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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2606981

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2606981

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2606981
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Etrangers - 15 jours
Avocat requérantFABRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant libyen, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit en refusant l'accueil au seul motif que M. C... avait présenté une demande de réexamen, et que le requérant n'avait pas démontré que sa vulnérabilité ou la dignité humaine avaient été méconnues. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 551-15, et la directive 2013/33/UE.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 avril 2026, M. B... C..., représenté par Me Fabre, demande au tribunal :
d’annuler la décision du 30 mars 2026 par laquelle le directeur général de l’Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d’asile ;
d’enjoindre à l’OFII de lui accorder rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
de mettre à la charge de l’OFII le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros hors taxe sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en l’absence de décision lui accordant le bénéfice de l’aide juridictionnelle, de mettre cette somme à la charge de l’OFII sur le fondement des seules dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d’un vice d’incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- il n’a pas reçu l’information préalable prévue par les articles L. 551-10 et R. 551-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dans le respect des conditions prévues par les articles L. 141-3 et L. 522-1 du même code ;
- il n’a pas bénéficié de l’entretien de vulnérabilité mené par un agent ayant reçu une formation spécifique, tel que prévu par les articles L. 522-1 à L. 522-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision est entachée d’erreur de droit en ce que l’OFII s’est estimé tenu de refuser de lui accorder les conditions matérielles d'accueil au seul motif qu’il a présenté une demande de réexamen de sa demande d’asile, et n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- elle est encore entachée d’erreur de droit, au regard de l’article D. 551-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en ce que l’OFII n’a pas pris en considération sa vulnérabilité ;
- elle présente un caractère disproportionné et méconnaît l’article 20 de la directive 2013/33/UE, eu égard à sa situation de vulnérabilité, en ce qu’elle lui refuse en totalité l’accès aux conditions matérielles d'accueil ;
- elle méconnaît le principe de respect de la dignité humaine garanti par la directive 2013/33/UE et méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2026, l’Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par M. C... n’est fondé.
M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 8 avril 2026.
Le président du tribunal a désigné M. Dardé, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant des procédures prévues par le titre II de livre IX du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Dardé, magistrat désigné ;
- les observations de Me Fabre, avocate de M. C....
Considérant ce qui suit :
M. C..., ressortissant libyen né le 14 octobre 1992, est entré en France le 23 juin 2023 selon ses déclarations. Il a présenté une demande d’asile qui a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 8 février 2024, puis par la Cour nationale du droit d'asile, le 27 août 2024. Le 30 mars 2026, il a sollicité le réexamen de sa demande d’asile. Par une décision du même jour, dont M. C... demande l’annulation, le directeur général de l’Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d’asile.
En premier lieu, par une décision du 25 août 2025 régulièrement publiée, M. A... D..., directeur territorial de l’OFII à Nantes, a reçu délégation du directeur général de l’OFII pour signer les décisions se rapportant aux missions de la direction territoriale. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
En deuxième lieu, la décision contestée vise l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que le bénéfice des conditions matérielles d’accueil est refusé à M. C..., après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, au motif qu’il présente une demande de réexamen de sa demande d’asile. Elle énonce ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe n’imposait à l’OFII de mentionner dans sa décision les facteurs de vulnérabilité dont M. C... s’est prévalu, ni les raisons pour lesquelles il a choisi de lui refuser en totalité les conditions matérielles d'accueil plutôt que de prononcer un refus partiel. Par conséquent, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que, le 30 mars 2026, M. C... a attesté, par l’apposition de sa signature sur sa fiche d’évaluation de vulnérabilité, avoir été informé, dans une langue qu’il comprend, des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d’accueil prévues par les articles L 551-15 et L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’obligation d’information instituée par les dispositions des articles L. 141-3, L. 522-1, L. 551-10 et R. 551-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile manque en fait et doit être écarté.
En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 522-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ». L’article L. 522-2 de ce code dispose que : « L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ».
Il ressort des pièces du dossier que, le 30 mars 2026, lors du dépôt de sa demande de réexamen de sa demande d’asile, M. C... a bénéficié d’un entretien destiné à évaluer son degré de vulnérabilité, dont l’OFII verse le compte rendu à l’instance et lors duquel il a été informé des conditions de refus des conditions matérielles d'accueil, comme rappelé au point 4. Cet entretien a été conduit par un agent de l’OFII qualifié d’auditeur, dont la mission principale est d’évaluer la vulnérabilité du demandeur. M. C..., qui n’établit ni même n’allègue que le compte rendu de cet entretien comporterait des informations erronées ou incomplètes, n’apporte aucun commencement de preuve de ce que cet auditeur n’aurait pas reçu une formation appropriée, ce que ne saurait constituer la circonstance qu’il ne lui a pas été remis de formulaire médical « MEDZO » lors de cet entretien. Dans ces conditions, M. C... n’est pas fondé à soutenir qu’il n’a pas bénéficié de l’entretien prévu par les dispositions citées au point précédent, que cet entretien n’a pas été mené par une personne ayant reçu une formation spécifique à cette fin, ou que son droit à bénéficier d’une procédure contradictoire préalable a été méconnu. Par suite, les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.
En cinquième lieu, il ne ressort ni des mentions de la décision en litige ni des autres pièces du dossier que l’OFII se serait estimé tenu de refuser d’accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. C... au motif que celui-ci a sollicité le réexamen de sa demande d’asile, ou qu’il n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l’intéressé, portant notamment sur sa vulnérabilité, ainsi que l’impose notamment l’article D. 551-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.
En sixième lieu, d’une part, le refus des conditions matérielles d’accueil prévu par le 3° de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en cas de demande de réexamen correspond à l’hypothèse prévue au c) du point 1 de l’article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 visée ci-dessus, permettant une limitation voire un retrait de ces conditions. D’autre part, il ne ressort ni de l’article L. 551-15 mentionné ci-avant, ni d’aucune autre disposition, que le refus des conditions matérielles d’accueil ferait en toutes circonstances obstacle à l’accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l’article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013, si l’étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l’application des dispositions de l’article L. 251-1 du code de l’action sociale et des familles relatives à l’aide médicale de l’État ou de l’article L. 345-2-2 du même code relatives à l’hébergement d’urgence. Par conséquent, les moyens tiré la méconnaissance des dispositions de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et du principe de dignité humaine doivent être écartés en tout état de cause.
En septième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / (…) 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / (…). / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ».
À l’appui de son moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent, le requérant fait valoir qu’il ne dispose d’aucun moyen propre pour se nourrir, se loger et se vêtir, si ce n’est en recourant à l’assistance de sa communauté et à l’aide caritative, dont il soutient être totalement dépendant. Il indique souffrir de problèmes de santé sans toutefois apporter d’éléments suffisants permettant d’en apprécier la nature, la gravité et leur incidence sur ses conditions d’existence à la date de la décision contestée, qui ne sauraient être déduites des seuls documents médicaux qu’il produit, faisant état de consultations médicales réalisées au cours du mois de janvier 2026 pour des douleurs abdominales, qui ne sont assortis d’aucune explication de l’intéressé. Ces éléments ne sont pas de nature à établir qu’il se trouverait dans une situation de vulnérabilité telle que l’OFII ne pouvait, sans entacher sa décision d’illégalité, lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour le motif rappelé au point 3. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions citées au point précédent doit être écarté. Les moyens tirés de la violation des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, ainsi que du principe de respect de la dignité humaine, doivent être écartés pour les mêmes motifs.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de M. C... ne peuvent qu’être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d’injonction et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Le présent jugement sera notifié à M. B... C..., au directeur général de l’Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Fabre.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.





Le magistrat désigné,

A. Dardé
La greffière,

J. Dionis





La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière

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