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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304455

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304455

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304455
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantZOUATCHAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de la famille G du logement qu'elle occupe au sein l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA), géré par l'association ALC ;

2°) le cas échéant, d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'HUDA, géré par l'association ALC, afin de débarrasser les lieux des biens mobiliers s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : la famille se maintient indûment dans le logement ; leur maintien fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile ; or, la sortie des personnes en présence indue présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile, un caractère d'urgence et d'utilité ; par ailleurs, il convient de souligner le comportement violent de M. A, violences conjugales en juin 2021, agression au couteau sur une personne en août 2023 ;

- leurs demandes d'asile ont été rejetées ; la famille G occupe sans droit ni titre un logement ; leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées ; leur expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 25 septembre 2023, M. H A et Mme D C, représentés par Me Zouatcham, concluent au rejet de la requête et demandent, en outre, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, à verser à leur conseil qui renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- le préfet ne peut pas justifier d'une situation d'urgence alors qu'il est dans l'obligation de trouver une solution d'hébergement d'urgence pour une famille très vulnérable avec deux jeunes enfants ; M. A n'a pas été condamné pour les deux cas isolés de violence qui lui sont reprochés ;

- la décision en litige n'est pas motivée ;

- aucune mise en demeure ne leur a été adressée dans une langue que les requérants comprennent ;

- l'Etat manque à ses obligations dans l'accomplissement de sa mission de veille sociale ; il n'a pas pris les mesures pour trouver un hébergement d'urgence à une famille sans logement, en situation de détresse médicale et sociale, l'état de santé de M. A étant particulièrement préoccupant.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Pascal, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 28 septembre 2023:

- le rapport de M. Pascal, juge des référés, assisté de Mme Diaw, greffière ;

- les observations de Mme F, représentant le préfet des Alpes-Maritimes,

-les observation de Me Zouatcham, représentant M. H A et Mme D C, qui reprend ses écritures.

La clôture de l'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet des Alpes-Maritimes demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de faire injonction à M. A et Mme C, qui se maintiennent sans droit ni titre dans un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, de libérer sans délai le lieu d'hébergement mis à leur disposition au titre des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile et d'autoriser qu'il soit procédé à leur expulsion sans délai de ce logement, au besoin avec le concours de la force publique.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A et Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsque le juge des référés est saisi par l'administration, sur le fondement des dispositions précitées, d'une demande d'expulsion d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et si la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. Aux termes de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code ". Aux termes de l'article L. 552-2 de ce code : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code, applicable aux lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile qui accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. M. H A et Mme D C, ressortissants nigérians, sont entrés en France en juin 2020 avec leurs deux enfants, B et E nés respectivement les 21 mars 2019 et 4 juin 2020. Il résulte de l'instruction que leurs demandes d'asile ont été rejetées, le 21 octobre 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décisions confirmées les 5 décembre 2022 et 3 juillet 2023 par la Cour nationale d'asile (CNDA). Il est constant que la famille G est, à la date à laquelle le juge des référés statue, actuellement logée dans un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) à Nice géré par l'association ALC. Il résulte également de l'instruction que par une décision du 25 juin 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) avait mis fin à l'hébergement en HUDA de M. A en raison de violences commises sur son épouse. Par courrier du 20 juillet 2021, le préfet a mis en demeure M. A de quitter le lieu l'hébergement HUDA géré par l'association ALC. Mme C et ses enfants avaient alors été transférés, dans le cadre d'une mesure de mise à l'abri, dans un centre provisoire d'hébergement (CPH) dans le Var avant qu'elle ne rejoigne avec ses enfants M. A dans l'HUDA de Nice. Par une décision du 16 février 2022, l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de Mme C en raison d'un abandon de son hébergement en CPH, depuis le 12 janvier 2022. Par courrier du 5 juillet 2022, le préfet a mis en demeure Mme C de quitter l'hébergement HUDA géré par l'association ALC.

7. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être indiqué, M. A et Mme C se maintiennent dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que leur demande d'asile a été définitivement rejetée. Le préfet des Alpes-Maritimes fait valoir, sans être utilement contredit, que la mise en demeure de quitter les lieux leur a été régulièrement notifiée dans leur boîte à lettres et qu'elle est demeurée infructueuse. Si les requérants soutiennent que la mise en demeure de quitter les lieux qui leur a été adressée n'était pas traduite dans une langue qu'ils comprennent, il ne résulte d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni d'aucun principe qu'une telle traduction s'imposait.

8. En deuxième lieu, la libération des lieux par les requérants présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département des Alpes-Maritimes, un caractère d'urgence et d'utilité, sans qu'y fasse obstacle le traitement médical de M. A faisant suite à une opération pour une tumeur du nerf médian au poignet réalisée en mai 2021. La présence, à leurs côtés, de deux jeunes enfants, âgés de 3 et 4 ans, ne peut suffire à caractériser l'existence d'une situation de particulière vulnérabilité faisant obstacle à l'éviction de cette famille du lieu d'hébergement indûment occupé, cela quand bien même ils n'auraient à ce jour obtenu de réponse favorable à leurs appels au 115 en vue d'une solution d'hébergement au titre du dispositif de veille sociale. Il doit en revanche être tenu compte de la présence de ces enfants pour déterminer le délai à compter duquel le préfet des Alpes-Maritimes pourra procéder d'office à l'expulsion.

9. Compte tenu de tout ce qui précède, il y a lieu de faire injonction à M. A et Mme C de quitter le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent et, en cas d'inexécution de cette mesure dans le mois suivant la notification de la présente ordonnance, d'autoriser le préfet des Alpes-Maritimes à procéder à leur expulsion d'office, le cas échéant avec le concours de la force publique. Il y a lieu, en outre, d'autoriser le préfet à donner toutes instructions nécessaires à l'association ALC afin d'évacuer, aux frais des intéressés, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place.

Sur les frais d'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante à titre principal, la somme dont M. A et Mme C demandent le versement au profit de leur conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A et Mme C sont admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à M. A et Mme C de libérer le logement qu'ils occupent à Nice au sein l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA), géré par l'association ALC au 8 rue Rossini, palais " Armida " à Nice (06000).

Article 3 : Faute pour M. A et Mme C d'avoir volontairement quitté les lieux dans le mois suivant la notification de la présente ordonnance, le préfet des Alpes-Maritimes pourra faire procéder à leur expulsion par les moyens légaux de son choix, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 4 : Le préfet des Alpes-Maritimes est autorisé à donner toutes instructions à l'association ALC à l'effet d'évacuer, aux frais de M. A et Mme C, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place.

Article 5 : Les conclusions de M. A et de Mme C au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 et de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1990 sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. H A et à Mme D C.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au centre géré par l'association ALC.

Fait à Nice, le 3 octobre 2023.

Le juge des référés,

signé

F. Pascal

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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