jeudi 3 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2303838 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BESSIS-OSTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er aout 2023, Mme C D A, représentée par Me Bessis-Osty, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration de l'admettre, avec son enfant, dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes de les héberger sur le fondement de l'article L. 222-5 4° du code de l'action sociale et des familles, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte
4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de les prendre en charge dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
5°) et de mettre à la charge de l'Etat, de l'office français de l'immigration et de l'intégration et du conseil départemental des Alpes-Maritimes la somme de 900 euros à verser à Me Bessis-Osty au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur la condition d'urgence :
- cette condition est satisfaite dès lors qu'elle est mère isolée avec un enfant né le 2 mars 2021, qu'elle n'est prise en charge par aucun dispositif d'hébergement et que le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, incluant prestations et allocation la place, ainsi que son enfant, dans une situation d'extrême vulnérabilité et de précarité ;
Sur l'atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale :
- l'absence d'hébergement d'urgence porte une atteinte grave et manifestement illégale aux exigences qui découlent du droit constitutionnel d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.
L'OFII fait valoir que :
- l'urgence n'est pas établie dès lors que la requérante, qui a pu bénéficier d'un entretien de vulnérabilité, ne lui a pas fait part spontanément de problèmes de santé ; il n'est pas tenu de faire bénéficier la requérante et son enfant des conditions matérielles d'accueil au regard de leur situation dès lors que la requérante a été déboutée du droit d'asile et que la demande d'asile qu'elle a présentée au nom de son enfant mineur, le 9 mars 2023, ne peut qu'être regardée comme une demande de réexamen ; cette demande a été considérée comme irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 mars 2023 ; la requête a été enregistrée le 1er août 2023 alors que la requérante ne bénéficie plus des conditions matérielles d'accueil depuis décembre 2022 et que le dispositif national d'accueil est saturé dans le département des Alpes-Maritimes ;
- il n'existe pas d'atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale dès lors que la requérante et son enfant mineur n'ayant plus le droit au maintien sur le territoire français au titre de l'asile, elle ne peut plus prétendre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et il n'est pas établi que ces dernières présenteraient une vulnérabilité particulière.
La requête a été communiquée, le 1er août 2023, au préfet des Alpes-Maritimes et au département des Alpes-Maritimes qui n'ont pas produit de mémoires en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Sophie Belguèche, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 2 août 2023 à 14 heures, à laquelle les parties avaient été régulièrement convoquées :
- le rapport de Mme Belguèche, juge des référés ;
- les observations de Me Bessis-Osty, pour la requérante, qui persiste dans ses écritures ; - et les observations de Mme B pour le département des Alpes-Maritimes, qui fait valoir que la situation de la requérante est inconnue du département ; que la condition d'urgence n'est pas remplie ; que la requérante bénéficie du statut de réfugiée en Italie et pouvait donc prétendre, dans ce pays, au bénéficie des conditions matérielles d'accueil ; que la situation d'urgence en matière d'hébergement est fabriquée et le référé liberté instrumentalisé pour obtenir un logement en urgence ;
- le préfet des Alpes-Maritimes et l'office français de l'immigration et de l'intégration n'étant ni présents, ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante nigériane, auparavant hébergée dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, s'est vue signifier une fin de prise en charge par le 115 au 16 mai 2023. Mme A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au département des Alpes-Maritimes ou, à défaut, au préfet des Alpes-Maritimes de lui attribuer, avec son enfant née le 2 mars 2021, un hébergement d'urgence.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". En application des dispositions précitées, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Et aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. Il résulte de l'instruction que, depuis le 16 mai 2023, date de la fin effective de sa prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence, la requérante, mère isolée, est contrainte de vivre chez des connaissances et qu'elle est désormais sans hébergement avec son enfant âgée de deux ans et demi. Dans ces conditions, eu égard à la situation de précarité dans laquelle se trouve la requérante et son enfant, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
5. En premier lieu, l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 dudit code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Cet hébergement d'urgence doit lui permettre () d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. ". Et aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : / () 4° Les femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile. () ". Il résulte de l'article L. 221-2 de ce code que le département doit notamment disposer de " possibilités d'accueil d'urgence " ainsi que de " structures d'accueil pour les femmes enceintes et les mères avec leurs enfants ".
7. En troisième lieu, s'il résulte des dispositions précitées que sont en principe à la charge de l'Etat les mesures d'aide sociale relatives à l'hébergement des personnes qui connaissent de graves difficultés, notamment économiques ou de logement, ainsi que l'hébergement d'urgence des personnes sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale, il résulte également de ces dispositions que la prise en charge, le cas échéant en urgence, des femmes enceintes ou des mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile, incombe au département en vertu de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Si toute personne peut s'adresser au service intégré d'accueil et d'orientation prévu par l'article L. 345-2 du même code et si l'Etat ne pourrait légalement refuser à ces femmes un hébergement d'urgence au seul motif qu'il incombe en principe au département d'assurer leur prise en charge, l'intervention de l'Etat ne revêt qu'un caractère supplétif, dans l'hypothèse où le département n'aurait pas accompli les diligences qui lui reviennent et ne fait d'ailleurs pas obstacle à ce que puisse être recherchée la responsabilité du département en cas de carence avérée et prolongée. Une carence caractérisée dans l'accomplissement des missions incombant au département ou à l'Etat peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
8. En quatrième lieu et en l'espèce, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été rappelé précédemment, que la requérante, mère isolée, se trouve dépourvue d'hébergement. Compte tenu de cette absence d'hébergement et de la présence à ses côtés d'un enfant en bas âge de moins de trois ans, l'intéressée justifie se trouver dans une situation de détresse sociale et psychique au sens des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles. Elle est dès lors fondée à invoquer, dans les circonstances de l'espèce, une atteinte grave à la liberté fondamentale constituée par son droit à un hébergement d'urgence, lequel relève, compte tenu de sa situation, du champ d'application des dispositions précitées du 4°) de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, et incombe dès lors au département des Alpes-Maritimes. Il suit de là qu'il y a lieu d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes, de désigner à la requérante un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de l'accueillir avec son enfant dans un délai de 24 heures à compter de la notification de cette ordonnance. Il n'y a cependant pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
9. En cinquième lieu, dès lors qu'il est fait droit aux conclusions de la requête dirigées contre le département des Alpes-Maritimes, les conclusions présentées contre l'OFII et contre le préfet des Alpes-Maritimes doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre des dispositions combinées des articles L 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :
10. La requérante ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions combinées en mettant à la charge du conseil départementale des Alpes-Maritimes une somme de 900 (neuf cents) euros au profit de Me Bessis-Osty, conseil de la requérante, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de cette ordonnance, de désigner à Mme A un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de l'accueillir avec son enfant.
Article 3 : Le conseil départemental des Alpes-Maritimes versera à Me Bessis-Osty, conseil de Mme A, une somme de 900 (neuf cents) euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D A, à Maître Bessis-Osty, au département des Alpes-Maritimes, à l'Office francais de l'immigration et de l'intégration et au ministre des solidarités et des familles.
Copie en sera adressée, au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Fait à Nice, le 3 août 2023.
La juge des référés,
Signé
S. BELGUECHE
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et des familles ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026