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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2400055

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2400055

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2400055
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2024, le préfet des Alpes-Maritimes demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de la famille D (M. E A, Mme F C et leurs enfants) du logement qu'elle occupe au sein de l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA), sis 2 rue Saint-Sébastien à l'Escarène (06440), géré par la fondation de Nice PSP-Actes ;

2°) le cas échéant, d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile afin de débarrasser les lieux des biens mobiliers s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la famille se maintient indûment dans le logement ; son maintien fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile ;

- la sortie des personnes en présence indue présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile, un caractère d'urgence et d'utilité ;

- ses demandes d'asile ayant été définitivement rejetées, la famille D occupe sans droit ni titre un logement et son expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, M. A et Mme C, représentés par Me Patricia Cohen, concluent à leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du préfet des Alpes-Maritimes une somme de 1 200 euros au titre de l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse ;

- cette mesure ne répond pas aux exigences d'urgence et d'utilité.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Soli, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 janvier 2024 :

- le rapport de M. Soli, juge des référés,

- les observations de M. B, représentant le préfet des Alpes-Maritimes ;

- et les observations de Me Cohen, représentant M. A et Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, le préfet des Alpes-Maritimes demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de la famille D du logement qu'elle occupe au sein de l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA), sis 2 rue Saint-Sébastien à l'Escarène (06440), géré par la fondation de Nice PSP-Actes, si besoin avec le concours de la force publique, et de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile afin de débarrasser les lieux des biens mobiliers s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et compte tenu de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A et Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

5. Aux termes de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code ". Aux termes de l'article L. 552-2 de ce code : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code, applicable aux lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile qui accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

6. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit, dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

7. Il résulte de l'instruction que M. A et Mme C, ressortissants russes nés respectivement en 1983 et 1992, sont entrés en France le 25 août 2019 accompagnés de leur premier enfant né en 2015 en Russie, qu'ils s'y sont maintenus jusqu'alors et ont eu deux autres enfants nés en 2020 et 2023 à Nice. Par une décision du 9 mars 2020, l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a admis les intéressés au sein d'un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA). Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions rendues le 28 septembre 2021 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décisions annulées le 19 juillet 2022 par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) qui a accordé à cette famille le bénéfice de la protection internationale. C'est à ce titre que la famille s'est vu proposer, le 20 juillet 2023, une proposition de logement, laquelle a été refusée par cette dernière dans des circonstances ayant conduit la fondation de Nice PSP-Actes à notifier à cette famille, le 27 juillet suivant, un courrier d'exclusion faisant suite à une agression verbale à l'encontre d'un professionnel du domaine asile et insertion de ladite fondation et laissant à M. A, Mme C et leurs enfants un délai de quinze jours pour quitter l'hébergement qu'ils occupent. Par un courrier du 10 octobre 2023, l'OFII a mis fin au bénéfice de cet hébergement. Malgré la mise en demeure du préfet des Alpes-Maritimes du 30 octobre 2023, dont les intéressés ont accusé réception le 7 novembre suivant, de quitter les lieux dans un délai de quinze jours, la famille D se maintient toujours dans les locaux du centre d'hébergement. Si les requérants soutiennent que l'urgence ne saurait être constituée dès lors qu'un seul logement leur a été proposé et ce dans un quartier qu'ils estiment dangereux, ils n'établissement aucunement le caractère supposément dangereux du quartier en question. Par ailleurs, la libération des lieux demandée par le préfet présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département des Alpes-Maritimes, un caractère d'urgence et d'utilité, sans qu'y fasse obstacle la situation personnelle et familiale de M. A et Mme C. La présence à leurs côtés de trois enfants ne peut suffire à caractériser l'existence d'une situation de particulière vulnérabilité faisant obstacle à l'éviction de cette famille du lieu d'hébergement indûment occupé.

8. Ainsi il résulte de l'ensemble des circonstances exposées que la mesure demandée par le préfet des Alpes-Maritimes ne se heurte à aucune contestation sérieuse et n'est susceptible de faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

9. Compte tenu de tout ce qui précède, il y a lieu de faire injonction à M. A et Mme C, ainsi qu'à tous autres occupants de leur chef, de quitter le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent et, en cas d'inexécution de cette mesure dans le mois suivant la notification de la présente ordonnance, d'autoriser le préfet des Alpes-Maritimes à procéder à leur expulsion d'office, le cas échéant avec le concours de la force publique et à donner toutes instructions nécessaires à la fondation de Nice PSP-Actes afin d'évacuer, aux frais des intéressés, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante à titre principal, la somme dont M. A et Mme C demandent le versement au profit de leur conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A et Mme C sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à M. A et Mme C, ainsi qu'à tous autres occupants de leur chef, de libérer le logement qu'ils occupent au sein de l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA), sis 2 rue Saint-Sébastien à l'Escarène (06440), géré par la fondation de Nice PSP-Actes.

Article 3 : Faute pour M. A et Mme C et tous occupants de leur chef d'avoir volontairement quitté les lieux dans le mois suivant la notification de la présente ordonnance, le préfet des Alpes-Maritimes pourra faire procéder à leur expulsion par les moyens légaux de son choix, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 4 : Le préfet des Alpes-Maritimes est autorisé à donner toutes instructions à la fondation de Nice PSP-Actes à l'effet d'évacuer, aux frais de M. A et Mme C, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place.

Article 5 : Le surplus des conclusions de M. A et Mme C est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. E A et à Mme F C et à Me Cohen.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes, à la fondation de Nice PSP-Actes et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice, le 29 janvier 2024.

Le juge des référés,

signé

P. Soli

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou, par délégation la greffière,

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