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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2401606

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2401606

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2401606
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantOLOUMI AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mars 2024, Mme A C épouse B, représentée par Me Della Monaca, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de se prononcer sur sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition relative à l'urgence est remplie, compte tenu des conséquences qu'a sur sa situation la carence du préfet des Alpes-Maritimes dans l'instruction de sa demande de titre de séjour et dans la délivrance du récépissé de celle-ci ;

- les mesures sollicitées présentent un caractère d'utilité dès lors que la délivrance d'un document de séjour lui permettrait, notamment, de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français, d'exercer une activité professionnelle et de faire valoir ses droits sociaux ;

- les mesures sollicitées ne font obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Emmanuelli, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, épouse B, ressortissante tunisienne née en 1970, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de se prononcer sur sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours et sous astreinte, un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Compte tenu de l'urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de Mme C, épouse B, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

5. Saisi sur le fondement de ces dispositions, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

En ce qui concerne l'instruction d'une demande de titre de séjour :

6. Il résulte de l'instruction que Mme C épouse B a sollicité la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " par une demande réceptionnée le 30 août 2022 par les services de la préfecture des Alpes-Maritimes. Il est constant que, consécutivement au dépôt de cette demande, des récépissés lui ont été remis dont le dernier en sa possession est arrivé à expiration le 18 janvier 2024. Pour justifier de l'urgence à ce qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de statuer sur sa demande de titre de séjour, l'intéressée soutient, sans être contredite, que la carence de l'administration dans l'instruction de sa demande la place dans une situation administrative et financière précaire et que le délai pris par les services de la préfecture des Alpes-Maritimes pour répondre à sa demande du 30 août 2022 est anormalement long. Par ailleurs, Mme C épouse B justifie être dépourvue, depuis le 18 janvier 2024, de tout document de séjour lui permettant de circuler librement sur le territoire français. Dans ces conditions et dès lors que la demande d'admission au séjour de la requérante a été reçue par l'administration il y a près de vingt mois, la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que le prononcé de cette mesure ferait obstacle à l'exécution d'une quelconque décision administrative.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de statuer sur la demande de titre de séjour de Mme C épouse B dans le délai de deux mois suivant la notification de la présente instance.

En ce qui concerne le renouvellement d'un récépissé :

8. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande () ". L'article R. 431-14 du même code énumère les cas dans lesquels le récépissé de demande de titre de séjour vaut autorisation de travail.

9. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour a le droit, s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour.

10. Ainsi qu'il a été dit au point 6 de la présente ordonnance, Mme C épouse B s'est vu délivrer, consécutivement au dépôt de sa demande de titre de séjour du 30 août 2022, plusieurs récépissés l'autorisant à travailler dont le dernier en sa possession est arrivé à expiration le 18 janvier 2024 et dont elle a tenté en vain d'obtenir le renouvellement par des demandes adressées aux services de la préfecture des Alpes-Maritimes le 20 décembre 2023 et les 9 et 21 mars 2024. Mme C épouse B soutient, sans être davantage contredite sur ce point, que la carence du préfet des Alpes-Maritimes dans le renouvellement de son récépissé l'empêche, d'une part, de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français et, d'autre part, de faire valoir ses droits sociaux et professionnels. Ainsi, eu égard aux conséquences qu'a sur sa situation, notamment sur son droit à se maintenir en France, la détention du récépissé et à la prolongation pendant une durée anormalement longue de la situation précaire ainsi imposée à Mme C épouse B, la demande présente un caractère d'urgence et d'utilité. La mesure sollicitée n'est pas de nature à faire obstacle à l'exécution d'une quelconque décision administrative. Enfin, le récépissé de la demande de la requérante, visé par les dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, peut être assorti d'une autorisation de travail.

11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder, dans le délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance, au renouvellement du récépissé de demande de carte de séjour de Mme C épouse B. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

12. Mme C épouse B a été admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son avocate peut ainsi utilement se prévaloir de l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de ces dispositions, le versement d'une somme de 800 (huit cents) euros au profit de Me Della Monaca, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où Mme C épouse B ne serait pas admise définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée directement.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C épouse B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de statuer sur la demande de titre de séjour de Mme C épouse B dans le délai de deux mois suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme C épouse B, dans le délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : L'Etat versera à Me Della Monaca une somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où Mme C épouse B ne serait pas admise définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée directement.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C épouse B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Della Monaca.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice, le 22 avril 2024.

Le juge des référés,

signé

O. EMMANUELLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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