jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2304801 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2023, M. B A, représenté par Me Hanan Hmad, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, outre de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer, sans délai, un document provisoire de séjour assorti d'une autorisation de travail ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de statuer, dans le délai de cinq jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, sur sa demande de carte de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition relative à l'urgence est satisfaite, compte tenu des conséquences qu'a sur sa situation la carence du préfet des Alpes-Maritimes, d'une part, dans la délivrance d'un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et d'autre part, dans l'instruction de sa demande de carte de séjour ;
- les mesures sollicitées présentent un caractère d'utilité dans la mesure où la délivrance d'un document provisoire de séjour lui permettrait, notamment, de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français et de reprendre l'exercice de son activité professionnelle ;
- les mesures sollicitées ne font obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'injonction de la requête (dès lors que M. A s'est vu délivrer, le 12 octobre 2023, un récépissé de demande de titre de séjour) et au rejet de celles relatives aux frais liés au litige, le montant des frais éventuellement accordés devant être, à titre subsidiaire, diminués.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 1er mars 1994, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, d'une part, de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et d'autre part, de statuer, dans un délai de cinq jours et sous astreinte, sur sa demande de carte de séjour.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Compte tenu de l'urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
En ce qui concerne la délivrance d'un document provisoire de séjour assorti d'une autorisation de travail :
5. Par un mémoire en date du 16 octobre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes indique, sans que cela ne soit contesté par M. A, que ce dernier s'est vu délivrer, le 12 octobre 2023, un récépissé de demande de titre de séjour. Dans ces conditions, les conclusions de la requête de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.
En ce qui concerne l'instruction de la demande de titre de séjour du requérant :
6. M. A soutient, sans être contredit sur ce point par le préfet des Alpes-Maritimes, qu'il a sollicité la délivrance d'une carte de résident en qualité de parent d'enfant français par une demande réceptionnée le 13 septembre 2022 par les services de la préfecture des Alpes-Maritimes et qu'il est maintenu, depuis cette date, sous récépissé de demande de titre de séjour. Pour justifier de l'urgence à ce qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de statuer sur sa demande de carte de séjour, l'intéressé soutient que l'absence de décision sur sa demande de titre de séjour le place dans une situation précaire vis-à-vis de son employeur mais également à l'égard des services de police. Dans ces conditions, la mesure sollicitée par le requérant, compte tenu du délai anormalement long pris par l'administration pour statuer sur sa demande de carte de séjour, présente un caractère d'urgence et d'utilité. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que cette mesure ferait obstacle à l'exécution d'une quelconque décision administrative. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de statuer, dans le délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance, sur la demande de titre de séjour de M. A. Il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai d'un mois.
Sur les frais liés au litige :
7. M. A étant admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle, seule son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans la mesure où celle-ci n'a ni sollicité le paiement des frais de l'instance non compris dans les dépens à son profit, ni renoncé, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, il n'y a pas lieu, en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes, dans le délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, de statuer sur la demande de titre de séjour présentée par M. A.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.
Fait à Nice, le 9 novembre 2023.
Le juge des référés,
signé
F. SILVESTRE-TOUSSAINT-FORTESA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
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