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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2303819

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2303819

jeudi 3 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2303819
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantBESSIS-OSTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2023, M. B C et Mme D A, représentés par Me Bessis-Osty, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de les admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes et à l'association ALC, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de leur attribuer, sans délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, un hébergement adapté à la composition de leur famille ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à Me Bessis-Osty au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, laquelle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Les requérants soutiennent que :

Sur la condition d'urgence :

- cette condition est satisfaite dès lors que la fin de leur prise en charge, laquelle leur a été notifiée le 17 juillet 2023, les place dans une situation de précarité, compte tenu notamment de la présence de leur enfant de dix mois et de l'absence de ressources suffisantes pour trouver un hébergement ;

Sur l'atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale :

- l'absence de prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à un hébergement d'urgence garanti par les dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, dès lors qu'ils se trouvent dans une situation de détresse médicale, sociale et psychique, sans ressources ni hébergement.

- la carence du préfet des Alpes-Maritimes dans leur prise en charge porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à un hébergement d'urgence, leur droit de mener une vie privée et familiale normale et à l'intérêt supérieur de leur enfant ;

- ne disposant pas des ressources suffisantes pour accéder à un hébergement, ils ont droit à un hébergement d'urgence au regard des dispositions des articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie ;

- il n'existe pas d'atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale ;

- les moyens de la requête de M. C et Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Belguèche, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 août 2023 à 14 heures :

- le rapport de Mme Belguèche, juge des référés ;

- et les observations de Me Bessis-Osty, représentant M. C et Mme A qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- le préfet des Alpes-Maritimes et l'association ALC n'étant ni présents, ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. B C, ressortissant tunisien né le 28 décembre 1986, et Mme D A, ressortissante algérienne née le 25 juin 1987, demandent au juge des référés d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes et à l'association ALC, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de leur attribuer, sans délai et sous astreinte, un hébergement adapté à la composition de leur famille.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. C et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

En ce qui concerne l'urgence :

5. Il résulte de l'instruction que, depuis le 17 juillet 2023, date de la fin effective de leur prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence, les requérants ne disposent d'aucun hébergement alors qu'ils sont accompagnés de leur enfant mineur de dix mois. Dans ces conditions, eu égard à la situation de précarité dans laquelle se trouvent les requérants et leur enfant, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

6. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 dudit code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Cet hébergement d'urgence doit lui permettre () d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. ". Et aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".

7. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

8. En l'espèce, le préfet des Alpes-Maritimes soutient, d'une part, que le dispositif d'hébergement d'urgence n'a pas vocation à perdurer, et d'autre part, que les requérants disposent de revenus suffisants pour trouver un hébergement. Toutefois, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été rappelé précédemment, que M. C et Mme A ne bénéficient d'aucun hébergement d'urgence, de sorte qu'ils se trouvent dans une situation de vulnérabilité depuis le 17 juillet 2023, avec leur enfant âgé de dix mois. Par ailleurs, le montant des ressources perçu par M. C, lequel oscille autour de 600 euros par mois, n'est pas suffisant pour lui permettre de trouver un hébergement adapté à la composition de sa famille. En outre, alors qu'il est constant que les services de la préfecture des Alpes-Maritimes sont alertés de la situation des intéressés, qu'une fin de prise en charge leur a été signifiée avec effet à compter du 17 juillet 2023, le maintien dans cette situation paraît en tout état de cause incompatible avec la situation familiale des intéressés. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes doit être regardé comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit des intéressés à un hébergement d'urgence, lequel constitue une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de désigner à M. C et Mme A un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de les accueillir avec leur enfant mineur, ceci dans le délai de vingt-quatre heures suivant la notification de la présente ordonnance. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Les requérants ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, leur avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions en mettant à la charge de l'Etat une somme de 900 (neuf cents) euros au profit de Me Bessy-Ostis, conseil des requérants, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C et Mme A sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de désigner à M. C et Mme A, dans le délai de vingt-quatre heures suivant la notification de la présente ordonnance, un hébergement d'urgence susceptible de les accueillir avec leur enfant mineur.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bessis-Osty, conseil des requérants, une somme de 900 (neuf cents) euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et Mme D A, à Me Bessis-Osty, à l'association ALC et au ministre des solidarités et des familles.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice, le 3 août 2023

La juge des référés,

Signé

S. BELGUÈCHE

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et des familles en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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