mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2400583 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M d'IZARN de VILLEFORT |
| Avocat requérant | CABINET SZEPETOWSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une saisine et un mémoire, enregistrés les 2 février et 21 octobre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes défère au tribunal, comme prévenue d'une contravention de grande voirie, la société à responsabilité limitée (SARL) Castel Plage, et conclut à ce que le tribunal :
1°) constate que les faits établis par le procès-verbal constituent la contravention prévue et réprimée par les articles L. 2122-1, L. 2132-2, L. 2132-3, et L. 2132-26 à 28 du code général de la propriété des personnes publiques et condamne par suite la SARL Castel Plage au paiement de l'amende maximale prévue par la loi et au remboursement de la somme de 143,14 euros correspondant aux frais d'établissement du procès-verbal et des frais annexes engagés par l'administration ;
2°) ordonne le retour aux emprises de la concession de plage telles que validées dans le dossier de la concession approuvée par arrêté préfectoral du 26 novembre 2019, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) autorise l'administration à se substituer à la contrevenante aux frais de celle-ci en cas de non-exécution.
Il soutient que le maintien d'un enrochement d'une longueur de 83 m sur le rivage de la mer, à 3 m au-delà de la limite de la concession approuvée par arrêté préfectoral du 26 novembre 2019, est constitutif d'une contravention de grande voirie en application des articles L. 2122-1, L. 2132-2, L. 2132-3, et L. 2132-26 à 28 du code général de la propriété des personnes publiques.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, la SARL Castel Plage, représentée par Me Szepetowski, conclut à sa relaxe et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la présence de l'enrochement litigieux ne résulte pas de son fait alors que l'administration en a préconisé le maintien ;
- la localisation de l'enrochement varie en fonction de l'action de la mer.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le procès-verbal de contravention de grande voirie du 11 décembre 2023 ;
- le certificat constatant la notification du procès-verbal, comportant invitation à produire une défense écrite.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code pénal ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné M. d'Izarn de Villefort pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 774-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. d'Izarn de Villefort,
- les conclusions de M. Myara, rapporteur public,
- et les observations de Mme A, représentant le préfet des Alpes-Maritimes, et de Me Szepetowski, représentant la SARL Castel Plage.
Une note en délibéré, présentée par la SARL Castel Plage, a été enregistrée le 24 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet des Alpes-Maritimes défère au tribunal, comme prévenue d'une contravention de grande voirie, la SARL Castel Plage pour maintenir sans droit ni titre sur le domaine public maritime un enrochement d'une longueur de 83 m sur le rivage de la mer à Nice.
Sur l'action publique :
2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. ". Aux termes de l'article L. 2124-2 du même code : " En dehors des zones portuaires et industrialo-portuaires, et sous réserve de l'exécution des opérations de défense contre la mer et de la réalisation des ouvrages et installations nécessaires à la sécurité maritime, à la défense nationale, à la pêche maritime, à la saliculture et aux cultures marines, il ne peut être porté atteinte à l'état naturel du rivage de la mer, notamment par endiguement, assèchement, enrochement ou remblaiement, sauf pour des ouvrages ou installations liés à l'exercice d'un service public ou l'exécution d'un travail public dont la localisation au bord de mer s'impose pour des raisons topographiques ou techniques impératives et qui ont donné lieu à une déclaration d'utilité publique. () ".
3. Comme déjà mentionné au point 1, un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé, le 11 décembre 2023, à l'encontre de la SARL Castel Plage, sous-concessionnaire du lot n° 15 en vertu d'une convention conclue le 2 janvier 2020, pour avoir maintenu sans droit ni titre un enrochement d'une longueur de 83 m sur le rivage de la mer, à Nice, à 3 m au-delà de la limite de la concession accordée par l'Etat à la métropole Nice Côte d'azur approuvée par arrêté préfectoral du 26 novembre 2019.
4. En premier lieu, la personne susceptible d'être poursuivie est soit celle qui a commis ou pour le compte de laquelle a été commise l'action qui est à l'origine de l'infraction soit celle sous la garde de laquelle se trouvait l'objet qui a été la cause de la contravention.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du reportage photographique, daté du 2 novembre 2023, annexé au procès-verbal de contravention de grande voirie, qu'un enrochement a été posé sur une longueur de 83 m parallèlement à la limite côté mer du lot n° 15 dont la SARL Castel Plage est titulaire. A l'extrémité est du lot, l'enrochement a permis le comblement par des galets de l'espace entre celui-ci et la limite du lot, pour une superficie d'environ 60 m2. Il est constant que cette société n'a pas été autorisée à procéder à ces travaux. Elle a reconnu, dans sa réponse à la mise en demeure qui lui avait été adressée le 21 juin 2021, que cet enrochement est antérieur à la conclusion du sous-traité d'exploitation dont elle bénéficie actuellement et qu'elle a rétabli l'organisation des blocs rocheux, qui s'étaient dispersés au fil de l'action de la mer. Les photographies font d'ailleurs apparaître la présence d'autres blocs sur le lot de plage même. L'article 5 du cahier des charges de la concession de la plage de Nice accordée par l'Etat à la métropole Nice Côte d'azur stipule qu'il revient à celle-ci d'assurer la conservation et la maintenance de la plage dans les mêmes dimensions que celles existantes à la date de la prise de concession, notamment par l'apport de galets ou " engraissement ", après autorisation de l'Etat au titre de la législation sur l'eau. Ni ce document, ni aucun autre élément ne révèlent que le concessionnaire actuel ou la ville de Nice, concessionnaire précédent, auraient en outre procédé non seulement à un apport de galets mais également à la pose d'un enrochement longitudinal, c'est-à-dire parallèlement au rivage, et qu'une autorisation aurait été délivrée à cette effet par le préfet des Alpes-Maritimes. Il n'est pas non plus établi que les blocs qui se trouvent à l'extrémité est du lot, entreposés en réserve au bas du mur de soutènement ou immergés sur le rivage, auraient été apportés par l'association qui exploitait antérieurement cette partie du lot et auraient fait l'objet d'une autorisation de l'Etat. Si la SARL Castel Plage n'est pas propriétaire de l'ensemble de ces blocs rocheux, elle les a regroupés ou alignés. Elle dispose de leur garde effective au droit du lot dont elle est titulaire et des pouvoirs lui permettant de prendre toutes dispositions pour faire cesser l'atteinte portée au domaine public maritime, et ce, à supposer même qu'elle ne soit pas à l'origine de leur dépôt. En raison du maintien sans autorisation de ces blocs et de l'atteinte portée à l'état naturel du rivage de la mer, cette emprise constitue une contravention aux prescriptions des articles L. 2122-1 et L. 2124-2 du code général de la propriété des personnes publiques.
6. En deuxième lieu, lorsque le juge administratif est saisi d'un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement décharger le contrevenant de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public qu'au cas où le contrevenant produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure. En outre, tant l'action publique que l'action domaniale peuvent être exercées contre tout aménagement, ouvrage ou dépôt de matériaux effectué sans autorisation préalable de la puissance publique sur le domaine public maritime, indépendamment de sa finalité.
7. D'une part, la SARL Castel Plage produit l'étude hydrodynamique des houles élaborée dans le cadre d'une demande de permis de construire présentée par elle en 2021 pour l'implantation du restaurant de plage. Cette étude préconise le maintien d'un enrochement localisé au droit et près de cet établissement, et donc à l'intérieur du lot, dès lors que ce dispositif contribue efficacement à réduire l'érosion des galets et à dissiper l'énergie des jets de rive. Il ne ressort pas du contenu de cette même étude, qui se réfère aux termes de l'avenant n° 2 à la concession de plage accordée à la métropole Nice Côte d'azur, que le maintien de ce dernier enrochement ou de l'enrochement litigieux présent en dehors des limites du lot aurait été préconisé par l'administration. D'autre part, si l'importance de la couche de galets retenus par la présence de l'enrochement, notamment à l'est du lot, varie en fonction de l'action de la mer, la présence de ces blocs rocheux, bien que ceux-ci ne soient pas apparents en permanence et que leur emplacement puisse évoluer du fait également de l'action de la mer, résulte du fait de l'homme et non pas d'un phénomène naturel. Par suite, la SARL Castel Plage, qui ne peut utilement se prévaloir de l'intérêt de l'enrochement pour conserver une profondeur suffisante de la plage en limitant l'érosion, n'est pas davantage fondée à opposer l'existence d'un cas de force majeure ou d'un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal (). ". Aux termes de l'article 131-13 du code pénal : " () le montant de l'amende est le suivant : () 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la cinquième classe () ".
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la persistance des faits sur plusieurs saisons, de condamner la SARL Castel Plage au paiement d'une amende de 1 000 euros, ainsi qu'au paiement des frais du procès-verbal susvisé qui s'élèvent à la somme non contestée de 143,14 euros.
Sur l'action domaniale :
10. Il y a lieu de condamner la SARL Castel Plage à remettre sans délai les lieux en état et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 400 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 6 mois suivant la notification du présent jugement. A l'expiration de ce délai, l'administration pourra procéder d'office à cette libération aux frais et risques de la contrevenante en cas d'inexécution.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL Castel Plage demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La SARL Castel Plage est condamnée à payer une amende de 1 000 euros.
Article 2 : La SARL Castel Plage est condamnée au paiement des frais du procès-verbal susvisé.
Article 3 : La SARL Castel Plage devra, sous le contrôle de l'administration, remettre sans délai, si elle ne l'a déjà fait, les lieux en l'état, sous peine d'une astreinte de 400 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 6 mois suivant la notification du présent jugement.
Article 4 : En cas d'inexécution par l'intéressée, passé un délai de 6 mois après la notification du présent jugement, l'administration est autorisée à procéder d'office, aux frais du contrevenant, à la remise en état des lieux.
Article 5 : Les conclusions de la SARL Castel Plage présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera adressé au préfet des Alpes-Maritimes pour notification à la la société à responsabilité limitée (SARL) Castel Plage dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P. d'IZARN de VILLEFORT La greffière,
signé
L. BIANCHI
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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01/06/2026