vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2305824 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | VERIGNON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 novembre 2023 sous le n° 2305824 et un mémoire enregistré le 29 décembre 2023, M. C D représenté par Me Leslie Perot-Lerda, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R.532-1 du code de justice administrative, d'ordonner :
1°) une expertise médicale au contradictoire de la Communauté d'agglomération de Cannes Pays de Lérins (CACPL) et de son assureur PNAS Assurances afin de l'examiner et d'évaluer les préjudices qu'il estime avoir subis à la suite d'une chute sur la chaussée le 28 novembre 2019 au Cannet en raison d'une bouche d'égout mal scellée ;
2°) la réserve des dépens ;
3°) le versement par la CACPL et PNAS Assurances, de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) à titre subsidiaire la mise en cause de la commune du Cannet.
Le requérant soutient que :
- alors qu'il marchait aux alentours de midi, sur un trottoir situé au 13 bis Chemin de Garibondy, la bouche d'égout s'est retournée sous ses pieds l'empêchant de se dégager ;
- il a subi un traumatisme des 2 tibias avec plaies ouvertes outre un traumatisme des 2 genoux et a été en arrêt de travail pendant de longs mois ;
- il présente un épisode dépressif majeur dans un contexte de désocialisation et est toujours en soins ;
- il dispose de plusieurs témoignages pour justifier des circonstances de sa chute et les services de la police municipale sont intervenus lors de cette dernière ;
- la responsabilité de la communauté d'agglomération est engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;
- la désignation d'un expert judiciaire est nécessaire afin d'évaluer son entier préjudice ;
- sa compagnie d'assurance SADA avait saisi la commune du Cannet le 23 mai 2022 qui l'avait renvoyée vers la CACPL ;
- le 3 octobre 2022, la PNAS ASSURANCES ne contestait pas son intervention et rappelait à son assureur qu'il appartenait à l'usager victime d'un dommage survenu sur une voie publique de rapporter la preuve d'un lien de causalité.
Par un mémoire en intervention volontaire enregistré le 8 décembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Var qui intervient pour la CPAM des Alpes-Maritimes, représentée par Me Benoît Verignon, indique qu'elle n'est pas en mesure de présenter une créance définitive dans la présente instance et que sa créance provisoire s'élève à 7 927,48 € au titre du poste " Dépenses de Santé actuelles ". Elle s'en rapporte sur la demande d'expertise sollicitée.
Par un mémoire, enregistré le 11 décembre 2023, la communauté d'agglomération Cannes Pays de Lerins (CACPL) et son assureur la société PNAS Assurances, représentés par Me Thomas Pierson demandent au juge des référés :
- à titre principal de prononcer la mise hors de cause de la CACPL, le lieu de la chute du requérant étant un chemin communal ;
- à titre subsidiaire de lui donner acter de ses plus expresses protestations et réserves ;
- en tout état de cause de prononcer la mise hors de cause de la PNAS et de condamner tout succombant à lui verser 500 € à chacun au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu l'ensemble des pièces du dossier
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Soli, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande de mise hors de cause présentées par la CACPL et son assureur PNAS:
1 . La CACPL et son assureur demandent au juge des référées d'ordonner leur mise hors de cause dans la présente instance, au profit de la commune du Cannet, en sa qualité de propriétaire du chemin communal de Garibondy, lieu de l'accident litigieux.
2 . Dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant invoque non pas un défaut d'entretien du chemin communal Garibondy au Cannet, mais celui d'une bouche d'égout, à cause de laquelle il aurait chuté le 28 novembre 2019, dont l'entretien relève de la compétence de la CACPL, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de mise hors de cause formé par la CACPL et son assureur.
Sur la mesure d'expertise sollicitée :
3 . Aux termes des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
4 . M. C D demande au juge des référés de prescrire une expertise médicale afin d'évaluer l'étendue de ses préjudices résultant de la chute sur la chaussée dont il a été victime le 28 novembre 2019 chemin Garibondy au Cannet en raison d'une bouche d'égout mal scellée. Il invoque un défaut d'entretien normal de la voie publique et produit diverses attestations de témoins circulant sur les lieux. La demande d'expertise de M. D tendant à la détermination de ses préjudices entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 du dispositif de la présente ordonnance.
Sur les dépens :
5 . Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires " et aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".
6 . Il n'appartient au juge des référés de se prononcer sur les dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite, les conclusions présentées par le requérant relatives aux dépens doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7 . Aux termes des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
8 . Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite les demandes des parties présentées en ce sens doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er - Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de M. C D, de la CACPL, de PNAS assurances, de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes et de la caisse primaire d'assurance maladie du Var.
Article 2 - L'expert aura pour mission :
1°) d'examiner M. C D et décrire s'il y a lieu un état antérieur à l'accident du 29 décembre 2023 en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur ses lésions ou leurs éventuelles séquelles ;
2°) de prendre connaissance de l'intégralité de son dossier médical afférent à l'accident précité et à ses conséquences ;
3°) de décrire les blessures/éventuelles séquelles présentées par la victime ;
4°) d'évaluer l'étendue des préjudices qui ont résulté de cet accident :
· durée du Déficit Temporaire Total ou Partiel,
· date de consolidation des blessures,
· pourcentage du Déficit Permanent Partiel,
· troubles dans les conditions d'existence indépendamment ou non de leurs conséquences pécuniaires - importances respectives des souffrances physiques endurées, du préjudice d'agrément, du préjudice esthétique et de l'éventuel préjudice sexuel ;
5°) de préciser, si besoin est, les frais futurs, médicaux ou d'aménagement et dire si l'état de la victime est susceptible d'évoluer ;
6°) de déterminer les débours et frais médicaux en relation directe cette éventuelle faute médicale notamment au vu des relevés à solliciter auprès de l'organisme social, en les distinguant de ceux imputables à l'état initial et de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies, permettant à la juridiction de se prononcer sur les responsabilités et l'étendue des préjudices subis dans le cadre d'un éventuel recours en responsabilité ;
L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif. Il est enjoint aux parties, tant demanderesse que défenderesse, dans le délai de huit jours à compter de la demande qui leur en sera adressée par lettre recommandée avec accusé de réception par l'expert, d'avoir à fournir toutes les pièces qu'elles pourraient détenir et dont la production s'avérerait nécessaire à l'accomplissement de la mission ici définie ;
L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif conformément aux prescriptions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative ;
Si, le cas échéant avec l'accord des parties, l'expert prend l'initiative d'une médiation, il devra en aviser le président du tribunal et préserver dans son rapport d'expertise, sa confidentialité.
Article 3 - Est désigné en qualité d'expert :
M. le docteur B A exerçant au 40, boulevard Victor Hugo à Nice (06000).
Article 4 - L'expert, après avoir prêté serment par écrit, accomplira sa mission conformément aux dispositions des articles R. 621-7 et suivants du code de justice administrative.
Il déposera son rapport dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente décision, accompagné de son état de vacations, frais et honoraires, conformément aux dispositions suivantes de l'article R. 621-9 du code de justice administrative : " Le rapport est déposé au greffe dans les conditions prévues à l'article R.621-6-5 (par voie électronique). Des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues à l'article R.621-7-3 (par voie électronique).".
Article 5 - Le surplus des conclusions présenté par les parties est rejeté.
Article 6 - La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, à la Communauté d'agglomération des pays de Lérins, à la PNAS Assurances, à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var et à M. le docteur B A, expert.
Fait à Nice, le 9 août 2024.
signé
C SOLI
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
2305824
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01/06/2026