l'a mise en demeure de quitter les lieux sous quinzaine.
Par un mémoire en défense et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 31 juillet 2023, M. B A et Mme H A, représentés par Me Almairac, concluent au rejet de la requête ; à ce qu'ils soient admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ; à ce qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de leur trouver un hébergement d'urgence dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, à défaut, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de leur laisser un délai d'un mois supplémentaire pour quitter leur logement et à ce qu'il soit mis à la charge de l'État le versement à leur conseil d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel renonce à percevoir l'aide juridictionnelle.
Ils font valoir que :
- leurs observations sont recevables ;
- la mesure d'expulsion en litige est manifestement grave et illégale dès lors que la famille A présente une vulnérabilité certaine tant au regard de la présence des trois enfants mineurs âgés de cinq ans, de quatre ans et d'un an, que de la grossesse avancée de Mme A ;
- en n'attribuant aucun logement d'urgence à la famille A, le préfet des Alpes-Maritimes a porté une atteinte manifestement illégale à son exercice du droit au séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné Mme Belguèche, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er août 2023 à 14h00 :
- le rapport de Mme Belguèche, juge des référés ;
- les observations de Mme E, représentant le préfet des Alpes-Maritimes, qui reprend ses écritures ;
- et les observations de Me Petit, substituant Me Almairac, pour M. et Mme A, qui conclut aux mêmes fins, par les mêmes moyens et fait valoir, en outre, que les chiffres dont se prévaut le préfet des Alpes-Maritimes ne sont ni prouvés ni sourcés ; que la condition d'urgence doit être mise en balance avec la situation de M. et Mme A ; que le préfet ne peut pas procéder à leur expulsion sans leur proposer un hébergement d'urgence ; que leur vulnérabilité est établie et qu'il doit être enjoint au préfet de proposer un logement d'urgence à M. et Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet des Alpes-Maritimes demande au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative de faire injonction à M. et Mme A, qui se maintiennent sans droit ni titre dans un centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, de libérer sans délai le lieu d'hébergement mis à leur disposition au titre des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile et d'autoriser qu'il soit procédé à leur expulsion sans délai de ce logement, au besoin avec le concours de la force publique.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". L'article L. 552-15 du même code dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. M. et Mme A, de nationalité malienne, ont bénéficié des conditions matérielles d'accueil en tant que demandeurs d'asile et ont été admis, dans ce cadre, à compter du 25 octobre 2019, au centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par la Fondation de Nice PSP Actes. Les demandes d'asile introduites par M et Mme A ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 novembre 2020, leurs recours auprès de la Cour nationale du droit d'asile ont été rejetés par décisions du 28 avril 2022, notifiées le 2 mai 2022. M. et Mme A ont été informés le 5 mai 2022, de la décision du 29 avril 2022 mettant fin à leur prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par courrier du 4 juillet 2022, notifié le 8 juillet 2022, le préfet des Alpes-Maritimes les a mis en demeure de quitter les lieux sous quinzaine. Dans ces circonstances, et dès lors que les époux A ne pouvaient ignorer depuis la confirmation par la Cour nationale du droit d'asile du rejet de leur demande d'asile le 2 mai 2022, qu'ils n'avaient plus le droit d'occuper un lieu d'hébergement destiné à l'accueil des demandeurs d'asile, leur expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse, alors même que Mme A est enceinte de huit mois et que les enfants du couple sont âgés de cinq ans, de quatre ans et d'un an. La libération des lieux par les intéressés présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département qui n'est pas sérieusement contesté, un caractère d'urgence et d'utilité.
7. Toutefois, Mme A, accompagnée de son époux et de leurs trois enfants, âgés de cinq ans, de quatre ans et d'un an, fait valoir qu'elle est enceinte de huit mois. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, eu égard à l'état avancé de la grossesse de Mme A, et à la présence de trois enfants en bas âge, il y a lieu d'enjoindre à M. et Mme A de quitter le lieu d'hébergement qu'ils occupent dans le délai d'un mois qu'ils demandent et ce, à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet des Alpes-Maritimes à procéder à l'évacuation forcée des lieux au besoin avec le concours de la force publique et à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. et Mme A, à défaut pour eux de les avoir emportés.
8. Si M. et Mme A, demandent également à ce qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de leur trouver un hébergement d'urgence dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, une telle demande ne peut qu'être rejetée dès lors qu'elle ne relève pas de l'office du juge saisi, par le préfet des Alpes-Maritimes, d'un référé " mesure utile " régi par l'article L. 521-3 du code de justice administrative et alors même que les effets de la mesure demandée par ces derniers pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L 521-2 du même code.
Sur les frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante à titre principal, la somme dont M. et Mme A demandent le versement au profit de leur conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE
Article 1er : M. et Mme A sont admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à M. et Mme A et tous occupants de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent, situé 87 avenue Rhin et Danube à Vence 06140, relevant du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) géré par la Fondation de Nice PSP Actes.
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de M. et Mme A dans le délai imparti, le préfet des Alpes-Maritimes, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais et risques des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique et donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. et Mme A à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Article 4 : Le surplus des conclusions de M. et Mme A est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et Mme H A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Almairac.
Copie en sera transmise au préfet des Alpes-Maritimes, au procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Grasse, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice et au centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par la Fondation de Nice PSP Actes.
Fait à Nice le 9 août 2023.
La juge des référés,
signé
S. BELGUECHE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme
Le Greffier en Chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026