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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2400266

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2400266

vendredi 23 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2400266
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCABINET CHAS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en référé, a été saisi par Mme A D d'une demande d'expertise médicale visant à déterminer les causes et l'étendue des préjudices résultant d'une aggravation de son état de santé après une intervention chirurgicale (cure de cystocèle et hystérectomie) réalisée le 3 avril 2023 au centre hospitalier Simone Veil de Cannes, au cours de laquelle un sectionnement de l'uretère a été constaté. Le tribunal a fait droit à la demande d'expertise sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, considérant que la mesure présentait un caractère utile pour éclairer les responsabilités éventuelles. Il a également pris acte du désistement de Mme D concernant sa demande de provision, celle-ci ayant été présentée par une requête distincte. Les conclusions relatives aux frais irrépétibles et aux dépens ont été réservées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 janvier 2024 et un mémoire enregistré le 19 août 2024, sous le n° 2400266, Mme A D, représentée par Me Julien Ceppodomo, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R.532-1 du code de justice administrative, d'ordonner :

1°) la désignation d'un expert urologue afin de déterminer les causes et les conséquences de l'aggravation de son état de santé qu'elle impute à l'intervention chirurgicale qu'elle a subie le 3 avril 2023 au centre hospitalier (CH) Simone Veil de Cannes et d'évaluer l'étendue de ses préjudices en résultant ;

2°) la mise en cause de l'assureur du centre hospitalier la société RELYENS MUTUAL INSURANCE ;

3°) le dépôt d'un pré-rapport d'expertise ;

4°) le versement par le CH de Cannes d'une provision de 50 000 € à valoir sur son indemnisation totale ;

5°) le paiement des dépens par le CH de Cannes ;

6°) le versement par le CH de Cannes de la somme de 1.500 €, sur le fondement de l'article L. 761-1 du Code de Justice Administrative.

Mme D soutient que :

- dès le lendemain de l'intervention qui consistait en une cure de cystocèle et hystérectomie, elle a présenté des douleurs lombaires gauches ;

- un scanner abdomino-pelvien a mis en évidence une dilatation pyélocalicielle bilatérale avec infiltration périrénale gauche très importante et plage liquidienne pariétocolique gauche ;

- le 5 avril 2023, a été pratiquée une intervention chirurgicale de reprise révélant un sectionnement de l'uretère, et nécessitant une réimplantation urétéro vésicale à gauche et une anastomose par sondes JJ ;

- elle a ensuite présenté durant plusieurs jours des douleurs abdominales, constipation, urines hématiques, pertes sanglantes vaginales, et zona fessier ;

- elle a conservé des problèmes de vidange vésicale, ainsi que des symptômes en rapport avec les sondes JJ, la position assise lui était déconseillée et un traitement médicamenteux lui a été prescrit ;

- le 24 avril 2023, a été mis en évidence un hématome collecté dans la région cicatricielle ;

-elle a ensuite présenté une petite dysesthésie de la face externe, une déprime et des troubles du sommeil, ainsi que des douleurs au niveau ovarien ;

-les douleurs abdominales ont persisté malgré des séances de massages de la cicatrice abdominale, un traitement médicamenteux, et des séances de rééducation abdominale ;

- une expertise amiable a mis en évidence une cicatrice disgracieuse et un relâchement de la paroi abdominale (hypotonie abdominale définitive) entraînant une méralgie paresthétique du nerf fémoral antérieur gauche, à l'origine d'une absence de sensations sur la cuisse gauche ;

- une médiation s'est tenue le 26 mai 2023, au cours de laquelle il lui a été conseillé de saisir la

Commission de Conciliation et d'Indemnisation, cette dernière ayant déclaré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour la saisir ;

- 4 décembre 2023, le CH de Cannes a estimé qu'aucune faute médicale n'a été commise, et que sa responsabilité ne pouvait pas être engagée, ce qui justifie l'utilité de la présente demande d'expertise contradictoire.

Par un mémoire, enregistré le 13 février 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Var qui intervient pour la CPAM des Alpes-Maritimes, indique qu'elle n'est pas en mesure de présenter une créance définitive dans la présente instance et que Mme D a été prise en charge au titre du risque maladie, dans l'accident médical en litige. Le montant provisoire de ses débours se montant à 1 302,65 €.

Par un mémoire enregistré le 16 février 2024, le CH de Cannes et son assureur Relyens, représentés par Me A Chas ;

1°) ne s'opposent pas à l'expertise sollicitée dont la mission devra être complétée ainsi :

- préciser si un éventuel manquement aux règles de l'art, retard de diagnostic, peuvent lui être reprochés et les préjudices et débours qui en découleraient à l'exclusion de toute conséquence prévisible de la pathologie initiale, de tout état antérieur et de toute cause étrangère ;

- se prononcer sur une éventuelle perte de chance et son évaluation ;

2°) demandent au juge des référés de rejeter :

. la demande de provision comme n'étant pas présentée par une requête distincte ;

. les demandes portant sur les frais irrépétibles et les dépens comme étant prématurées.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de sécurité sociale ;

-le code de justice administrative.

Vu la décision par la laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Gilles Taormina, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions de Mme D tendant à l'allocation d'une provision :

1 . Il résulte de l'instruction qu'à la suite du courrier du greffe en date du 14 août 2024, adressé au conseil du requérant, l'invitant à présenter ses conclusions aux fins de versement d'une provision par requête distincte, ce dernier a présenté une requête en référé provision, enregistrée le 19 août 2024, sous le n° 2404575. Dans ces conditions, Mme D doit être regardée comme s'étant désisté de ses conclusions à fin de provision dans le cadre de la présente instance, dès lors, il peut être donné acte de ce désistement partiel, qui est pur et simple.

Sur la mesure d'expertise sollicitée :

2 . Aux termes des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

3. Mme D demande au juge des référés d'ordonner une expertise médicale afin de déterminer les causes de l'aggravation de son état de santé et les différents préjudices qu'elle subit à la suite de l'intervention chirurgicale prodiguée le 3 avril 2023 au CH Simone Veil de Cannes. Les faits exposés peuvent donner lieu à un litige susceptible de relever de la compétence de la juridiction administrative. L'expertise demandée entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et revêt un caractère utile, il convient, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 3 de la présente ordonnance au contradictoire du CH de Cannes, de son assureur Relyens Mutual insurance et des CPAM des Alpes-Maritimes et du Var.

Sur le dépôt d'un pré-rapport d'expertise :

4 . Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit, ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée. S'agissant d'une modalité opérationnelle de l'expertise, il appartient à l'expert désigné d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de la requérante tendant à ce que le juge des référés ordonne la production d'un pré-rapport, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

5 . Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires ".

6 . Il n'appartient pas au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Par suite, les conclusions présentées par la requérante relatives aux dépens doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7 . Aux termes des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite la demande de la requérante présentée sur ce fondement doit être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er - Il est donné acte du désistement des conclusions à fin de provision de Mme A D.

Article 2 - Il est ordonné une expertise contradictoire en présence de Mme D, de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, de la caisse primaire d'assurance maladie du Var, du centre hospitalier de Cannes et de son assureur la société relyens mutual insurance.

Article 3 - L'expert aura pour mission :

1') de solliciter la communication de tous documents médicaux et para-médicaux nécessaires à l'accomplissement de sa mission ; de prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical original de la requérante que le CH de Cannes lui communiquera sans délai notamment tous documents relatifs aux examens, soins et à l'intervention chirurgicale dont elle a fait l'objet le 3 avril 2023, les traitements postopératoires et les suivis ; il pourra entendre toute personne du service hospitalier lui ayant donné des soins et préciser, le cas échéant, les soins et actes médicaux et chirurgicaux dont elle aurait fait l'objet dans d'autres établissements ;

2') d'examiner la requérante, de décrire les lésions, blessures, soins, interventions et traitements réalisés en lien avec l'intervention précitée ;

3') de décrire les conditions dans lesquelles elle a été opérée et prise en charge au centre hospitalier de Cannes et dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si elle a été informée des conséquences normalement prévisibles des actes médicaux pratiqués et si elle a été ainsi mise à même de formuler un consentement éclairé ; préciser si elle a reçu toutes informations sur l'existence de risques, même faibles, de complications susceptibles de se produire et en cas de défaut d'information, rechercher, si faire se peut, dans quel délai une évolution vers des conséquences graves était susceptible d'intervenir si la patiente refusait de subir dans l'immédiat l'intervention précitée ;

4') de réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales (prévention, diagnostic, choix de la thérapie ..) ou de soins ou des fautes dans l'organisation ou le fonctionnement des services ont été commises lors de sa prise en charge hospitalière, de rechercher si les dommages subis à son état de santé résultent d'un manquement des services ou d'un aléa thérapeutique compte tenu de ses antécédents et de son état antérieur ; dans ce cas, préciser les conséquences de cet accident médical et en spécifier leur caractère de gravité au regard de la pathologie initiale de la requérante et de son évolution prévisible, de l'éventuelle prise d'un traitement antérieur particulier pouvant interférer sur ses lésions à l'origine de la présente expertise ; de déterminer le lien de causalité entre les préjudices subis par la requérante, et les actes médicaux réalisés ;

5°) d'évaluer, le cas échéant :

- l'étendue des préjudices qui en ont résulté à l'exclusion de ceux qui ne seraient que la conséquence normale de l'état pathologique de la victime, antérieur aux interventions du service hospitalier :

· durée du Déficit Temporaire Total ou Partiel,

· date de consolidation de son état de santé,

· pourcentage du Déficit Permanent Partiel,

· troubles dans les conditions d'existence indépendamment ou non de leurs conséquences pécuniaires (préjudice professionnel)

. les importances respectives des souffrances physiques endurées, du préjudice d'agrément, des éventuels préjudices esthétique, sexuel et perte de chance sérieuse de guérison de la pathologie dont elle était atteinte lors de son admission au centre hospitalier ;

- si le centre hospitalier ne devait pas lui apporter d'autres soins ou prescriptions pour éviter la persistance des éventuelles séquelles qu'elle présente et a présentées ;

6°) de préciser, si besoin est les frais futurs, médicaux ou d'aménagement et si l'état de la victime est susceptible de modification en aggravation ou amélioration : dans l'affirmative, de donner au tribunal toutes précisions utiles sur cette évaluation, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen lui apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel devra y être procédé ;

7°) de dire si malgré son déficit permanent, la victime est au plan médical, physiquement et intellectuellement apte à reprendre dans les conditions antérieures ou autres, les activités qu'elle exerçait avant les interventions ou prises en charges sus-indiquées ; donner tous renseignements sur la nécessité de l'aide d'une tierce personne et, dans ce cas, en définir les conditions ;

8°) de déterminer les débours et frais médicaux en relation directe avec cette éventuelle faute médicale, notamment au vu des relevés à solliciter auprès de l'organisme social, en les distinguant de ceux imputables à l'état initial et de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies, permettant à la juridiction de se prononcer sur les responsabilités et l'étendue des préjudices subis dans le cadre d'un éventuel recours en responsabilité ;

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif. Il est enjoint aux parties, tant demanderesse que défenderesse, dans le délai de huit jours à compter de la demande qui leur en sera adressée par lettre recommandée avec accusé de réception par l'expert, d'avoir à fournir toutes les pièces qu'elles pourraient détenir et dont la production s'avérerait nécessaire à l'accomplissement de la mission ici définie ;

L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif conformément aux prescriptions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative ;

Si, le cas échéant avec l'accord des parties, l'expert prend l'initiative d'une médiation, il devra en aviser le président du tribunal et préserver dans son rapport d'expertise, sa confidentialité.

Article 4 - Est désigné en qualité d'expert :

M. le docteur C B exerçant à la clinique St Michel avenue d'Orient à Toulon (83100)

Article 5 - L'expert, après avoir prêté serment par écrit, accomplira sa mission conformément aux dispositions des articles R. 621-7 et suivants du code de justice administrative.

Il déposera son rapport dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente décision, accompagné de son état de vacations, frais et honoraires, conformément aux dispositions suivantes de l'article R. 621-9 du code de justice administrative : " Le rapport est déposé au greffe dans les conditions prévues à l'article R.621-6-5 (par v oie électronique). Des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues à l'article R.621-7-3 (par voie électronique).".

Article 6 - Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 - La présente décision sera notifiée Mme A D, à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var, au centre hospitalier de Cannes, à la compagnie Relyens mutual insurance et à M. le docteur C B, expert.

Fait à Nice, le 23 août 2024.

Signé

Gilles TAORMINA

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

2400266mgf

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