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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303580

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303580

lundi 24 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303580
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantBESSIS-OSTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2023, M. B E C et Mme D A, représentés par Me Bessis-Osty, demandent à la juge des référés :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre à l'Office Français de l'immigration et de l'intégration, au préfet des Alpes-Maritimes et à l'association ALC, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de leur attribuer, ainsi qu'à leurs deux enfants, un hébergement dans le cadre du dispositif dédié à l'urgence sociale à compter de la notification de cette ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros à verser à leur avocate en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, cette dernière renonçant par avance à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'ils sont, ainsi que leurs deux enfants, privés d'hébergement, ce qui les place dans une situation d'extrême vulnérabilité et de précarité ;

- l'absence de prise en charge au titre de l'hébergement porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit constitutionnel d'asile, la demande d'asile de leur deuxième enfant étant en cours, ainsi qu'à leur droit de ne pas subir de carence caractérisée dans le cadre de l'hébergement d'urgence des personnes vulnérables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucune des conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est remplie.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes et à l'association ALC, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kolf, conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juillet 2023 à 10 heures :

- le rapport de Mme Kolf, juge des référés,

- les observations de Me Bessis-Osty, représentant M. C et Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par leur requête, M. B E C et Mme D A, ressortissants ivoiriens nés respectivement le 8 février 1990 et le 10 mai 1995, demandent à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de leur attribuer, ainsi qu'à leurs deux enfants, un hébergement dans le cadre du dispositif dédié à l'urgence sociale.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

En ce qui concerne la condition relative à l'urgence :

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que les requérants ne bénéficient plus, depuis le 14 juillet 2023, date de fin de prise en charge, d'aucun hébergement, alors qu'ils sont accompagnés de deux enfants âgés de 2 ans et 8 mois. Dans ces conditions, eu égard à la situation de précarité dans laquelle se trouve les requérants et à la circonstance selon laquelle le département des Alpes-Maritimes est placé, depuis le 9 juillet 2023, en vigilance orange pour canicule, la condition de l'urgence exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative est, en l'espèce, remplie.

En ce qui concerne la condition relative à une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

6. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation, dans les conditions définies par la convention conclue avec le représentant de l'Etat dans le département prévu à l'article L. 345-2-4 () ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier ".

7. Il appartient aux autorités de l'État, sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence. Dès lors, s'agissant des ressortissants étrangers placés dans cette situation particulière, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles. Constitue une telle circonstance, en particulier lorsque, notamment du fait de leur très jeune âge, une solution appropriée ne pourrait être trouvée dans leur prise en charge hors de leur milieu de vie habituel par le service de l'aide sociale à l'enfance, l'existence d'un risque grave pour la santé ou la sécurité d'enfants mineurs, dont l'intérêt supérieur doit être une considération primordiale dans les décisions les concernant.

8. En l'espèce, d'une part, il résulte de l'instruction qu'une demande d'asile pour le plus jeune enfant du couple a été enregistrée le 20 avril 2023 et est en cours d'examen. Les requérants étant les représentants légaux de l'enfant, ils doivent être regardés comme bénéficiant d'un droit au maintien sur le territoire français le temps de l'examen de la demande d'asile de leur enfant, et, par suite, ont vocation à bénéficier du dispositif d'accueil.

9. D'autre part, les requérants soutiennent, sans être contredits sur ce point par le préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense et n'était pas représenté à l'audience, vivre dans la rue avec leurs enfants, dont le plus jeune est âgé de 8 mois, dans des conditions d'extrême vulnérabilité et précarité. De telles conditions, accentuées par la circonstance selon laquelle le département des Alpes-Maritimes est placé, depuis le 9 juillet 2023, en vigilance orange pour canicule, situation dans laquelle il est pourtant fortement recommandé de limiter les déplacements en journée, aux heures les plus chaudes, et de porter une attention particulière aux personnes vulnérables tels que les enfants en bas âge, et alors que l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale dans toutes les décisions prises notamment par les autorités administratives et les tribunaux en vertu du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, s'opposent à ce que les enfants des requérants, âgés de deux ans et huit mois, vivent dans la rue et que cette situation perdure sous peine de compromettre son intégrité physique. Il incombe donc au préfet des Alpes-Maritimes de prendre en charge cette famille dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sauf à porter une atteinte grave et manifestement illégale au droit des requérants à l'accès au dispositif d'urgence et à l'intérêt supérieur des enfants. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de désigner à M. C et Mme A un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de les accueillir avec leurs enfants dans un délai de 48 heures à compter de la notification de cette ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Les requérants ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions en mettant à la charge de l'État la somme de 900 euros au profit de Me Bessis-Osty, avocate des requérants, cette dernière renonçant par avance à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1 : M. C et Mme A sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de prendre en charge M. C et Mme A et leur famille dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dans un délai de quarante huit heures suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'État versera à Me Bessis-Osty, avocate des requérants, la somme de 900 (neuf-cents) euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, celle-ci renonçant par avance à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B E C et Mme D A, au ministre des solidarités et des familles, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à l'association ALC et à Me Bessis-Osty.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judicaire de Nice.

Fait à Nice le 24 juillet 2023.

La juge des référés,

Signé

S. KOLF

La République mande et ordonne au ministre des solidarités au ministre des solidarités et des familles en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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