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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2305163

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2305163

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2305163
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantVERIGNON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2023 sous le n° 2305163 et un mémoire enregistré le 23 avril 2024, M. D A représenté par Me Julie Fehlmann, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R.532-1 du code de justice administrative, d'ordonner :

1°) une expertise médicale afin de l'examiner et d'évaluer les préjudices qu'il estime avoir subis le 10 septembre 2021 à 21h15, à la suite de la chute sur son dos d'une lourde branche de platane, alors qu'il tentait de garer son scooter d'entreprise au niveau du 1, allée de la Liberté Charles de Gaulle à Cannes ;

2°) la communication par l'expert d'un pré-rapport aux parties ;

3°) le versement par la commune de Cannes et son assureur la SMACL in solidum, de la somme de 2 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative outre la prise en charge des entiers dépens ;

4°) le rejet des demandes présentées par la commune de Cannes et son assureur.

M. A soutient que :

- cette branche prise de plein fouet sur son dos l'a projeté du côté droit de son véhicule et l'a coincé entre les deux roues garés à cet endroit lui occasionnant plusieurs fractures dont une fracture lombaire, ainsi que de multiples griffures et hématomes ;

- pris en charge par les pompiers qui ont effectué un compte-rendu de l'accident, il a bénéficié d'une ITT de 80 jours ;

- il a également subi un choc psychologique, une amnésie partielle de la mémoire à court terme et a été immobilisé par corset ;

- il ressent toujours des douleurs lombaires notamment à l'effort, et se remet difficilement de cet accident ;

- sa montre a été endommagée et il a dû arrêter son travail ainsi que la plupart des loisirs qu'il pratiquait auparavant ;

- les services de police venus sur les lieux lui ont indiqué que ce morceau d'arbre était soutenu par un filin métallique placé par la ville et qu'il aurait dû être coupé car présentant un danger pour les passants ;

- la responsabilité de la commune est engagée pour défaut d'entretien normal d'entretien de l'arbre dont rien n'atteste qu'il était dans un état normal d'entretien ni que l'haubanage était bien fixé ;

- l'assureur de la commune a refusé de prendre en charge ce sinistre ;

- sa demande la désignation d'un expert judiciaire est utile afin d'évaluer son entier préjudice dans la perspective d'un recours en responsabilité ;

- il a sollicité une provision de 5 000 € à la charge de la commune de Cannes sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ;

- les certificats médicaux produits l'ont été avant consolidation ;

- le compte-rendu du SDIS intervenu dans l'immédiateté de l'accident fait bien état de la chute d'un arbre sur une personne et plusieurs deux roues ;

- les blessures subies sont compatibles avec la chute de la branche ;

- la commune ne démontre pas par ses écritures que l'arbre concerné était dans un état normal d'entretien ni que l'haubanage était bien fixé ;

- le dernier constat de l'arbre en décembre 2020 ne préjuge pas de son état presque 1 an plus tard alors même que des intempéries ont frappé la commune le 3 mars 2021.

Par mémoires en défense et intervention forcée enregistrés les 3 novembre 2023 et 25 mars 2024, la commune de Cannes et son assureur la SMACL assurances SA, représentés par Me David Jacquemin, demandent au juge des référés :

- à titre principal, d'ordonner leur mise hors de cause et la condamnation de l'Office National des forêts (ONF) à les relever et les garantir de toutes condamnations ;

- à titre subsidiaire de rejeter la requête de M. A, en l'absence manifeste de lien de causalité, de son imprudence et de la preuve de l'entretien normal de l'ouvrage public litigieux ;

- à titre très subsidiaire de leur donner acte de leurs protestations et réserves d'usage ;

- de condamner le requérant à leur verser la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- bénéficiaire du lot n°1 du marché "Prestation de service d'élagage et de taille de platane et de palmiers ", l'Office National des Forêts (ONF) était chargé de l'entretien des platanes sur le territoire communal ;

- la production de nombreux rapports médicaux fait obstacle à l'utilité de la mesure d'expertise sollicitée ;

- aucune attestation ne relate les circonstances précises de l'accident allégué, en l'absence sur les lieux de médecin ou de pompier et les documents médicaux ne démontrent pas que les blessures alléguées sont en lien direct avec l'ouvrage public litigieux ;

- de telles carences suffisent à mettre en exergue l'impossibilité matérielle pour le requérant de démontrer la matérialité des faits dont il s'estime victime ;

- l'arbre litigieux fait l'objet d'une vérification régulière et d'un entretien par l'Office National des Forêts (ONF), en tant que titulaire du marché passé avec la commune ;

- le dernier constat effectué le 15 décembre 2020, par l'ONF établit que cet arbre a une espérance de maintien estimée entre 5 et 10 ans, que son état physiologique, son état mécanique et le test sonorité marteau étaient " bon " ;

- un haubanage, technique a été mis en place visant à maintenir cet arbre dans un aspect naturel en soutenant les branches ou le tronc, gage ainsi de son entretien régulier ;

- le requérant a fait preuve d'imprudence en circulant en deux- roues sur un trottoir faisant l'objet d'aménagement d'ouvrages publics, au vu de sa connaissance des lieux, il aurait dû employer une autre alternative davantage sécurisée sur une zone autorisée.

Par un mémoire enregistré le 7 mars 2024, l'ONF représenté par Me Cédric Cabanes, demande au juge des référés :

- d'ordonner sa mise hors de cause pour absence de gestion de l'entretien des arbres à la date de l'accident ;

- de lui donner acte de ses protestations et réserves de responsabilité, de prescriptions ;

- de condamner le requérant à lui verser la somme de 2 000 € sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- de rejeter toutes autres demandes de M. A.

L'ONF fait valoir que par courrier du 26 janvier 2021 la commune de Cannes l'informait de l'absence de reconduction du marché d'élagage des platanes conclu en juin 2018 en mettant fin à celui-ci le 5 juin 2021.

Par un mémoire en intervention volontaire enregistré le 17 avril 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Var, indique qu'au 24 octobre 2023 le montant de sa créance provisoire dans la présente instance se monte à 675,35 € au titre du poste " Dépenses de Santé Actuelles " et de 5 560 € au titre du poste " Pertes de Gains Professionnels Actuels ". Elle demande au juge des référés de statuer ce que de droit sur la demande d'expertise sollicitée.

Vu l'ensemble des pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la mise hors de cause de l'ONF :

1. La commune de Cannes demande que les opérations d'expertise se déroulent au contradictoire de l'office national des forêts (ONF) chargé de l'élagage des arbres communaux par marché public, le litige portant sur la chute d'une branche d'un platane sur M. D A le 10 septembre 2021 à Cannes alors qu'il tentait de garer son scooter d'entreprise.

2. Bien que par courrier du 26 janvier 2021, la commune de Cannes ait mis fin au 5 juin 2021 au marché 18004 lot 1 NR P4 attribué à l'ONF et dès lors que l'expertise sollicitée est une mesure d'instruction qui ne saurait préjuger du règlement sur le fond du dossier, il n'y a pas lieu à ce stade de mettre hors de cause l'ONF qui peut apporter des éléments de réponse sur l'entretien de l'arbre litigieux.

Sur l'utilité de l'expertise sollicitée :

3 . Aux termes des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

4 . M. D A demande au juge des référés d'ordonner une expertise médicale afin d'évaluer l'étendue de ses préjudices résultant de l'accident dont il a été victime à Cannes visé au point 1. Il invoque un défaut d'entretien normal de l'arbre litigieux alors que la commune et son assureur la SMCL invoquent une imprudence de la victime. L'existence de ce défaut d'entretien normal, des responsabilités encourues pour entretenir cet ouvrage public et une éventuelle faute de la victime, de nature à exonérer totalement ou partiellement la responsabilité de la commune et de son assureur, relèvent de la seule appréciation du juge du fond dans la perspective du dépôt d'un recours en responsabilité, et ne sauraient à ce stade, faire obstacle à la mesure sollicitée.

5 . Si la commune de Cannes et son assureur, soulèvent les absences de matérialité de l'accident litigieux et d'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage public et cet accident, il ressort toutefois de la fiche d'intervention 21 AM098133 du CRSS " Artemis " que M. D A, qui a été blessé sur la voie publique à Cannes à la suite de la chute d'une branche de platane tombée sur lui, a mobilisé les services de secours le 10 septembre 2021 à partir de 21h40 pour l'évacuer. Ce document qui fait apparaitre un début de preuve de la matérialité de l'accident litigieux, vient à l'appui des dires du requérant qui a été transporté le jour même aux urgences du centre hospitalier de Cannes.

6 . Il résulte de ce qui précède, que l'expertise médicale sollicitée par M. D A aux fins de détermination de ses préjudices, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit au contradictoire de la commune de Cannes, de la SMABTP, de l'ONF et de la CPAM du Var comme il est dit à l'article 2 du dispositif de la présente ordonnance.

Sur le dépôt d'un pré-rapport d'expertise :

7 . Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit, ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et de le soumettre préalablement aux parties. S'agissant d'une modalité opérationnelle de l'expertise, il appartient à l'expert désigné d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions du requérant tendant à ce que le juge des référés ordonne la production d'un pré-rapport et sa communication préalable aux parties, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

8 . Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires " et aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

9 . Il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite, les conclusions présentées par lerequérant relatives aux dépens doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10 . Aux termes des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11 . Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er - Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de M. D A, de la commune de Cannes, de son assureur la SMACL, de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, de la caisse primaire d'assurance maladie du Var et de l'Office National des Forêts.

Article 2 - L'expert aura pour mission :

1°) d'examiner M. D A et décrire s'il y a lieu un état antérieur à l'accident survenu le 10 septembre 2021 à Cannes en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur ses lésions ou leurs éventuelles séquelles ;

2°) de prendre connaissance de l'intégralité de son dossier médical afférent à l'accident précité et à ses conséquences ;

3°) de décrire les blessures/éventuelles séquelles présentées par la victime ;

4°) d'évaluer l'étendue des préjudices qui ont résulté de l'accident :

· durée du Déficit Temporaire Total ou Partiel,

· date de consolidation des blessures

· pourcentage du Déficit Permanent Partiel,

· troubles dans les conditions d'existence indépendamment ou non de leurs conséquences pécuniaires (préjudice professionnel) - importances respectives des souffrances physiques endurées, du préjudice d'agrément, du préjudice esthétique et de l'éventuel préjudice sexuel ;

5°) de préciser, si besoin est, les frais futurs, médicaux ou d'aménagement et dire si l'état de la victime est susceptible d'évoluer ;

6°) de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies, permettant à la juridiction de se prononcer sur les responsabilités et l'étendue des préjudices subis dans le cadre d'un éventuel recours en responsabilité ;

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif. Il est enjoint aux parties, tant demanderesse que défenderesses, dans le délai de huit jours à compter de la demande qui leur en sera adressée par lettre recommandée avec accusé de réception par l'expert, d'avoir à fournir toutes les pièces qu'elles pourraient détenir et dont la production s'avérerait nécessaire à l'accomplissement de la mission ici définie.

L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif conformément aux prescriptions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative ;

Si, le cas échéant avec l'accord des parties, l'expert prend l'initiative d'une médiation, il devra en aviser le président du tribunal et préserver dans son rapport d'expertise, sa confidentialité.

Article 3 - Est désigné en qualité d'expert :

M. le docteur C B, exerçant Clinique Les lauriers au 147, rue Jean Giono à Fréjus (83600).

Article 4 - L'expert, après avoir prêté serment par écrit, accomplira sa mission conformément aux dispositions des articles R. 621-7 et suivants du code de justice administrative.

Il déposera son rapport dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente décision, accompagné de son état de vacations, frais et honoraires, conformément aux dispositions suivantes de l'article R. 621-9 du code de justice administrative : " Le rapport est déposé au greffe dans les conditions prévues à l'article R.621-6-5 (par voie électronique). Des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues à l'article R.621-7-3 (par voie électronique).".

Article 5 - Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 - La présente ordonnance sera notifiée à M. D A, à la commune de Cannes, à son assureur la SMACL, de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, de la caisse primaire d'assurance maladie du Var, de l'Office National des Forêts et à M. le docteur C B, expert.

Fait à Nice, le 27 mai 2024.

signé

Marianne POUGET

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Le greffier

2305163

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