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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2306215

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2306215

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2306215
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2023, Mme C A B, représentée par Me Garnier, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de procéder, d'une part, dans un délai de vingt-quatre heures et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et à la délivrance d'un récépissé assorti d'une autorisation de travail, et d'autre part, dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de procéder tant à l'instruction de sa demande de titre de séjour qu'à la notification de la décision prise sur cette demande ;

2°) d'ordonner au préfet des Alpes-Maritimes, à titre subsidiaire, d'une part, de lui délivrer, dans un délai de vingt-quatre heures et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, une convocation en vue d'un rendez-vous lui permettant de déposer sa demande de titre de séjour, et d'autre part, de fixer ledit rendez-vous dans le délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition relative à l'urgence est remplie, compte tenu des conséquences qu'a sur sa situation la carence du préfet des Alpes-Maritimes dans l'instruction de sa demande de délivrance de carte de résident ;

- les mesures sollicitées présentent un caractère d'utilité dans la mesure où ses relances auprès de l'administration sont restées sans réponse et que sa convocation par les services de la préfecture des Alpes-Maritimes lui permettrait, notamment, de faire enregistrer sa demande de titre de séjour, de se voir délivrer le récépissé de celle-ci et, par conséquent, de conserver le bénéfice de son activité professionnelle (pour laquelle elle doit se rendre à l'étranger le 29 décembre 2023) ;

- les mesures sollicitées ne font obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative ;

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande () ". L'article R. 431-14 du même code énumère les cas dans lesquels le récépissé de demande de titre de séjour vaut autorisation de travail. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour a le droit, s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour.

3. Mme A B, ressortissante canadienne née en 1959, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de procéder, d'une part, à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et à la délivrance d'un récépissé assorti d'une autorisation de travail, et d'autre part, de procéder à l'instruction de sa demande et à la notification de la décision prise sur ladite demande. Elle demande, à titre subsidiaire, qu'il soit ordonné au préfet des Alpes-Maritimes, d'une part, de lui délivrer une convocation en vue d'un rendez-vous lui permettant de déposer sa demande de titre de séjour, et d'autre part, de fixer ledit rendez-vous dans le délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

4. Il résulte de l'instruction que Mme A B, titulaire d'un visa long séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 20 décembre 2023, soutient avoir tenté à plusieurs reprises, de façon tant dématérialisée que par voie postale, de solliciter une carte de résident auprès des services de la préfecture des Alpes-Maritimes. Premièrement, pour justifier du caractère urgent de la mesure qu'elle sollicite, l'intéressée soutient que la carence du préfet des Alpes-Maritimes dans l'instruction du dossier dont ce dernier a accusé réception le 22 septembre 2023 la place dans une situation précaire, notamment d'un point de vue professionnel, dans la mesure où elle allègue devoir se déplacer à l'étranger dans le cadre de son activité. S'il résulte de l'instruction que la requérante était, à la date de l'introduction de la requête, en possession d'un visa long séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 20 décembre 2023, il est constant qu'il allait ainsi expirer moins de dix jours après cette introduction. Elle justifie dès lors du caractère urgent de la mesure qu'elle sollicite. Deuxièmement, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation de l'étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et à y travailler, la détention du récépissé de demande de titre de séjour sollicité, et nonobstant la durée, relativement courte à la date de la présente ordonnance, de la situation précaire ainsi imposée à la requérante, il doit être considéré que sa demande présente un caractère d'utilité, notamment afin de lui permettre de voyager à l'étranger dans le cadre de son activité professionnelle. En outre, il ne ressort pas de l'instruction que le prononcé de la mesure sollicitée par l'intéressée ferait obstacle à l'exécution d'une quelconque décision administrative. Enfin, le récépissé de la demande de la requérante, visé par les dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, peut être assorti d'une autorisation de travail.

5. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à demander qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer ledit document à l'intéressée, dans le délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions formées par la requérante au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme A B, dans le délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance, un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice, le 29 janvier 2024.

Le juge des référés,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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