Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 juin 2025 et un mémoire enregistré le 25 juin 2025, la commune de Draguignan, représentée par Me Lanzarone, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative de désigner un expert chargé notamment de constater et de donner son avis sur les causes et imputabilités des désordres affectant les travaux des lots n° 12A et 13 du marché de travaux de restructuration du musée des beaux-arts de la ville.
Elle soutient que :
- au cours de l’année 2018, elle a lancé une procédure de publicité et de mise en concurrence en vue de l’attribution d’un marché de travaux portant sur la restructuration du musée des beaux-arts ; le marché a fait l’objet d’un allotissement technique ; les lots n°12-A « Courants forts – Courants faibles » et n°13 « CVCD Plomberie » ont été attribués à la société Spie Batignolles Energie Grand Sud par actes d’engagement signés le 13 août 2018 ;
- s’agissant du lot n° 12-A, des désordres sont apparus et ont été signalés à l’entreprise Spie Batignolles postérieurement à la réception (boites de dérivation non fixées, circuits non raccordés, etc…) ; par courrier du 5 mars 2025, elle a notifié à la société Spie sa décision de prolonger la durée de la garantie de parfait achèvement jusqu’à l’exécution complète des travaux permettant de remédier aux réserves et sollicitait la remise d’un planning de réalisation de ces travaux ; aucune suite n’a été donnée ;
- s’agissant du lot n° 13, de nombreuses réserves restent non levées et des désordres ont été signalés postérieurement à la réception (régulation relative au taux d’hygrométrie, désordres affectant la sonde de reprise de l’armoire électrique TFP, paramétrage de l’humidificateur etc…) ; par courrier du 5 mars 2025, elle a notifié à la société Spie sa décision de prolonger la durée de la garantie de parfait achèvement jusqu’à l’exécution complète des travaux permettant de remédier aux réserves et sollicitait la remise d’un planning de réalisation de ces travaux ; aucune suite n’a été donnée.
Par un mémoire, enregistré le 23 juin 2025, M. C... B..., représenté par Me Fournier, indique au juge des référés qu’il ne s’oppose pas à la mesure d’expertise mais qu’il devra apparaître comme simple sachant.
Il fait valoir qu’il n’est nullement intervenu dans l’installation en cause sur laquelle il a seulement réalisé un rapport d’audit partiel.
Par un mémoire, enregistré le 25 juin 2025, la SARL Icare Engineering Consulting informe le juge des référés de ce qu’elle est intervenue en qualité de sachant pour le compte de la commune de Draguignan et qu’elle n’a pas d’autres pièces à produire que celles déjà produites par cette dernière.
Par un mémoire, enregistré le 26 juin 2025, M. F... A..., représenté par Me Mino, formule les protestations et réserves d’usage.
Par un mémoire, enregistré le 4 juillet 2025, la société Spie Batignolles Energie Grand Sud, représentée par Me Bouty-Duparc, formule les protestations et réserves d’usage et demande au juge des référés de circonscrire la mission de l’expert aux désordres expressément visés dans la requête et de demander à l’expert de donner tous éléments permettant de procéder aux comptes avec la commune de Draguignan.
Par un mémoire, enregistré le 7 juillet 2025, la société BLP et associés et la société AXA France Iard, représentées par Me Carrière, indiquent au juge des référés qu’elles ne s’opposent pas à la mesure d’expertise et formulent les protestations et réserves d’usage.
Par un mémoire, enregistré le 2 janvier 2026, la société Ingerop Conseil et Ingenierie, représentée par Me Jeambon, informe le juge des référés qu’elle s’associe à la demande d’expertise.
Par un mémoire, enregistré le 25 mars 2026, la société SMA, représentée par Me Fain-Robert, en sa qualité d’assureur de la société Spie Batignolles Energie Grand Sud, formule les protestations et réserves d’usage.
La requête a été communiquée à la Mutuelle des architectes français et à la société Zurich Insurance Europe AG qui n’ont pas produit d’observations.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1.
Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction. (...).
2. L’utilité d’une mesure d’instruction ou d’expertise qu’il est demandé au juge des référés d’ordonner sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d’une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d’autres moyens et, d’autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l’intérêt que la mesure présente dans la perspective d’un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.
3. Il résulte de l’instruction que l’expertise demandée par la commune de Draguignan aux fins de constater et de donner son avis sur les causes et responsabilités des désordres affectant les travaux relatifs aux lots n° 12A et 13 du marché de travaux de restructuration du musée des beaux-arts de la ville de Draguignan ainsi que le coût des travaux de reprises nécessaires pour y remédier, entre dans le champ d’application des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande et de fixer la mission de l’expert comme précisé à l’article 1er de la présente ordonnance.
4. Si la société Spie Batignolles Energie Grand Sud demande au juge des référés de confier également à l’expert la mission de donner tous éléments permettant de procéder aux comptes avec la commune de Draguignan, cette demande porte sur un litige distinct de la demande principale. En outre, elle n’indique pas en quoi les parties ne seraient pas en mesure de procéder elles-mêmes aux comptes. Enfin, au regard de l’étendue de la mission confiée à l’expert, les parties disposeront nécessairement des éléments nécessaires au règlement de leur différend financier à l’issue des opérations d’expertise. Par suite, la demande de la société Spie Batignolles Energie Grand Sud ne peut qu’être rejetée.
5. Par ailleurs, il n’appartient pas au juge des référés de donner acte de protestations et de réserves. Par suite les conclusions des parties en ce sens ne peuvent qu’être rejetées.
6. Enfin, il résulte de l’instruction que M. C... B... et la société Icare Engineering consulting n’ont pas participé aux travaux en litige. Par suite, il n’y a pas lieu de les mettre en cause dans les opérations d’expertise.
O R D O N N E :
Article 1er : M. D... E..., demeurant 400 Avenue Pasteur à Pelissanne (13300) est désigné en qualité d’expert. Il aura pour mission de :
1°) se rendre sur les lieux en présence de toutes les parties et de prendre connaissance de l’ensemble des éléments contractuels et techniques relatifs aux travaux de restructuration du musée des beaux-arts de la ville de Draguignan s’agissant des lots n° 12A et 13 ;
2°) recevoir contradictoirement les explications des parties et prendre connaissances des documents de la cause ;
3°) procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres relatifs aux travaux de restructuration du musée des beaux-arts en indiquant s’il s’agit de travaux non-réalisés, de travaux non-conformes, de malfaçons ou d’imperfections, ainsi que la date d’apparition de ces désordres ;
4°) décrire les désordres et malfaçons constatés et dire s’ils sont évolutifs ou généralisés et donner tous les éléments utiles d’appréciation sur la ou les causes des désordres constatés, en précisant si ces derniers sont imputables à un vice de conception, à un défaut de surveillance ou un défaut d’exécution, ou encore à toute autre cause, et, dans le cas de causes multiples ou d’imputabilités à plusieurs intervenants, en indiquer la part d’imputabilité à chacune des causes et/ou des intervenants ;
5°) indiquer la nature et le coût des travaux propres à remédier à ces désordres et préciser s’ils entraîneront des conséquences sur le fonctionnement et l’exploitation de l’ouvrage ;
6°) indiquer les travaux éventuels à réaliser d’urgence, dès lors que les désordres relevés seraient de nature à constituer un risque pour la sécurité des usagers ;
7°) recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer les parties quant aux responsabilités éventuellement encourues et des préjudices de toute nature subis.
Article 2 : Les mesures d’expertise se dérouleront au contradictoire de la commune de Draguignan, de la société Spie Batignolles Energie Grand Sud, de la société SMA, de la société BLP et associés, de la société Axa France Iard, de M. F... A..., de la Mutuelle des architectes français, de la société Ingérop Conseil et Ingenierie et de la société Zurich Insurance Europe AG.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : L'expert, qui se rendra sur les lieux, se fera communiquer tous documents nécessaires à l’accomplissement de sa mission et il pourra entendre toute personne susceptible de l’éclairer.
Article 5 : L’expert accompli sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à
R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l’article
R. 621-9 du code de justice administrative, avec leur accord, cette notification pourra s’opérer sous forme électronique. Il déposera son rapport au greffe du tribunal sous forme électronique par le biais de la plateforme TransfertPro dans le délai de 6 mois à compter de la notification de la présente décision accompagné de l’état de ses vacations, frais et débours.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Draguignan, la société Spie Batignolles Energie Grand Sud, la société SMA, la société BLP et associés, la société Axa France Iard, M. F... A..., la Mutuelle des architectes français, la société Ingérop Conseil et Ingenierie, la société Zurich Insurance Europe AG et à M. D... E..., expert.
Copie en sera adressée à la société Icare Engineering consulting et à M. C... B....
Fait à Toulon, le 1er juillet 2026.
La juge des référés,
Signé
S. BADER-KOZA
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.