lundi 7 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2303885 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | OLOUMI AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 août 2023, Mme C A, représentée par Me Oloumi, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes de l'héberger sur le fondement de l'article L. 222-5 4° du code de l'action sociale et des familles, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre sous les mêmes conditions au préfet des Alpes-Maritimes de l'héberger au titre de l'hébergement d'urgence ;
3°) d'enjoindre à l'Etat ou à l'association ALC de communiquer son évaluation médicale, psychique et sociale et l'orientation faite dans le cadre de la fin de prise en charge de l'hébergement, conformément aux dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat ou du département des Alpes-Maritimes, la somme de 1 200 euros à verser à Me Oloumi au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
S'agissant de l'urgence :
- elle est mère isolée avec deux enfants, dont un de moins de trois ans ; elle n'est pas hébergée au titre de l'aide sociale à l'enfance ; elle ne bénéficie plus de la prise en charge au titre de l'urgence sociale ; elle vit de la charité grâce aux associations ; elle est dans l'impossibilité financière et matérielle de trouver un logement ou de se prendre en charge par ses propres moyens ; cette situation la place, ainsi que sa famille, dans une situation de grande vulnérabilité ;
S'agissant de l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
- il est porté atteinte à la dignité humaine ; elle doit bénéficier d'un hébergement d'urgence en application des dispositions des articles L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et des dispositions de l'article L. 222-5 du même code ; en violation du principe de continuité de la prise en charge dans l'attente d'une solution d'hébergement pérenne ou plus adaptée à sa situation, elle a été l'objet d'une fin de prise en charge en l'absence de toute évaluation médicale, psychique et sociale.
La requête a été communiquée au département des Alpes-Maritimes, au préfet des Alpes-Maritimes et à l'association ALC qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Belguèche, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 août 2023 à 14 H :
- le rapport de Mme Belguèche, juge des référés ;
- les observations de Me Della Monaca, substituant Me Oloumi, pour Mme A non présente, qui conclut aux mêmes fins, par les mêmes moyens et indique, par ailleurs, qu'un des enfants de Mme A est handicapé ;
- et les observations du département des Alpes-Maritimes, représenté par Mme B, qui indique qu'aucune carence ne peut être opposée au département dès lors qu'il n'a été saisi d'aucune demande express ; que le courriel adressé par le conseil de la requérante au département le 1er août 2023, lui demandant s'il a l'intention de prendre en charge la requérante et sa famille suite à la fin de leur prise en charge par le 115 ne vaut pas saisine en l'absence de toute information concernant la requérante et que le département n'est pas compétent en l'espèce dès lors que la requérante n'est pas isolée, le père de ses enfants figurant dans la fiche de fin de prise en charge établie par l'association ALC, ainsi que sur une des actes de naissance produits ;
- le préfet des Alpes-Maritimes et l'association ALC n'étant ni présents ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L.521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
En ce qui concerne la condition relative à l'urgence :
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que Mme A ne bénéficie plus, depuis le 14 juillet 2023, date de fin de prise en charge, d'aucun hébergement, alors qu'elle est accompagnée de ses deux enfants, dont un de moins de trois ans. Dans ces conditions, eu égard à la situation de précarité dans laquelle se trouve la requérante, la condition de l'urgence exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative est, en l'espèce, remplie.
En ce qui concerne la condition relative à une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
S'agissant de la demande dirigée contre le département des Alpes-Maritimes :
4. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation, dans les conditions définies par la convention conclue avec le représentant de l'Etat dans le département prévu à l'article L. 345-2-4 () ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier ". Et aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".
5. Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : / () 4° Les femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile () ". Il résulte de l'article L. 221-2 de ce code que le département doit notamment disposer de " possibilités d'accueil d'urgence " ainsi que de " structures d'accueil pour les femmes enceintes et les mères avec leurs enfants ".
6. S'il résulte des dispositions citées au point 4 que sont en principe à la charge de l'Etat, les mesures d'aide sociale relatives à l'hébergement des personnes qui connaissent de graves difficultés, notamment économiques ou de logement, ainsi que l'hébergement d'urgence des personnes sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale, il résulte également de ces dispositions que la prise en charge, le cas échéant en urgence, des femmes enceintes ou des mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile, incombe au département en vertu du 4° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Si toute personne peut s'adresser au service intégré d'accueil et d'orientation prévu par l'article L. 345-2 du même code et si l'Etat ne pourrait légalement refuser à ces femmes un hébergement d'urgence au seul motif qu'il incombe en principe au département d'assurer leur prise en charge, l'intervention de l'Etat ne revêt qu'un caractère supplétif, dans l'hypothèse où le département n'aurait pas accompli les diligences qui lui reviennent et ne fait d'ailleurs pas obstacle à ce que puisse être recherchée la responsabilité du département en cas de carence avérée et prolongée.
7. En l'espèce il résulte de l'instruction que Mme A a été prise en charge avec ses deux enfants par les services du 115 des Alpes-Maritimes jusqu'au 14 juillet 2023 et qu'elle est désormais sans solution d'hébergement et dépourvue de toutes ressources. Si elle indique dans ses écritures qu'elle est mère isolée avec deux enfants, dont un de moins de trois ans, il résulte cependant de la fiche de fin de prise en charge de l'association ALC au titre de l'hébergement d'urgence, que le logement qui lui était affecté, était occupé par Mme A, ses deux enfants ainsi que le père des enfants. En outre, le dernier enfant de Mme A, né le 13 août 2022 a été déclaré à la fois par la requérante et par le père de l'enfant. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A serait isolée, de sorte qu'elle ne saurait se prévaloir d'une telle situation, ainsi que le fait valoir le département en défense à la barre, sans être contesté. Il s'ensuit que la requérante n'étant pas isolée mais avec son conjoint, la prise en charge de la famille ne relève pas ainsi de la compétence du département des Alpes-Maritimes, de sorte qu'il ne saurait être regardé comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées à titre principal par la requérante à l'encontre du département des Alpes-Maritimes doivent être rejetées.
S'agissant des conclusions dirigées, à titre subsidiaire, contre le préfet des Alpes-Maritimes :
9. L'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".
10. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions des articles L. 345-2, L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles citées au point 4 et des dispositions citées au point précédent, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
11. Il résulte de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance la requérante et son conjoint ainsi que ses deux enfants, âgés respectivement de trois ans et demi et d'un an, se trouvent sans hébergement. Dans ces conditions, eu égard au jeune âge des enfants et à la situation de détresse à tout le moins sociale de la famille, le préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas défendu dans la présente affaire et qui n'établit ni même n'allègue qu'il ne disposerait pas des moyens requis pour assurer leur prise en charge, doit être regardé comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence, qui constitue une liberté fondamentale. Compte tenu de ce qui a été dit au point 3 la condition d'urgence doit être regardée comme étant remplie.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'enjoindre à l'Etat ou à l'association ALC, de communiquer l'évaluation médicale, psychique et sociale et l'orientation faite dans le cadre de la fin de prise en charge de l'hébergement de Mme A et de sa famille, qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de désigner à Mme A et à sa famille, un lieu d'hébergement susceptible de les accueillir, dans un délai quarante huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre des dispositions des articles L 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :
13. En premier lieu, le département des Alpes-Maritimes n'étant pas la partie perdante dans la présente instance de référé, les conclusions susvisées, dirigées contre le département, ne peuvent qu'être rejetées.
14. En deuxième lieu, la requérante ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions en mettant à la charge de l'Etat, une somme de 900 (neuf cents) euros au profit de Me Oloumi, conseil de la requérante, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes, de désigner à Mme A un lieu d'hébergement d'urgence susceptible de l'accueillir avec ses enfants dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Me Oloumi, conseil de Mme A, une somme de 900 (neuf cents) euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à Me Oloumi, au département des Alpes-Maritimes, à la ministre des solidarités et des familles et à l'association ACL.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Fait à Nice, le 7 août 2023.
La juge des référés,
Signé
S. BELGUECHE
La République mande et ordonne à la ministre des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
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01/06/2026