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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304186

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304186

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304186
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantDEMES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 août 2023 sous le n° 2304186 et un mémoire, enregistré le 24 janvier 2024, M. B A représenté par Me Patrick Le Donne, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R.532-1 du code de justice administrative, d'ordonner :

1°) une expertise médicale afin de l'examiner et d'évaluer les préjudices qu'il estime avoir subis à la suite d'une chute sur la chaussée place du maréchal Juin à Vence le 4 août 2022 ;

2°) le versement par la Métropole NCA de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des entiers dépens ;

3°) la procédure opposable à la CPAM du Var venant aux droits de la CPAM des AM, laquelle doit faire connaître le montant de ses débours provisoirement évalués à 2 396,28 € ;

4°) le rejet des demandes de la Métropole Nice Côte d'Azur (NCA).

M. A soutient que :

-aux alentours de 11 heures 45, il a glissé sur la partie inclinée de la place près du Monument aux Morts de Vence et a perdu connaissance ;

- titulaire d'une carte mobilité inclusion priorité depuis le 25 janvier 2022, il avait été opéré en mai 2022 et était toujours en soins pour son épaule droite ;

- pris en charge par les pompiers, il a été transféré à l'hôpital d'Antibes qui a diagnostiqué une fracture du col de l'humérus avec une nouvelle rupture de la coiffe des rotateurs de l'épaule droite opérée deux mois plus tôt avec une ITT de 45 jours ;

- il dispose d'attestations de témoins de sa chute datées du 29 avril 2023 et 5 mai 2023 ;

- entre le rond-point et la place Maréchal Juin et le square Maliver, aucun dispositif n'était présent pour empêcher, voire limiter le danger à l'origine de sa chute due ;

- par courrier du 30 décembre 2022, il a saisi les services de la commune de Vence pour les informer de la difficulté rencontrée et trouver une solution amiable pour permettre son indemnisation, sa responsabilité était de nature à être engagée tout comme celle de la Métropole NCA subrogée dans les droits de la commune ;

- la Métropole NCA a rejeté sa demande d'indemnisation le 7 mars 2023, décision qu'il a contestée le 9 mai 2023 devant ladite collectivité sans obtenir de réponse ;

- nonobstant les dispositions de l'article 1 du décret du 21 décembre 2006 et de son arrêté d'application, des préconisations à respecter n'ont pas été mises en place ;

- à défaut d'acceptation de ses demandes amiables sollicitée par la Métropole NCA, ces décisions doivent être infirmées et son droit à réparation confirmé ;

- il a fait constater par huissier le 17 octobre 2022, l'état des lieux, et dans le cadre de cet axe fréquenté ainsi que l'absence de mesure de protection adéquate ;

- il appartiendra à la juridiction du fond d'apprécier les responsabilités (il s'est rapproché de la Ville de Vence qui a transmis à la Métropole son courrier du 30 décembre 2022 sollicitant une indemnisation dans le cadre des conséquences de sa chute) ;

-la mesure d'expertise sollicitée est :

. justifiée afin d'évaluer son préjudice à indemniser par la Métropole, du fait de la présomption du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public et du non-respect des textes applicables ;

. fondée, en l'absence d'élément justifiant de l'entretien normal de l'ouvrage public ainsi que d'une prétendue faute de sa part étant précisé que le malaise dont il a été victime n'est pas la cause de sa chute mais sa conséquence ;

- le Dr C indique dans son certificat médical du 10 mai 2023, que si " Monsieur A est suivi régulièrement pour une maladie de Parkinson, cette maladie est chez lui très peu évoluée et répond parfaitement au traitement(). A l'examen clinique neurologique, on ne retrouve aucun trouble axiaux, ni trouble de l'équilibre ou de la locomotion " ;

- le Dr F atteste le 12 janvier 2024 que son état de santé actuel en rapport avec son accident du 4 août 2022 peut être considéré comme consolidé avec séquelles avec des douleurs persistantes des deux épaules et du poignet droit, ainsi que des limitations des amplitudes articulaires des deux épaules gênantes dans les actes de la vie quotidienne.

Par un mémoire, enregistré le 25 août 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Var qui intervient pour la CPAM des Alpes-Maritimes, indique que le montant provisoire de ses débours s'élève à 2 396, 28 € et que M. A a été pris en charge au titre du risque maladie, dans l'accident de voirie en litige.

Par un mémoire enregistré la 23 octobre 2023, la Métropole NCA, représentée par Me David Jacquemin, s'oppose à titre principal à la mesure d'expertise sollicitée pour défaut d'utilité, à titre subsidiaire, formule ses protestations et réserves et en tout état de cause, demande la condamnation du requérant à lui verser 2.000 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La Métropole expose que :

-le requérant a déjà fait procéder par plusieurs médecins au constat précis et détaillé de son état de santé qui n'est pas consolidé, et n'apporterait aucun éclairage technique utile et nouveau ;

-la situation litigieuse ne nécessite pas l'intervention impérative d'un Homme de l'Art ;

-il ressort une absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice et la faute alléguée :

. le préjudice allégué résulte d'un malaise et non d'une chute ;

. les attestations produites ne pourront être prises en considération car réalisées huit mois après les faits et dont l'une a été rédigée par une amie du requérant ;

. M. A a subi quelques semaines auparavant une intervention au niveau du col de l'humérus ;

. le constat d'huissier a été réalisé plus de deux mois après la date du sinistre allégué ;

. sa responsabilité ne peut être établie : la présence d'un trottoir en pente représente une situation à laquelle un piéton peut s'attendre et l'amie, avec lequel se promenait le requérant sur les lieux, n'a pas glissé en raison de cette pente ;

. le décret et l'arrêté dont se prévaut le requérant relèvent d'obligations à l'encontre des collectivités qui entreprennent de nouveaux travaux de voirie à partir du 1er juillet 2007 ;

. il n'existe aucune obligation légale ni de calendrier pour la mise aux normes des voiries et des espaces publics existants ;

.la voie publique concernée a été réalisée avant 2004, soit antérieurement à la date d'entrée en vigueur des textes règlements précités, et n'a fait l'objet d'aucun réaménagement depuis ;

. en l'absence de dangerosité particulière du trottoir en pente, elle a normalement entretenu l'ouvrage public litigieux ;

-la victime a commis une faute :

.outre le fait de souffrir de la maladie de parkinson, elle sortait d'une opération chirurgicale lourde de l'épaule droite déjà due à une chute accidentelle sur la voie publique ;

. elle discutait avec une amie au moment de la chute, preuve d'une imprudence certaine au regard des lieux et de son état de santé ;

. elle disposait de toute la latitude pour emprunter une trajectoire moins abrupte.

Vu l'ensemble des pièces du dossier ;

Vu la requête en indemnisation enregistré sous le n° 2304039 ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise sollicitée :

1 . Aux termes des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2 . M. B A demande au juge des référés d'ordonner une expertise médicale afin d'évaluer l'étendue de ses préjudices résultant de l'accident dont il a été victime le 4 août 2022 à Vence. Il invoque un défaut d'entretien normal de la voie publique alors que la Métropole NCA invoque une absence de lien de causalité ainsi qu'une imprudence de la victime. L'existence de ce défaut d'entretien normal, ainsi que l'examen des responsabilités encourues pour entretien de l'ouvrage public litigieux et d'une éventuelle faute de la victime, de nature à exonérer totalement ou partiellement la responsabilité de la collectivité, relèvent de la seule appréciation du juge du fond saisi d'un recours en indemnisation et ne saurait au stade de la procédure en référé, qui avant tout procès au fond ne tend qu'à ordonner toute mesure utile d'expertise ou d'instruction, faire obstacle à la mesure sollicitée. La demande d'expertise de M. A tendant à la détermination de ses préjudices entre, en revanche, dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 du dispositif de la présente ordonnance.

Sur les dépens :

3 . Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires " et aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

4 . Il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite, les conclusions présentées par le requérant relatives aux dépens doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5 . Aux termes des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

6 . Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er - Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de M. B A, de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, de la caisse primaire d'assurance maladie du Var et de la Métropole NCA.

Article 2 - L'expert aura pour mission :

1°) d'examiner M. A et décrire s'il y a lieu un état antérieur à l'accident du 4 août 2022 en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur ses lésions ou leurs éventuelles séquelles ;

2°) de prendre connaissance de l'intégralité de son dossier médical afférent à l'accident précité et à ses conséquences ;

3°) de décrire les blessures/éventuelles séquelles présentées par M. A ;

4°) d'évaluer l'étendue des préjudices qui ont résulté de l'accident :

· durée du Déficit Temporaire Total ou Partiel,

· date de consolidation des blessures de M. A,

· pourcentage du Déficit Permanent Partiel,

· troubles dans les conditions d'existence indépendamment ou non de leurs conséquences pécuniaires (préjudice professionnel) - importances respectives des souffrances physiques endurées, du préjudice d'agrément, du préjudice esthétique et de l'éventuel préjudice sexuel ;

5°) de préciser, si besoin est, les frais futurs, médicaux ou d'aménagement et dire si l'état de la victime est susceptible d'évoluer ;

6°) de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies, permettant à la juridiction de se prononcer sur les responsabilités et l'étendue des préjudices subis dans le cadre d'un éventuel recours en responsabilité ;

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif. Il est enjoint aux parties, tant demanderesse que défenderesse, dans le délai de huit jours à compter de la demande qui leur en sera adressée par lettre recommandée avec accusé de réception par l'expert, d'avoir à fournir toutes les pièces qu'elles pourraient détenir et dont la production s'avérerait nécessaire à l'accomplissement de la mission ici définie.

L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif conformément aux prescriptions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative ;

Si, le cas échéant avec l'accord des parties, l'expert prend l'initiative d'une médiation, il devra en aviser le président du tribunal et préserver dans son rapport d'expertise, sa confidentialité.

Article 3 - Est désigné en qualité d'expert :

M. le docteur E D exerçant Clinique des Lauriers au 147, rue Jean Giono à Fréjus (83600).

Article 4 - L'expert, après avoir prêté serment par écrit, accomplira sa mission conformément aux dispositions des articles R. 621-7 et suivants du code de justice administrative.

Il déposera son rapport dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente décision, accompagné de son état de vacations, frais et honoraires, conformément aux dispositions suivantes de l'article R. 621-9 du code de justice administrative : " Le rapport est déposé au greffe dans les conditions prévues à l'article R.621-6-5 (par voie électronique). Des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues à l'article R.621-7-3 (par voie électronique).".

Article 5 - Les conclusions des parties présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative /et des dépens sont rejetées.

Article 6 - La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à la Métropole NCA, à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var et à M. le docteur E D, expert.

Fait à Nice, le 7 mai 2024.

signé

Marianne POUGET

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

2304186

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