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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2304898

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2304898

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2304898
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de Mme B, qui contestait la décision de la commission de médiation des Alpes-Maritimes du 4 juillet 2023. Cette commission avait refusé de reconnaître son caractère prioritaire et urgent pour un logement social, en application de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Le tribunal a estimé que la commission n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, car Mme B ne justifiait pas d'une demande de logement social déposée depuis le délai de 45 mois fixé par l'arrêté préfectoral du 2 juin 2014, et n'avait pas fourni les pièces obligatoires requises, notamment pour ses enfants majeurs. La solution retenue est donc le rejet de la demande d'annulation et de l'injonction sollicitée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistré le 5 octobre 2023, Mme A B, épouse E doit être regardée comme demandant au tribunal :

* d'annuler la décision en date du 4 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

* d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de la reconnaître prioritaire et devant être logée d'urgence.

Mme B doit être regardée comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 2 juin 2014 qui fixe, en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, à 45 mois le délai à partir duquel les personnes qui ont déposé une demande de logement resté sans réponse peuvent saisir la commission de médiation ;

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de justice administrative.

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Faÿ pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

* les observations de Mme E et de Mme C, pour le préfet des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 mars 2022, Mme B a saisi la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour être dans un logement sur-occupé en étant en situation de handicap, avec un personne handicapée à charge ou avec un enfant mineur à charge, être dans un logement inadapté au handicap du requérant ou d'une personne à sa charge, être en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral, être logée dans les locaux impropres à l'habitation, être logée dans des locaux présentant un caractère insalubre ou dangereux et être dans un logement non décent en étant en situation de handicap, avec une personne handicapée à charge ou avec un enfant mineur à charge. Par décision en date du 4 juillet 2023, la commission de médiation a rejeté sa demande au motif que si la surface de 40 mètres carrés du logement occupé par la requérante est inférieure à celle mentionnée à l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation, au regard des sept personnes qui l'occupent, et si elle déclare son logement inadapté au handicap de sa mère, l'intéressée ne remplit pas les conditions réglementaires d'accès au logement social, qui sont appréciées en prenant en compte la situation de l'ensemble des personnes du foyer, et qu'au nombre des conditions figurent notamment, celles que ces personnes justifient avoir déclaré leurs revenus l'année précédente, que les enfants majeurs de l'intéressée, nés en 1996 et 1999 ne justifient pas d'un avis d'imposition ou de non-imposition 2022 sur les revenus de 2021, pièce obligatoire, conformément à l'article R. 441-2-4 du code de la construction et de l'habitation, que le recours relatif au droit au logement opposable est subordonné au respect des conditions d'accès au logement social alors que Mme B ne justifie pas d'une demande de logement social déposée et renouvelée régulièrement depuis 45 mois comme prévu par l'arrêté préfectoral du 2 juin 2014, la demande ayant été déposée le 13 janvier 2022, que si l'intéressée déclare son logement impropre à l'habitation, insalubre et non décent, elle ne justifie d'aucune démarche engagée auprès des autorités compétentes, que la commission de médiation a relevé des incohérences dans les déclarations de Mme B qui sollicite un relogement avec ses trois enfants majeurs dans le recours amiable, alors qu'elle n'en fait pas mention dans sa demande de logement social, qu'elle ne justifie pas de cette situation malgré l'appel de pièces du 2 mai 2023 et que la requérante n'a pas fourni dans le délai fixé, les justificatifs des ressources perçues sur les trois derniers mois par les enfants majeurs nés en 1996 et 1999, sa dernière quittance de loyer, une attestation précisant la composition familiale exacte dans le logement, un courrier expliquant son parcours locatif antérieur détaillé et un courrier expliquant si elle souhaite être relogée avec ses trois enfants majeurs, documents obligatoires réclamés dans les courriers des 30 mars et 2 mai 2023. Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision en date du 4 juillet 2023.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " et aux termes du premier alinéa du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est () logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () " Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / () -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; / () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. " En application des dispositions de l'article R. 822-25, le logement doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus.

3. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes tendant à être déclaré prioritaire et devant être logé d'urgence relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l'accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l'État selon les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation que l'appartenance à l'une des catégories mentionnées par la loi ne suffit pas à elle seule à rendre éligible la demande de logement. Il faut également que la situation du demandeur présente un caractère d'urgence sur lequel la commission de médiation dispose d'un large pouvoir d'appréciation. Pour apprécier ce caractère d'urgence, la commission de médiation doit se fonder sur tous les éléments relatifs à la situation du demandeur.

4. Au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation, Mme B soutient qu'elle a effectué une demande de logement locatif social car la situation financière de la famille, son époux ayant perdu son emploi, ne lui permet pas de se maintenir en location dans le parc privé, qu'elle est en situation de handicap depuis plusieurs années, qu'elle héberge sa mère grabataire dont le lit médicalisé et les appareils respiratoire réduisent considérablement la surface de son logement de type 2, que sa fille mineure scolarisée n'a plus d'espace pour elle, que ses enfants majeurs étudient à l'étranger, qu'elle a communiqué tous les documents réclamés et qu'elle a vainement saisi les bailleurs sociaux afin d'être relogée. Cependant, si elle établit par les pièces qu'elle produit que ses trois enfants majeurs ne résident plus au foyer, les attestations de ces derniers étant toutefois postérieures à la date de la décision contestée, si elle communique sa dernière quittance de loyer à la date de la décision attaquée et si elle justifie de la situation de handicap de sa mère, Mme D B, confinée au lit ou en fauteuil pour relever du groupe iso-ressources 2, la requérante ne démontre pas l'inadaptation de l'appartement au handicap de sa mère en se bornant à produire un courrier de la maison départementale des personnes handicapées, devenue la maison départementale de l'autonomie, en date du 22 mars 2022 fixant le taux d'incapacité de Mme D B entre 50 et 80 % ainsi qu'un courrier en date du 16 septembre 2020 du département des Alpes-Maritimes lui délivrant une carte mobilité inclusion avec la mention " stationnement " ni n'établit avoir mis à jour sa demande de logement locatif social du fait du départ de ses enfants majeurs ni n'établit avoir adressé à la commission de médiation un courrier expliquant son parcours locatif antérieur détaillé. En outre, sa demande initiale de logement locatif social datant du 13 janvier 2022 soit 17 mois avant la date de son recours amiable, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 2 juin 2014, qui fixe à 45 mois le délai à partir duquel les personnes qui ont déposé une demande de logement resté sans réponse peuvent saisir la commission de médiation. Par ailleurs, si Mme B produit une document intitulé " certificat d'insalubrité ", d'une part, ce document est postérieur à la date de la décision litigieuse et, d'autre part, il n'est pas établi que la société Phoenix Bâtiment qui l'a rédigé dans le cadre d'un devis de rénovation de l'appartement soit habilitée à effectuer un tel diagnostic au demeurant succinct pour se borner à préciser " avoir a constaté sur les lieux, des traces de moisissures et de champignons dues à la présence d'humidité dans les murs " sans conclure expressément à l'insalubrité du logement. Au surplus, dès lors que la cellule familiale se compose de quatre personnes après le départ des trois enfants majeurs, la surface de 40 mètres carrés du logement est supérieure aux 34 mètres carrés prévus par les dispositions de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation mentionné au point 2 ci-dessus. Dès lors, par les pièces qu'elle produit, la requérante ne démontre pas entrer dans les prévisions des dispositions mentionnées au point 2 ci-dessus et se trouver dans une situation d'urgence. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de la décision en date du 4 juillet 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, épouse E, et au ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

D. FAŸLe greffier,

signé

A. BAAZIZ

La République mande et ordonne au ministre du logement et de la rénovation urbaine, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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