mardi 13 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2306184 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET CHAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 décembre 2023, sous le n° 2306184, Mme C B née E, représentée par Me David-André Darmon, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R.532-1 du code de justice administrative, d'ordonner :
1°) une expertise médicale afin de déterminer les causes et les conséquences de l'aggravation de son état de santé qu'elle impute à l'intervention chirurgicale réalisée le 23 juin 2023 au centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice et d'évaluer l'étendue de ses préjudices en résultant ;
2°) le dépôt d'un pré-rapport d'expertise ;
3°) le versement par le CHU de Nice de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) la prise en charge des entiers dépens par le CHU de Nice.
Mme B soutient que :
- une lombosciatique gauche depuis plusieurs mois et un caractère hyperalgique depuis quelques jours, a justifié une intervention chirurgicale consistant en une cure de hernie discale L4L5 gauche METRIX réalisée au CHU de Nice ;
- l'examen pré-opératoire a mis en évidence une hernie discale L5 gauche très invalidante sans déficit moteur et l'IRM rachis lombaire sans injection pré-opératoire en date du 2 juin 2023 a révélé une hernie discale L4L5 gauche exclue migrée vers le bas expliquant les symptômes ;
- en post-opératoire, elle a présenté un déficit complet du releveur du pied gauche, avec une réapparition de la lombosciatique gauche ;
- une IRM a mis en évidence une compression résiduelle L4L5 gauche plutôt en faveur d'un fragment herniaire résiduel ou d'une récidive herniaire sans hématome ;
- une reprise en urgence au CHU de Nice a été réalisée le 23 juin 2023 après explication à la patiente des principes, bénéficies et risques ;
- le 26 juin 2023, le CHU de Nice lui a prescrit des soins de kinésithérapie motrice des releveurs du pied gauche, une paire de cannes anglaises et un déambulateur/cadre de marche ;
- le 4 juillet 2023, elle a déposé une demande pour carte mobilité inclusion avec mention invalidité ou priorité et une carte de mobilité inclusions mention stationnement ;
- le 7 juillet 2023, lui a été prescrite une attelle pour un releveur du pied gauche, à porter sans chaussure et le 17 juillet suivant une attelle de relever du pied gauche sur mesure, précisant dans son ordonnance pour un " déficit complet post-op " ;
- une IRM rachis lombaire du 17 juillet 2023 révélait toujours un déficit complet du releveur du pied gauche et une nouvelle récidive herniaire associée à une discopathie Modic 1 L4L5 ;
- le CHU de Nice l'a de nouveau opérée le 4 août 2023 consistant en une exérèse d'une récidive de hernie L4L5 gauche et arthrodèse postérolatérale de type TLIF ;
- le 11 septembre 2023 a été diagnostiquée une pathologie du rachis lombaire avec déficit neurologique du membre inférieur gauche, nécessitant une carte de stationnement pour handicapé et le CHU de Nice lui a prescrit des séances de rééducation du rachis lombaire, de la balnéothérapie et la rééducation du déficit du releveur du pied gauche ;
- depuis elle ne peut plus marcher sans orthèse et subit depuis la première intervention chirurgicale un déficit complet du releveur du pied gauche, sans amélioration qui perturbe son sommeil et la handicape dans tous les gestes de la vie courante l'empêchant de travailler dans son restaurant ;
- il existe un lien de causalité flagrant entre l'intervention chirurgicale du 23 juin 2023 et le
handicap dont elle souffre ;
-seule une expertise judicaire pourra déterminer la faute et se prononcer sur ledit lien de causalité et son état physique et psychologique.
Par un mémoire enregistré le 22 décembre 2023, le CHU de Nice représenté par Me Sophie Chas, ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée dont la mission devra être complétée ainsi :
- préciser si un éventuel manquement aux règles de l'art peut lui être reproché et les préjudices et débours qui en découleraient à l'exclusion de toute conséquence prévisible de la pathologie initiale, de tout état antérieur et de toute cause étrangère ;
- réclamer à l'organisme social un relevé de prestation détaillé des soins liés à la prise en charge litigieuse et définir les débours et frais médicaux imputables au manquement relevé ;
- soit rejetée comme étant prématurée la demande portant sur les frais irrépétibles.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de sécurité sociale ;
-le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Soli, vice-président pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la mesure d'expertise sollicitée :
1 . Aux termes des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
2 . Mme C B née E demande au juge des référés de prescrire une expertise médicale afin de déterminer les causes de l'aggravation de son état de santé et les différents préjudices qu'elle subit à la suite de l'intervention chirurgicale prodiguée le 23 juin 2023 au centre hospitalier universitaire de Nice. Les faits exposés peuvent donner lieu à un litige susceptible de relever de la compétence de la juridiction administrative. L'expertise demandée entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et revêt un caractère utile, il convient, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 de la présente ordonnance au contradictoire du CHU de Nice et des CPAM des Alpes-Maritimes et du Var.
Sur le dépôt d'un pré-rapport d'expertise :
3 . Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit, ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et de le soumettre préalablement aux parties. S'agissant d'une modalité opérationnelle de l'expertise, il appartient à l'expert désigné d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de la requérante tendant à ce que le juge des référés ordonne la production d'un pré-rapport, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
4 . Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires ".
5 . Il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur les dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite, les conclusions présentées par la requérante relatives aux dépens doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6 . Aux termes des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
7 . Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite la demande présentée par la requérante doit être rejetée.
ORDONNE :
Article 1er - Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de Mme C B, de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, de la caisse primaire d'assurance maladie du Var et du CHU de Nice.
Article 2 - L'expert aura pour mission :
1') de solliciter la communication de tous documents médicaux et para-médicaux nécessaires à l'accomplissement de sa mission ; de prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical original de la requérante que le CHU de Nice lui communiquera sans délai notamment tous documents relatifs aux examens, soins et à l'intervention chirurgicale dont elle a fait l'objet le 23 juin 2023, les traitements postopératoires et les suivis ; il pourra entendre toute personne du service hospitalier lui ayant donné des soins et préciser, le cas échéant, les soins et actes médicaux et chirurgicaux dont elle aurait fait l'objet dans d'autres établissements ;
2') d'examiner C B, de décrire les lésions, blessures, soins, interventions et traitements en lien avec l'intervention précitée ;
3') de décrire les conditions dans lesquelles elle a été opérée et prise en charge au CHU de Nice et dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si elle a été informée des conséquences normalement prévisibles des actes médicaux pratiqués et si elle a été ainsi mise à même de formuler un consentement éclairé ; préciser si elle a reçu toutes informations sur l'existence de risques, même faibles, de complications susceptibles de se produire ;
4') de réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales (prévention, diagnostic, choix de la thérapie ..) ou de soins ou des fautes dans l'organisation ou le fonctionnement des services ont été commises lors de sa prise en charge hospitalière, de rechercher si les dommages subis à son état de santé résultent d'un manquement des services ou d'un aléa thérapeutique compte tenu de ses antécédents et de son état antérieur ; dans ce cas, préciser les conséquences de cet accident médical et en spécifier leur caractère de gravité au regard de la pathologie initiale de la requérante et de son évolution prévisible, de l'éventuelle prise d'un traitement antérieur particulier pouvant interférer sur ses lésions à l'origine de la présente expertise ; de déterminer le lien de causalité entre les préjudices subis par la requérante et les actes médicaux réalisés ;
5°) d'évaluer, le cas échéant :
- l'étendue des préjudices qui en ont résulté à l'exclusion de ceux qui ne seraient que la conséquence normale de l'état pathologique de la victime, antérieur aux interventions du service hospitalier :
· durée du Déficit Temporaire Total ou Partiel,
· date de consolidation de son état de santé,
· pourcentage du Déficit Permanent Partiel,
· troubles dans les conditions d'existence indépendamment ou non de leurs conséquences pécuniaires (préjudice professionnel)
. les importances respectives des souffrances physiques endurées, du préjudice d'agrément, des éventuels préjudices esthétique, sexuel et perte de chance sérieuse de guérison de la pathologie dont il (elle) était atteint(e) lors de son admission au centre hospitalier ;
- si le centre hospitalier ne devait pas lui apporter d'autres soins ou prescriptions pour éviter la persistance des séquelles qu'elle présente ;
6°) de préciser, si besoin est les frais futurs, médicaux ou d'aménagement et si l'état de la victime est susceptible de modification en aggravation ou amélioration : dans l'affirmative, de donner au tribunal toutes précisions utiles sur cette évaluation, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen lui apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel devra y être procédé ;
7°) de dire si malgré son déficit permanent, la victime est au plan médical, physiquement et intellectuellement apte à reprendre dans les conditions antérieures ou autres, les activités qu'elle exerçait avant l'intervention ou prises en charges sus-indiquées ; donner tous renseignements sur la nécessité de l'aide d'une tierce personne et, dans ce cas, en définir les conditions ;
8°) de déterminer les débours et frais médicaux en relation directe avec cette éventuelle faute médicale, notamment au vu des relevés à solliciter auprès de l'organisme social, en les distinguant de ceux imputables à l'état initial et de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies, permettant à la juridiction de se prononcer sur les responsabilités et l'étendue des préjudices subis dans le cadre d'un éventuel recours en responsabilité ;
L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif. Il est enjoint aux parties, tant demanderesse que défenderesse, dans le délai de huit jours à compter de la demande qui leur en sera adressée par lettre recommandée avec accusé de réception par l'expert, d'avoir à fournir toutes les pièces qu'elles pourraient détenir et dont la production s'avérerait nécessaire à l'accomplissement de la mission ici définie ;
L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif conformément aux prescriptions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative ;
Si, le cas échéant avec l'accord des parties, l'expert prend l'initiative d'une médiation, il devra en aviser le président du tribunal et préserver dans son rapport d'expertise, sa confidentialité.
Article 3 - Est désigné en qualité d'expert :
M. le docteur A D, exerçant à l'hôpital d'instruction des armées Ste Anne Service de neurochirurgie BP 600 à Toulon (83800) Cedex 09.
Article 4 - L'expert, après avoir prêté serment par écrit, accomplira sa mission conformément aux dispositions des articles R. 621-7 et suivants du code de justice administrative.
Il déposera son rapport dans un délai de douze mois à compter de la notification de la présente décision, accompagné de son état de vacations, frais et honoraires, conformément aux dispositions suivantes de l'article R. 621-9 du code de justice administrative : " Le rapport est déposé au greffe dans les conditions prévues à l'article R.621-6-5 (par v oie électronique). Des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues à l'article R.621-7-3 (par voie électronique).".
Article 5 - Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 - La présente décision sera notifiée Mme C B, à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var, au CHU de Nice et à, M. le docteur A D, expert.
Fait à Nice, le 13 août 2024.
signé
Patrick SOLI
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
2306184mgf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026