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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2305415

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2305415

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2305415
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSELARL COUBRIS, COURTOIS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2023, sous le n° 2305415, Mme A E née B, représentée par Me Jean-Christophe Coubris, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R.532-1 du code de justice administrative, d'ordonner :

1°) la désignation d'un collège d'experts composé d'un urologue et d'un neurologue, afin de déterminer les causes et les conséquences de l'aggravation de son état de santé qu'elle impute à sa prise en charge au centre hospitalier de Grasse notamment lors de la pose d'une sonde le 15 mars 2019 et d'évaluer l'étendue de ses préjudices en résultant ;

2°) le rejet de toutes demandes contraires des défendeurs.

Mme E soutient que :

-le 14 mars 2019, elle a été admise au centre hospitalier d'Antibes, pour des douleurs lombaires droites évoluant par spasmes douloureux avec nausées ;

-un scanner abdomino-pelvien a mis en évidence " une colique néphrétique droite avec discrète hypotonie des cavités pyélocalicielles droites et de l'uretère droit en amont d'une lithiase de densité calcique de 6 mm enclavée juste en amont du méat urétéral droit " ;

-après un diagnostic de pyélonéphrite obstructive, un traitement antibiotique a été mis en place ;

-le 15 mars 2019, a été réalisé au CH de Grasse un eurétérorénoscopie rigide avec mise en place d'une sonde double J dont les suites ont été marquées par une lombosciatalgie gauche invalidante ;

- une IRM du rachis lombaire du 29 mars 2019 a objectivé " un pincement discal latéralisé à gauche centré sur le disque L5-S1 entrainant un rétrécissement du foramen gauche à cet étage, associés à des remaniements arthrosiques de type Modic II " ;

- le 3 avril 2019, elle a bénéficié de l'ablation de la sonde double J, au CH de Grasse ;

- le 28 avril suivant, elle s'est présentée aux urgences de la Polyclinique Saint-Jean de Cagnes-sur-Mer, en raison de la persistance de ses douleurs et a été hospitalisée jusqu'au 4 mai 2019 ;

- le 2 mai 2019, elle a bénéficié d'une infiltration épiduro-foraminale L5-S1 gauche, permettant de soulager temporairement les douleurs ;

- les suites ont été marquées par une absence d'amélioration ;

- le 8 août 2019, elle s'est présentée au CHU de Nice pour une douleur sciatique S1 gauche où du Lyrica et un bilan externe ont été prescrits ;

- le 22 août suivant, elle s'est présentée au CHU de Nice pour la persistance de ses douleurs, où un traitement morphinique a été mis en place ;

- le 3 septembre 2019, elle a bénéficié d'une intervention de recalibrage de la colonne vertébrale lombale ou lombosacrale par abord postérieur, au CHU de Nice.

- une électromyographie, réalisée le 14 février 2020, a révélé des signes en faveur d'une atteinte radiculaire L4 et L5, plus sévère à gauche, mais sans dénervation en cours ;

- le 16 août 2021, un neurostimulateur transcutané à visée antalgique a été prescrit ;

-en 2021, elle a bénéficié de plusieurs infiltrations avérées inefficaces ;

- actuellement, elle subit une persistance des douleurs, une gêne au niveau du périnée en position assise, des dyspareunies secondaires avec paresthésie de la jambe gauche, un syndrome myofascial des obturateurs internes et releveurs de l'anus dans un contexte de radiculalgies du membre inférieur gauche, ainsi qu'un trouble dépressif récurrent et un trouble anxieux généralisé, en lien avec le syndrome douloureux chronique ;

- la Commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux Rhône-Alpes, qu'elle a saisie le 22 juin 2022 s'est déclarée incompétente le 28 juin 2022 en l'absence d'atteinte des seuils de gravité.

Par un mémoire, enregistré le 3 novembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Var indique que le montant provisoire de ses débours d'élève à 3 576,78 € dans la présente instance et que Mme E a été prise en charge au titre du risque maladie, dans l'accident médical hors CRCI en litige.

Par un mémoire enregistré le 8 novembre 2023 le centre hospitalier de Grasse représenté par me Sophie Chas, ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée sous ses plus expresses protestations et réserves. Il demande que la mission confiée à l'expert soit précisée comme suit :

- préciser si un éventuel manquement aux règles de l'art peut lui être reproché et les préjudices et débours qui en découleraient à l'exclusion de toute conséquence prévisible de la pathologie initiale, de tout état antérieur et de toute cause étrangère ;

- se faire remettre par l'organisme social un relevé de prestation détaillé des soins que

l'organisme social impute à la prise en charge litigieuse afin qu'une discussion contradictoire puisse avoir lieu sur les débours.

Par un mémoire, enregistré le 10 novembre 2023, l'Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes (ONIAM), représenté par Me Ali Saidji, ne s'oppose pas, sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause, à la mesure d'expertise qui sera complétée selon ses observations. Il demande au juge des référés d'ordonner la production d'un pré-rapport et de statuer ce que de droit sur les dépens.

Il expose :

- ne pas reconnaître pour autant un droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale ;

- que l'expert devra rechercher si le dommage allégué est imputable à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins, s'il est consécutif à un accident médical, et dans l'affirmative, de se prononcer sur la fréquence, le caractère habituel ou prévisible de telles conséquences, ainsi que sur les préjudices éventuellement en rapport avec ces dernières.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de sécurité sociale ;

-le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Soli, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise sollicitée :

1 . Aux termes des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2 . Mme E demande au juge des référés de prescrire une expertise médicale afin de déterminer les causes de l'aggravation de son état de santé et les différents préjudices qu'elle a subis en lien avec la pose d'une sonde double J, réalisée au CH de Grasse le 15 mars 2019. Les faits exposés peuvent donner lieu à un litige susceptible de relever de la compétence de la juridiction administrative. L'expertise demandée entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et revêt un caractère utile, il convient, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 de la présente ordonnance au contradictoire du centre hospitalier de Grasse, de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux et de la CPAM du Var.

Sur le dépôt d'un pré-rapport d'expertise :

3 . Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit, ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et de le soumettre préalablement aux parties. S'agissant d'une modalité opérationnelle de l'expertise, il appartient à l'expert désigné d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de l'ONIAM tendant à ce que le juge des référés ordonne la production d'un pré-rapport et sa communication préalable aux parties, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

4 . Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires ".

5 . Il n'appartient au juge des référés de se prononcer sur les dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite, les conclusions présentées par l'ONIAM, relatives aux dépens doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er - Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de Mme A E, de la caisse primaire d'assurance maladie du Var, de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, du centre hospitalier de Grasse et de l'ONIAM.

Article 2 - L'expert aura pour mission :

1') de solliciter la communication de tous documents médicaux et para-médicaux nécessaires à l'accomplissement de sa mission ; de prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical original de Mme E que le CH de Grasse lui communiquera sans délai notamment tous documents relatifs aux examens, soins et à la pose et le retrait de la sonde double J dont elle a fait l'objet à compter de mars 2019, les traitements et les suivis ; il pourra entendre toute personne du service hospitalier lui ayant donné des soins et préciser, le cas échéant, les soins et actes médicaux et chirurgicaux dont il aurait fait l'objet dans d'autres établissements ;

2') d'examiner Mme E, de décrire les soins, interventions et traitements réalisés en lien avec sa prise en charge au CH de Grasse ;

3') de décrire les conditions dans lesquelles Mme E a été prise en charge au CH de Grasse dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si elle a été informée des conséquences normalement prévisibles des actes médicaux pratiqués et si elle a été ainsi mise à même de formuler un consentement éclairé ; préciser si elle a reçu toutes informations sur l'existence de risques, même faibles, de complications susceptibles de se produire et en cas de défaut d'information, rechercher, si faire se peut, dans quel délai une évolution vers des conséquences graves était susceptible d'intervenir si elle refusait de subir dans l'immédiat les actes médicaux réalisés ;

4') de réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales (prévention, diagnostic, choix de la thérapie ..) ou de soins ou des fautes dans l'organisation ou le fonctionnement des services ont été commises lors de sa prise en charge, de rechercher si les dommages subis l'état de santé d requérante résultent d'un manquement des services ou d'un aléa thérapeutique compte tenu de ses antécédents et de son état antérieur ; dans ce cas, préciser les conséquences de cet accident médical et en spécifier leur caractère de gravité au regard de la pathologie initiale du de la requérante et de son évolution prévisible, de l'éventuelle prise d'un traitement antérieur particulier pouvant interférer sur ses lésions à l'origine de la présente expertise ; de déterminer le lien de causalité entre les préjudices subis par Mme E, et les actes médicaux réalisés ;

5°) d'évaluer, le cas échéant :

- l'étendue des préjudices qui en ont résulté à l'exclusion de ceux qui ne seraient que la conséquence normale de l'état pathologique de la victime, antérieur aux interventions du service hospitalier :

· durée du Déficit Temporaire Total ou Partiel,

· date de consolidation de son état de santé,

· pourcentage du Déficit Permanent Partiel,

· troubles dans les conditions d'existence indépendamment ou non de leurs conséquences pécuniaires (préjudice professionnel)

. les importances respectives des souffrances physiques endurées, du préjudice d'agrément, des éventuels préjudices esthétique, sexuel et perte de chance sérieuse de guérison de la pathologie dont elle était atteinte lors de son admission au centre hospitalier ;

- si le centre hospitalier ne devait pas lui apporter d'autres soins ou prescriptions pour éviter la persistance des séquelles qu'elle présente et a présentées ;

6°) de préciser, si besoin est les frais futurs, médicaux ou d'aménagement et si l'état de la victime est susceptible de modification en aggravation ou amélioration : dans l'affirmative, de donner au tribunal toutes précisions utiles sur cette évaluation, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen lui apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel devra y être procédé ;

7°) de dire si malgré son déficit permanent, la victime est au plan médical, physiquement et intellectuellement apte à reprendre dans les conditions antérieures ou autres, les activités qu'elle exerçait avant les interventions ou prises en charges sus-indiquées ; donner tous renseignements sur la nécessité de l'aide d'une tierce personne et, dans ce cas, en définir les conditions ;

8°) de déterminer les débours et frais médicaux en relation directe avec cette éventuelle faute médicale, notamment au vu des relevés à solliciter auprès de l'organisme social, en les distinguant de ceux imputables à l'état initial et de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies, permettant à la juridiction de se prononcer sur les responsabilités et l'étendue des préjudices subis dans le cadre d'un éventuel recours en responsabilité ;

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif. Il est enjoint aux parties, tant demanderesse que défenderesse, dans le délai de huit jours à compter de la demande qui leur en sera adressée par lettre recommandée avec accusé de réception par l'expert, d'avoir à fournir toutes les pièces qu'elles pourraient détenir et dont la production s'avérerait nécessaire à l'accomplissement de la mission ici définie ;

L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif conformément aux prescriptions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative ;

Si, le cas échéant avec l'accord des parties, l'expert prend l'initiative d'une médiation, il devra en aviser le président du tribunal et préserver dans son rapport d'expertise, sa confidentialité.

Article 3 - Est désigné en qualité d'expert :

M. le docteur D C exerçant Clinique St Michel Avenue de l'Orient à Toulon (83100).

Article 4 - L'expert, après avoir prêté serment par écrit, accomplira sa mission conformément aux dispositions des articles R. 621-7 et suivants du code de justice administrative.

Il déposera son rapport dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente décision, accompagné de son état de vacations, frais et honoraires, conformément aux dispositions suivantes de l'article R. 621-9 du code de justice administrative : " Le rapport est déposé au greffe dans les conditions prévues à l'article R.621-6-5 (par v oie électronique). Des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues à l'article R.621-7-3 (par voie électronique).".

Article 5 - Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 - La présente décision sera notifiée Mme E, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var, de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, au centre hospitalier de Grasse, à l'ONIAM et à, M. D C, expert.

Fait à Nice, le 9 août 2024.

signé

Patrick SOLI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

2305415mgf

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