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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2401388

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2401388

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2401388
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantOLOUMI AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2024, M. C D et Mme A B, représentés par Me Oloumi, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, outre de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1°) d'enjoindre au directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration de l'admettre, avec son épouse et leurs enfants, dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) à défaut : d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de les prendre en charge dans le cadre de l'hébergement d'urgence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat et de l'office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros, à verser à leur conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est établie, compte tenu de la situation de particulière vulnérabilité de leur foyer familial, composé de deux enfants mineurs, étant sans hébergement et sans ressources ;

- l'absence d'hébergement (alors que leur vulnérabilité n'a pas été évaluée par l'OFII) porte une atteinte grave et manifestement illégale aux exigences qui découlent du droit d'asile, lequel constitue une liberté fondamentale ;

- l'absence d'hébergement d'urgence porte par ailleurs une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence, lequel constitue également une liberté fondamentale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2024, l'office français de l'immigration et de l'intégration, pris en la personne de son directeur général, conclut au rejet de la requête.

L'office fait valoir que :

- les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir d'une situation d'urgence eu égard à leur prise en charge au titre des conditions matérielles d'accueil, dès lors, d'une part, qu'ils ont accepté l'offre d'hébergement qui leur a été faite le 12 mars 2024 (pour un début d'hébergement prévu le 15 mars 2024) et ont auparavant bénéficié de l'allocation de demandeur d'asile à taux majoré ;

- l'office n'a en tout état de cause pas porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile compte tenu de l'accomplissement des diligences nécessaires à leur prise en charge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2024, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que :

- les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir d'une situation d'urgence dès lors qu'ils bénéficient des conditions matérielles d'accueil (allocation pour demandeur d'asile à taux majoré) et qu'ils ne justifient d'aucune situation de détresse avérée (notamment eu égard à leur état de santé) ;

- il n'a en tout état de cause pas porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un hébergement d'urgence dès lors que le parc d'hébergement est en situation tendue, qu'une situation de détresse avérée des requérants n'est pas établie, et qu'ils ne démontrent au demeurant pas avoir saisi régulièrement les services en charge de l'hébergement d'urgence.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mars 2024 à 14 heures, en présence de Mme Diaw, greffière d'audience :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, juge des référés ;

- les observations de Me Oloumi, pour les requérants, qui persistent dans leurs écritures et confirment à la barre qu'ils ont reçu les clés de leur hébergement pour demandeurs d'asile le matin même de l'audience ;

- l'office français de l'immigration et de l'intégration et le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présents ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Et aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

2. Les demandes d'asile de M. C D et Mme A B, ressortissants russes nés respectivement les 21 janvier 1976 et 10 juin 1985, ont été enregistrées le 13 novembre 2023 et l'office français de l'immigration et de l'intégration (ci-après, " OFII ") leur a notifié une décision d'octroi du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, qu'ils ont acceptée le 13 novembre 2023. Ils ne se sont cependant pas vu attribuer un hébergement dans ce cadre. Ils ne bénéficient pas davantage d'un hébergement dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence. Par la présente requête, ils demandent ainsi au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, outre leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, d'enjoindre à l'OFII de les admettre dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ou, à défaut, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de les prendre en charge dans le cadre de l'hébergement d'urgence.

Sur la demande du bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En l'espèce, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D et Mme B, de prononcer l'admission provisoire des intéressés au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

En ce qui concerne la demande dirigée contre l'OFII :

4. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Aux termes de l'article L 552-1 du même code : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code ". Enfin, aux termes de l'article L. 552-8 dudit code : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. / Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. ".

5. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le juge des référés ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation familiale. Dans cette hypothèse, les mesures qu'il peut ordonner doivent s'apprécier au regard de la situation du demandeur d'asile et en tenant compte des moyens dont dispose l'administration et des diligences qu'elle a déjà accomplies.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction d'une part, que l'OFII a octroyé les conditions matérielles d'accueil aux requérants, notamment le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile, au taux majoré, mais aussi, et depuis le 12 mars 2024, soit antérieurement à l'introduction de la présente requête, l'orientation vers un hébergement pour demandeurs d'asile, que les intéressés ont bien intégré le 15 mars 2024, ainsi qu'il a été confirmé à la barre. Dans ces conditions, une carence de l'OFII constitutive d'une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale n'est pas caractérisée. La demande dirigée contre l'OFII doit dès lors être rejetée.

En ce qui concerne la demande dirigée contre le préfet des Alpes-Maritimes :

7. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 dudit code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Cet hébergement d'urgence doit lui permettre () d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. ". Et aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".

8. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

9. En l'espèce, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit précédemment, que l'OFII a fait une proposition aux requérants d'hébergement dans le dispositif national d'accueil le 12 mars 2024, soit antérieurement à l'introduction de la présente requête, qu'ils ont acceptée, et qu'ils ont intégré le 15 mars 2024 un centre d'hébergement pour demandeurs d'asile. Il s'en suit que les requérants ne sauraient, dans ces circonstances, justifier de l'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, la demande dirigée contre le préfet des Alpes-Maritimes doit également être rejetée.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions combinées des articles L 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions susmentionnées des requérants.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C D et Mme A B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, à Mme A B, à Me Oloumi, à l'office français de l'immigration et de l'intégration et à la délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle près du tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice, le 15 mars 2024.

Le juge des référés,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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