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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304441

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304441

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. BEYLS
Avocat requérantPARIENTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2023, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Beyls, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 octobre 2023 à 15 heures 15 :

- le rapport de M. Beyls, magistrat désigné,

- les observations de Me Pariente, avocate de permanence désignée par le bâtonnier, pour M. A, qui reprend les faits développés dans la requête et qui soulève les moyens tirés de l'insuffisante prise en compte de la situation personnelle de l'intéressé et de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et les observations de M. A, assisté de Mme C, interprète en langue kurde.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 12 avril 1985, est entré pour la première fois en France en 2009 pour y demander l'asile. Sa demande initiale a toutefois été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 décembre 2009. De retour en France en 2018, il a demandé le réexamen de sa demande d'asile. Cette première demande de réexamen a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité prise par le directeur général de l'OFPRA le 25 février 2019. La Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté le recours contre cette décision le 25 juillet 2019. Sa deuxième demande de réexamen a également fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité le 28 février 2020. La CNDA a rejeté le recours contre cette décision le 9 décembre 2022. Enfin, par un arrêté du 6 septembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que les deux demandes de réexamen de la demande d'asile de M. A ont toutes deux été rejetées par l'OFPRA. La circonstance que le préfet aurait omis de donner certains éléments personnels concernant la situation du requérant ne saurait, par elle-même, caractériser une motivation insuffisante de l'arrêté attaqué. Par suite, le préfet, qui n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger dont il pourrait avoir connaissance, a suffisamment motivé cet arrêté en droit comme en fait. Ainsi, eu égard à cette motivation, le préfet des Alpes-Maritimes a bien pris en compte la situation personnelle du requérant.

3. En deuxième lieu, le requérant, dont la demande d'asile et les deux demandes de réexamen ont été rejetées par des décisions de l'OFPRA des 31 décembre 2009, 25 février 2019 et 28 février 2020, décisions confirmées par la CNDA les 24 février 2011, 25 juillet 2019 et 9 décembre 2022, soutient qu'il craint de subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son soutien à la cause kurde. Toutefois, le seul fait que plusieurs de ses proches se soient vus reconnaître la qualité de réfugié n'établit pas que le requérant encourrait un risque personnel de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, comme l'a d'ailleurs relevé la CNDA dans sa décision du 9 décembre 2022. Au demeurant, la CNDA a considéré dans cette même décision que la réalité des dangers invoqués par le requérant ne pouvait être tenue pour établie. Ainsi, le requérant n'apporte aucun élément probant susceptible d'étayer ses allégations selon lesquelles il serait exposé de manière suffisamment personnelle, certaine et actuelle au risque de subir des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par conséquent, en désignant la Turquie comme pays de destination, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les stipulations de cet article.

4. En troisième et dernier lieu, le requérant se prévaut de la présence sur le territoire français de son épouse et de leurs deux enfants, qui l'ont rejoint en France en 2022. Toutefois, il est constant que ni son épouse ni ses enfants n'ont obtenu le statut de réfugié. Si le requérant se prévaut également de la scolarisation de ses enfants, cette circonstance n'est pas, à elle seule, susceptible de démontrer une intégration particulière de l'intéressé au sein de la société française ni de nature à lui ouvrir un droit au séjour. Enfin, il ne justifie pas d'une intégration sociale ou professionnelle significative. Dès lors, le requérant, qui ne fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que la cellule familiale soit reconstituée dans son pays d'origine et à ce que ses enfants y poursuivent leur scolarité, n'établit pas qu'il a créé une vie privée en France telle que, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par conséquent, en obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 septembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

N. BEYLSLa greffière,

signé

H. DIAW

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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