mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2401419 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL SYMCHOWICZ-WEISSBERG & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 mars 2024 et le 9 avril 2024, la société lantosquoise de bâtiment et de travaux publics, représentée par Me Rabhi, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler la décision du 5 mars 2024 par laquelle la métropole Nice Côte d'Azur a décidé d'exclure le groupement société lantosquoise de bâtiment et de travaux publics Cachat Venturi de la procédure d'attribution de l'accord-cadre n°22N0554 ;
2°) d'annuler la procédure de passation du lot n°4 de cet accord- cadre ;
3°) d'enjoindre à la métropole Nice Côte d'Azur de reprendre la procédure au stade de l'examen des candidatures sans l'exclure ;
4°) de mettre à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle ne pouvait être régulièrement évincée de la procédure en application de l'article L. 2141-7 du code de la commande publique dès lors qu'elle n'a fait l'objet d'aucune condamnation définitive, qu'elle n'a commis aucun manquement grave, que l'administration ne pouvait se fonder sur des manquements allégués dans l'exécution d'un précédent contrat, qu'elle n'a pas bénéficié de paiements indus de la part de l'administration ;
- elle se trouve confrontée à une méconnaissance du principe d'égalité de traitement entre candidats dès lors que le nouveau contrat a été attribué à deux entreprises ayant également fait l'objet de vérifications de la part de la métropole.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, la métropole Nice Côte d'Azur, représentée par Me Letellier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 15 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 3 avril 2024, la métropole Nice Côte d'Azur a sollicité, en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, la prise en compte de pièces confidentielles en soustraction du contradictoire.
Ces pièces ont été remises au juge des référés le 4 avril 2024. Il a été décidé de les écarter de la procédure et de les retourner à leur émetteur le 5 avril 2024.
Un mémoire, présenté par la métropole Nice Côte d'Azur, a été enregistré le 11 avril 2024 mais n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Mme A a statué en application de l'article R.222-22 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 4 avril 2024 à 14 h en présence de Mme Bianchi, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Rabhi, représentant la société lantosquoise de bâtiment et de travaux publics, et de Me Letellier, représentant la métropole Nice Côte d'Azur.
La clôture de l'instruction a été fixée au jeudi 11 avril 2024 à 23h59.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis de publicité du 19 juin 2023, la métropole Nice Côte d'Azur a lancé une procédure d'appel d'offre en vue de la conclusion d'un marché de travaux ayant pour objet l'entretien, la réparation et l'aménagement du réseau routier métropolitain. Le groupement momentané d'entreprises solidaires constitué de la société lantosquoise de bâtiment et de travaux publics, de la société Venturi et de la société Cachat et fils, a présenté sa candidature pour le lot n°4 de ce marché. Par un courrier du 22 décembre 2023, la métropole Nice Côte d'Azur a invité les membres de ce groupement, en application de l'article L. 2141-11 du code de la commande publique, à apporter des gages de son intégrité et de sa fiabilité pour l'exécution du marché objet de sa candidature. Le groupement a répondu à cette invitation par un courrier du 8 janvier 2024. La commission d'appel d'offre s'est réunie le 15 février 2024 et s'est prononcée en faveur de l'exclusion du groupement de la procédure. Le 5 mars 2024, la métropole Nice Côte d'Azur a informé la requérante de ce que sa candidature n'était pas admise. Par la présente requête, la société lantosquoise de bâtiment et de travaux publics demande au juge des référés d'annuler cette décision, d'annuler la procédure de sélection des offres et d'ordonner sa réintégration dans la procédure de passation.
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ". L'article L. 551-2 du même code dispose que : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations ".
3. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration. En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.
4. En l'espèce, la requérante, soutient avoir été victime d'une éviction irrégulière en amont du processus de sélection des offres à raison d'une application erronée de l'article L.2141-7 du code de la commande publique, ce manquement étant susceptible de l'avoir lésée. Aux termes de l'article L. 2141-7 du code de la commande publique, qui a transposé l'article 57 paragraphe 4 de la directive 2014/24 de l'Union Européenne : " L'acheteur peut exclure de la procédure de passation d'un marché les personnes qui, au cours des trois années précédentes, ont dû verser des dommages et intérêts, ont été sanctionnées par une résiliation ou ont fait l'objet d'une sanction comparable du fait d'un manquement grave ou persistant à leurs obligations contractuelles lors de l'exécution d'un contrat de la commande publique antérieur. ".
5. La mise en œuvre de ces dispositions, qui ont pour objet de permettre aux acheteurs publics d'apprécier l'intégrité et la fiabilité de chacun des opérateurs économiques qui participe à une procédure de passation d'un marché public, implique, en principe que le candidat dont l'éviction est prononcée ait fait l'objet de sanctions ou condamnations au titre des manquements commis. Toutefois, en l'espèce, les éléments suggérant la commission de manquements graves et répétés n'ont été portés à la connaissance de l'administration qu'après que le marché au titre duquel ils ont été relevés ait pris fin, s'opposant ainsi à toute résiliation ou sanction. Il n'est par ailleurs pas contesté que les faits ont fait l'objet d'un signalement au procureur de la république, qui a engagé une procédure, toujours en cours. En pareille circonstance, les dispositions de l'article L.2141-7 du code de la commande publique doivent être interprétées comme permettant aux acheteurs d'exclure de la procédure de passation d'un marché public une personne qui peut être regardée, au vu d'éléments précis et circonstanciés, comme ayant commis des manquements graves ou persistants dans l'exécution d'un précédent marché et qui n'a pas établi, en réponse à la demande que l'acheteur lui a adressée à cette fin, que son professionnalisme et sa fiabilité ne peuvent plus être mis en cause.
6. En l'espèce, le groupement d'entreprises société lantosquoise de bâtiment et de travaux publics Venturi, Cachat a pris en charge, dans le cadre d'un marché à bon de commande n°NCA19N0022/lot 1, les opérations de réfection et de sécurisation de la RM94 dans le cadre d'une mission de conception et de réalisation. A l'issue de l'exécution de ce contrat, le groupement n'a toutefois pas été en mesure de produire l'ensemble des documents de conception, d'exécution, et de suivi de travaux dont la réalisation lui incombait. Il résulte des constats d'huissier et expertises réalisés à la demande de l'administration, aux conclusions concordantes, que les travaux ont été réalisés sans justification de leur dimensionnement, sans études, ni suivi suffisants. Il en ressort que si les études d'exécution disponibles retenaient majoritairement la solution de masque poids reposant sur une assise pédale en enrochements libres de blocs supérieurs à cinq tonnes et une carapace en enrochements bétonnés de blocs supérieurs à trois tonnes, les sondages réalisés à la pelle mécanique en pied des ouvrages, documentés par des clichés photographiques, ont révélé la présence de matériaux alluvionnaires ou de blocs de poids restreint et l'absence de pédales conformes aux préconisations mentionnées ci avant. Ils ont également révélé la présence de matériaux anthropiques ou terrains naturels en lieu et place des interfaces pédale/ carapace, le bétonnage desdites carapaces étant apparu insuffisant. Les rapports ainsi réalisés ont conclu à l'absence généralisée de garantie quant à la pérennité des ouvrages. Par ailleurs, le rapport réalisé par la société Opteam a relevé qu'un certain nombre de travaux avait été réalisé sans bon de commande ou que certains travaux avaient été facturés et payés avant leur réalisation ou alors qu'ils n'avaient jamais été réalisés, les entreprises membres du groupement ayant concomitamment réalisé un chiffre d'affaires particulièrement favorable.
7. Compte-tenu de ces éléments, la métropole Nice Côte d'Azur a invité le groupement requérant, en application de l'article 2141-11 du code de la commande publique, à fournir des preuves qu'il a pris des mesures de nature à démontrer sa fiabilité. Il lui appartenait dès lors de démontrer, le cas échéant, avoir entrepris de verser une indemnité en réparation des manquements commis, de clarifier totalement les faits et circonstances en collaborant activement avec les autorités chargées de l'enquête, ou de prendre des mesures concrètes propres à régulariser sa situation et à prévenir toute nouvelle situation relevant des articles L. 2141-7 à 2141-10 du code de la commande publique. Par un courrier du 8 janvier 2024, le groupement a fait valoir qu'il n'avait à cette date fait l'objet d'aucune sanction ou condamnation, que les irrégularités financières qui lui étaient reprochées, non contestées dans leur principe, étaient imputables à la métropole, que l'ensemble des travaux avait été réalisé mais non facturé en totalité, que les expertises réalisées à la demande de la métropole par les sociétés Opteam, Ingerop et Geos étaient calomnieuses, que le rapport de l'expert judiciaire Ciais attestait de l'absence de manquement de sa part. Toutefois, les documents produits en annexe de ce courrier ne permettent pas de contredire l'analyse de ces sociétés. Par ailleurs, il résulte du rapport de l'expert judiciaire que les quantités de matériaux mis en œuvre n'ont pu être vérifiés, non plus que la réalité des terrassements, les largeurs et profondeurs des pédales, les hauteurs et largeurs des rampants, selon lui invérifiables car enterrés, que l'entreprise reconnaît que le montant de certaines factures était supérieur aux travaux réalisés. Enfin, si la requérante se prévaut du règlement de titres exécutoires émis par la collectivité à hauteur de 267 328, 12 euros, une telle somme ne représente qu'une part restreinte du préjudice évalué par la collectivité au titre des manquements invoqués. Compte-tenu de ce qui précède, la métropole Nice Côte d'Azur a pu à bon droit estimer que le groupement n'avait pas produit d'éléments de nature à établir que son professionnalisme et sa fiabilité ne pourraient plus être remis en cause.
8. La requérante soutient par ailleurs avoir été victime d'une rupture d'égalité vis-à-vis de la société Garelli, membre du groupement attributaire, également mise en cause pour des manquements à l'occasion d'un précédent contrat. Or, la métropole soutient sans être contredite sur ce point que cette entreprise n'a bénéficié que de deux bons de commande à hauteur de 160 000 euros contre près de 16 millions pour la requérante, que les prestations réalisées par cette entreprise, visibles, ont pu faire l'objet de constatations qui n'ont révélé aucun désordre, que l'entreprise a pris acte de la perception anticipée d'une somme de 15 919, 40 euros, qu'elle a remboursée le 5 juin 2023 à la métropole. La société lantosquoise de bâtiment et de travaux publics soutient en outre que la société Valtinée, également attributaire du marché, aurait fait l'objet de mises en cause similaires ainsi que de gardes à vue. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la société Valtinée soit membre du groupement attributaire du lot 4 dont l'attribution fait l'objet du présent litige. En tout état de cause, la requérante n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Il s'ensuit que la situation des entreprises Garelli et Valtinée ne peut être regardée comme comparable à celle de la requérante et qu'aucune rupture d'égalité ne peut, à cet égard, être reprochée à l'administration.
9. Compte-tenu de ce qui précède, la requête de la société lantosquoise de bâtiment et de travaux publics ne peut qu'être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et au titre des frais liés à l'instance.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société lantosquoise de bâtiment et de travaux publics une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la société lantosquoise de bâtiment et de travaux publics est rejetée.
Article 2 : La société lantosquoise de bâtiments et de travaux publics versera à la métropole Nice Côte d'Azur une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société lantosquoise de bâtiment et de travaux publics, à la métropole Nice Côte d'Azur, à la société la nouvelle Sirolaise de construction, à la société Damiani, à la société Nicolo et à la société Garelli.
Fait à Nice, le 16 avril 2024.
La juge des référés,
en application de l'article R.222-22 du code de justice administrative
signé
L. A
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026
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01/06/2026