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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2305372

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2305372

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2305372
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEBRUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 octobre 2023, M. C E, représentée par Me Lebrun, demande au tribunal :

1°) de condamner le département des Alpes-Maritimes au paiement de la somme de 5390,13 euros en réparation de ses préjudice matériel et moral subis suite au vol de son scooter par un mineur placé ;

2°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le vol de son scooter le 17 mars 2017 par M. A F, mineur placé, engage la responsabilité du département des Alpes-Maritimes ;

- son préjudice matériel doit être évalué à la somme de 1890,10 euros correspondant au coût d'achat son scooter et à l'entretien de ce dernier durant les presque 2 années où elle a pu en avoir l'usage ;

- son préjudice moral doit être évalué à la somme de 3 500 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2021, le département des Alpes-Maritimes, pris en la personne du président du conseil départemental en exercice, conclut au rejet de la requête.

Le département soutient que :

- eu égard à la vétusté du scooter, le préjudice matériel ne saurait excéder la somme de 1 000 euros ;

- le préjudice moral n'est pas établi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et de la famille ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative, l'affaire a été renvoyée devant une formation collégiale.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 janvier 2025 :

- le rapport de Mme Cueilleron ;

- les conclusions de M. Combot, rapporteur public ;

- et les observations de Mme G, pour le département des Alpes-Maritimes.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F a été placé auprès du département des Alpes-Maritimes au titre de l'assistance éducative par jugement du tribunal pour enfants de B du 21 février 2017. Ce dernier a commis une infraction de vol de scooter en réunion le 17 mars 2017 à Vallauris. Mme C E, propriétaire du scooter en cause, demande au Tribunal de condamner le département des Alpes-Maritimes à lui verser la somme de de 5 390,13 euros au titre des préjudices matériel et moral qu'elle estime avoir subis suite au vol commis par M. A F.

Sur la responsabilité du département des Alpes-Maritimes :

2. Aux termes de l'article 1242 code civil : " On est responsable non seulement du dommage que l'on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l'on a sous sa garde. () ". Par ailleurs, l'article 375-3 du même code dispose : " Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier : () / 3° A un service départemental de l'aide sociale à l'enfance ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l'article 375-3 du code civil, des articles 375-5, 377, 377-1, 380, 411 du même code ou de l'article L. 323-1 du code de la justice pénale des mineurs ; () ".

3. La décision par laquelle le juge des enfants confie la garde d'un mineur, dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil, à l'une des personnes mentionnées à l'article 375-3 du même code, transfère à la personne qui en est chargée la responsabilité d'organiser, diriger et contrôler la vie du mineur. En raison des pouvoirs dont la personne publique se trouve ainsi investie lorsque le mineur a été confié à un service ou un établissement qui relève de son autorité, sa responsabilité est engagée, même sans faute, pour les dommages causés aux tiers par ce mineur et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le mineur ne se trouvait pas, au moment des faits, sous la surveillance effective du service ou de l'établissement qui en a la garde. Cette responsabilité n'est susceptible d'être atténuée ou supprimée que dans le cas où elle est imputable à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A F a commis le 17 mars 2017 des faits constitutifs d'infraction pour lesquels il a été reconnu coupable par jugement du tribunal pour enfants de D du 20 novembre 2019 alors qu'à cette date il était placé sous la responsabilité du département des Alpes-Maritimes au titre de l'assistance éducative. Par suite, la responsabilité du département des Alpes-Maritimes est engagée sur le fondement de la responsabilité sans faute pour les dommages causés aux tiers par les mineurs placés.

Sur l'évaluation des préjudices :

5. En premier lieu, s'agissant du préjudice matériel subi par Mme E, celle-ci demande une indemnisation d'un montant total de 1 890,10 euros correspondant, d'une part, à la valeur d'achat en juin 2015 du scooter volé, pour un montant de 1 552,94 euros et, d'autre part, à la valeur de l'entretien du scooter durant les presque 2 années où elle a pu en avoir l'usage. Pour autant, si la requérante demande une indemnisation correspondant au coût d'acquisition de son scooter, elle a seulement droit à la réparation du préjudice qu'elle a effectivement subi, lequel doit être évalué en tenant compte de la valeur réelle de son bien à la date où il a été dérobé. Les éléments produits ne permettent pas de déterminer l'état de son bien lorsqu'il a été dérobé et les travaux d'entretien réalisés les 19 aout 2015 et 1er mars 2017 ne permettent pas non plus de présumer de l'état du scooter au moment du vol. Dans ces conditions, eu égard à la circonstance que la requérante avait utilisé son scooter pendant environ deux ans, il sera fait une juste appréciation de son préjudice matériel en l'évaluant à la somme de 1 100 euros.

6. En second lieu, si Mme E demande l'indemnisation d'un préjudice moral lié à l'impossibilité de se rendre à son travail et à des difficultés de déplacement, elle ne produit cependant à l'appui de ces allégations qu'une attestation de chacun de ses deux enfants et un bulletin de salaire de mars 2017 tendant à démontrer qu'elle travaillait à Mougins. Ces éléments ne sont pas de nature à démontrer à eux-seuls le préjudice subi par Mme E. En outre, le département des Alpes-Maritimes ne serait être tenu pour responsable des difficultés juridiques liées à sa demande d'indemnisation et à la présente procédure. Par suite, sa demande au titre du préjudice moral doit être écartée.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme E est seulement fondée à demander la condamnation du département des Alpes-Maritimes à lui verser la somme totale de 1 100 euros en réparation de ses préjudices subis.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme E et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le département des Alpes-Maritimes est condamné à verser à Mme E la somme de 1 100 euros en réparation de son préjudice.

Article 2 : Le département des Alpes-Maritimes versera à Mme E la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et au département des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

M. Holzer, conseiller ;

Mme Cueilleron, conseillère ;

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 février 2025

La rapporteure,

signé

S. Cueilleron

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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