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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303604

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303604

mardi 25 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303604
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantOLOUMI AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2023, Mme B E et M. A D, représentés par Me Oloumi, demandent au juge des référés, dans le dernier état de de leurs écritures :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de prendre les dispositions nécessaires à leur mise à l'abri immédiate dans le cadre du dispositif national d'hébergement des demandes demandeurs d'asile dès la notification de cette ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner au préfet des Alpes-Maritimes de les héberger dès la notification de cette ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Oloumi au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne la condition relative à l'urgence :

- elle est remplie dès lors que Mme E étant réfugiée et M. D disposant d'une carte de résident, la famille a vocation à demeurer en France ; ils sont contraints de vivre dans la rue avec leurs deux enfants dans des conditions d'extrême vulnérabilité et précarité ; le salaire de M. D est insuffisant pour leur permettre de trouver un logement.

En ce qui concerne la condition relative à une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

- l'absence d'hébergement porte une atteinte grave et manifestement illégale aux exigences qui découlent du droit d'asile, lequel constitue une liberté fondamentale ; la directive 2003/9/CE du 27 janvier 2003 reste applicable aux réfugiés ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à la dignité humaine : Mme E doit bénéficier d'un hébergement d'urgence en application des dispositions des articles L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et des dispositions de l'article L. 222-5 du même code ; en violation du principe de continuité de la prise en charge dans l'attente d'une solution d'hébergement pérenne ou plus adaptée à sa situation, elle a été l'objet d'une fin de prise en charge en l'absence de toute évaluation médicale, psychique et sociale ;

-il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à avoir accès à un dispositif d'hébergement d'urgence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

-la demande dirigée contre l'OFII est irrecevable ; les requérants ont bénéficié d'une prise en charge complète de l'OFII jusqu'au terme de leur procédure de demande d'asile, y compris une prolongation de leur hébergement pendant six mois lorsqu'ils y étaient éligibles :

- la condition d'urgence n'est pas remplie : M. D travaille et dispose de ressources suffisantes pour trouver une solution d'hébergement dans le parc privé ; les requérants n'apportent aucun élément permettant d'établir qu'ils auraient recherché en vain une solution d'hébergement par leurs propres moyens ;

La requête a été communiquée au département des Alpes-Maritimes, à l' association ALC et au préfet des Alpes-Maritimes qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 juillet 2023:

- le rapport de Mme Pouget, juge des référés,

- et les observations de Me Oloumi pour les requérants et de Mme C pour le département des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président / () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire des requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

Sur la demande dirigée contre l'OFII :

4. Il est constant que Mme E dont la demande d'asile a abouti à la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'a plus vocation à être hébergée dans un centre d'accueil dédié aux demandeurs d'asile. Dès lors, la demande des requérants dirigée contre l'OFII ne peut, en tout état de cause qu'être rejetée.

Sur la demande dirigée contre l'Etat :

5. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 dudit code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. / () ". Et aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".

5. Il appartient aux autorités de l'État, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L.521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

6. Il résulte de l'instruction, qui s'est poursuivie à l'audience, que Mme E ressortissante soudanaise ayant la qualité de réfugié et M. D, ressortissant malien titulaire d'une carte de résident en cours de validité, étaient hébergés au sein d'un hôtel dans le cadre d'un hébergement d'urgence. Par un courriel du 11 mai 2023, ils ont été informés de la fin de la prise en charge de cet hébergement d'urgence à compter du 17 juillet 2023. Si les requérants se prévalent des dispositions précitées de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et de la circonstance selon laquelle ils sont dans l'impossibilité financière et matérielle de trouver un logement pour eux et leurs trois enfants mineurs, il résulte de l'instruction que M. D est employé en qualité de plongeur dans un restaurant à Antibes et qu'il a perçu un revenu net de 1 692,43 euros pour le mois de juin 2023. Dans ces conditions, les intéressés ne sauraient être regardés comme étant dans l'incapacité totale et absolue de faire face aux nécessités de leur propre prise en charge. En outre, au cours de l'audience publique, M. D a indiqué que la famille disposait d'une solution d'hébergement temporaire pour une durée d'un mois. Par suite et en dépit du jeune âge de leurs deux s enfants, la fin de la prise en charge de l'hébergement des requérants ne peut être regardée comme constitutive d'une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans l'accomplissement de la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale susceptible d'être constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition relative à l'urgence, que les conclusions présentées par les requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées leurs conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme E et M. D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B E et à M. A D, à Me Oloumi, à l'office français de l'immigration et de l'intégration, au département des Alpes-Maritimes, à l' association ALC et au ministre des solidarités et des familles

.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice, le 25 juillet 2023.

Le juge des référés,

Signé

M. Pouget

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et des familles ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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