mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2401928 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CUNY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 11 avril et 24 mai 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) Ciska, représentée par Me Funel, liquidateur, ayant pour avocat Me Cuny, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 20 février 2024 par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a rejeté la réclamation préalable en date du 11 mai 2024 ;
2°) de prononcer la décharge des impositions mises à sa charge au titre de l'exercice 2018 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.
La société requérante soutient que :
- la procédure de rectification est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire ;
- la méthode de reconstitution est viciée dès lors qu'elle constitue une immixtion dans la gestion de l'entreprise ;
- elle est viciée dès lors qu'elle s'appuie uniquement sur des données extérieures à la société ;
- les termes de comparaison retenus ne sont pas probants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2024, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête comme étant infondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Raison,
- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public,
- et les observations de Me Cuny, avocat de la SARL Ciska.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) Ciska exploite trois fonds de commerce de vente de vêtements sous les enseignes " Only for Kids ", " Manhattan " et " Manhattan Concept ". Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020, à l'issue de laquelle a été émise une proposition de rectification le 15 décembre 2021 portant rejet de la comptabilité et reconstitution des chiffres d'affaires. Sur saisine de la SARL Ciska, la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a rendu un avis le 19 octobre 2022 confirmant le rejet de la comptabilité pour l'année 2018, infirmant le rejet de la comptabilité pour les exercices clos en 2019 et 2020, retenant un taux de marge de 2,07 % pour les enseignes Manhattan Concept et Manhattan en lieu et place du taux de 2, 42 %, et abandonnant une partie de rectifications au titre des charges déductibles. Le service a suivi l'avis de la commission. Par avis en date du 15 juin 2023, les impositions supplémentaires d'un montant de 55 580 euros au titre de l'impôt sur les sociétés, la taxe sur la valeur ajoutée et la majoration pour manquement délibéré ont été mises en recouvrement. Après avoir vainement contesté ces impositions supplémentaires, la SARL Ciska, placée en liquidation judiciaire depuis le 12 juin 2024, conteste devant le tribunal administratif de Nice le bien-fondé des rectifications opérées.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte des explications non contestées de l'administration fiscale qu'à la suite du jugement du tribunal de commerce de Nice du 12 juin 2024 plaçant la SARL Ciska en liquidation judiciaire, l'administration a, en application du I de l'article 1756 du code général des impôts, prononcé la remise des intérêts de retard d'un montant de 2 643 euros appliqués aux impositions en litige. Par suite, les conclusions de la SARL Ciska relatives à ces intérêts de retard sont devenues sans objet.
Sur la charge de la preuve :
3. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge () ".
4. Il résulte de l'instruction qu'à l'occasion des opérations de contrôle, le service a relevé de graves anomalies dans la comptabilité de la SARL Ciska, dont, notamment, l'absence de comptabilisation des ventes entre le 1er janvier et le 4 juillet 2018, l'absence d'archives fiscales, la présence d'erreurs, l'existence d'anomalies récurrentes et significatives dans les données présentées, ayant conduit à rejeter la comptabilité, ce que la société ne conteste pas. En outre, les impositions litigieuses ayant été établies conformément à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, la société requérante supporte la charge de la preuve du caractère exagéré des suppléments d'impositions mis à sa charge.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
5. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ".
6. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition, de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rehaussements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs. Par ailleurs, lorsque l'administration entend fonder au moins en partie un redressement, non sur des pratiques habituelles à la profession ou au secteur d'activité, mais sur des éléments de comparaison issus de données chiffrées provenant d'autres entreprises, elle doit, pour assurer le caractère contradictoire de la procédure sans méconnaître le secret professionnel protégé par l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, désigner nommément ces entreprises mais ne fournir au contribuable que des moyennes ne lui permettant pas de connaître, fût-ce indirectement, les données propres à chacune d'elles. Cette obligation, dont le respect constitue une garantie pour le contribuable, s'impose à l'administration, même si ce dernier disposait d'éléments relatifs à sa propre situation pour contester les évaluations du vérificateur, et si la recherche par l'administration d'informations relatives à d'autres entreprises était la conséquence du refus du contribuable de communiquer des informations dont il disposait.
7. En premier lieu, la SARL Ciska soutient que la proposition de rectification du 15 décembre 2021 est, s'agissant de la reconstitution de son chiffre d'affaires, insuffisamment motivée, notamment en l'absence de communication des moyennes des sociétés retenues par le vérificateur pour déterminer un coefficient de marge médian susceptible de permettre une comparaison avec le coefficient de marge résultant de ses déclarations. Toutefois, il ressort de la proposition de rectification que celle-ci précise les motifs du rejet de la comptabilité de la SARL Ciska et détaille la méthode de reconstitution des recettes. En outre, le vérificateur a précisé les critères retenus pour la composition de l'échantillon de sociétés dont les coefficients de marge ont été comparés à celui de la société Ciska pour procéder à la reconstitution, sociétés qui sont identifiées dans la proposition de rectification et dans la réponse aux observations du contribuable. Ces éléments étaient ainsi suffisants pour permettre à la société requérante de présenter utilement ses observations, notamment en ce qui concerne la pertinence des éléments de comparaison utilisés. Le moyen tiré du défaut de motivation de ce chef sera écarté.
8. En second lieu, en application des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales susvisé, l'administration peut, à tout moment jusqu'à la mise en recouvrement, compléter sa réponse aux observations du contribuable, notamment pour tenir compte des contestations relatives aux sociétés retenues comme termes de comparaison. La requérante soutient que l'administration, en modifiant les termes de comparaison entre la proposition de rectification et la réponse aux observations, a porté atteinte au principe de contradictoire. Il est constant à cet égard que l'administration a, dans la réponse aux observations du contribuable en date du 3 mars 2022, modifié les termes de comparaison initialement retenus pour écarter les sociétés Girl by Girl et Pachoud Stephan Epsilon et retenir les sociétés Trabaud Cote d'Azur et Carlin. Il résulte cependant de l'instruction que c'est en réponse aux observations de la société requérante, en date du 15 février 2022, que l'administration a procédé aux modifications contestées, retenant au demeurant comme terme de comparaison l'une des sociétés avancées par la société requérante. Par suite, en modifiant certains des termes de comparaison retenus, avant la mise en recouvrement du 15 juin 2023, l'administration s'est bornée à tirer les conséquences résultant de la prise en compte des observations du contribuable. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en modifiant les termes de comparaison retenus, sans modifier la méthode de reconstitution adoptée, l'administration n'a pas respecté les dispositions légales susvisées.
9. Il résulte de ce qui tout ce qui précède que les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure d'imposition doivent par suite être écartés.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
10. Pour reconstituer le chiffre d'affaires de la SARL Ciska concernant l'exploitation des magasins " Manhattan concept " et " Manhattan ", l'administration fiscale, à partir des données propres de la société, a calculé les prix de vente et d'achat moyens pour l'exercice 2018, soit respectivement les sommes de 207,85 euros et 67,51 euros pour en déduire un coefficient de marge de 3,08 %. Le service a, par la suite, rapproché ce coefficient des données issues de l'inventaire des stocks fourni par la société, qui fixe un coefficient de valorisation à hauteur de 3,21 %, avant de le comparer à ceux issus de sociétés comparables pour aboutir à un coefficient de marge de 2,48 %, fixé en définitive à 2,07 % après l'intervention de l'avis de la commission départementale des impôts directes et des taxes sur le chiffre d'affaires du 19 octobre 2022.
11. La comptabilité ayant été régulièrement rejetée, il appartient à la SARL Ciska de démontrer que la méthode de reconstitution retenue par le service est radicalement viciée ou excessivement sommaire ou de proposer une meilleure méthode.
12. La requérante soutient en premier lieu que la méthode retenue est viciée en ce que le montant des remises fixé par l'administration constitue une atteinte au principe de non-immixtion dans la gestion de l'entreprise par l'administration, laquelle n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par la société. Il résulte cependant de l'instruction que, pour procéder à la reconstitution du chiffre d'affaires pour l'exercice 2018, le service a été contraint de travailler à partir d'une comptabilité incomplète et lacunaire, dont les fichiers Excel fournis par la société, dès lors que la caisse n'a commencé à fonctionner qu'à partir du 5 juillet 2018. Le service a ainsi procédé au dépouillement des documents papiers concernant les ventes du premier semestre afin de déterminer le nombre d'articles vendus et le chiffre d'affaires hors taxes, avant remises, généré par ces ventes, puis a procédé au dépouillement de toutes les factures d'achat de marchandises pour déterminer le prix moyen d'achat de l'exercice concerné, permettant ainsi de calculer le coefficient de marge. Dès lors, l'évaluation du montant des remises accordées issue de la reconstitution de chiffre d'affaires, déduite du coefficient de marge ainsi obtenu, ne relève pas de l'appréciation d'un acte de gestion par l'administration, mais de la reconstitution du chiffre d'affaires de la société à partir de ses données propres. Par suite, le moyen tiré de l'immixtion du service vérificateur dans la gestion de l'entreprise doit être écarté car inopérant.
13. En deuxième lieu, au soutien de sa demande de décharge, la société requérante expose que la méthode retenue serait viciée pour être fondée exclusivement sur des éléments extérieurs. Il résulte cependant de l'instruction que l'administration a reconstitué le chiffre d'affaires de la société pour l'exercice concerné à partir de ses données propres comme exposé au point 12. Ce n'est que dans un second temps que l'administration a procédé par rapprochement avec des termes de comparaison provenant de sociétés extérieures. Dès lors, l'affirmation selon laquelle la reconstitution contestée s'est fondée exclusivement sur des données extérieures à la société doit être écarté comme manquant en fait.
14. En troisième lieu, la requérante conteste les termes de comparaison retenus qui ne seraient pas pertinents. Il résulte cependant de l'instruction que les trois termes de comparaison retenus dans la réponse aux observations du contribuable sont les sociétés Nice Opéra, Trabaud et Carlin, dont l'un provient d'une proposition de la requérante dans ses observations à la proposition de rectification. S'agissant des deux autres termes de comparaison, les sociétés Nice Opéra et Carlin, ils concernent des magasins de vente d'habillement haut de gamme de marques identiques à celles vendues par la société requérante. Si la société Nice Opéra exploite deux magasins situés dans des lieux particulièrement passants de Nice, dont il peut être soutenu qu'ils possèdent un potentiel de passage de clientèle particulièrement conséquent, cet élément a été pris en compte par l'administration qui a relevé un coefficient de marge de 2,73% pour l'année concernée tandis que celui retenu pour la SARL Ciska est de 2 %. En outre, l'administration a communiqué à la requérante les données chiffrées de la société Carlin concernant l'exercice 2018, la mettant en capacité de discuter utilement des termes de comparaison.
15. Il résulte de ce qui précède que la SARL Ciska n'apporte pas la preuve, qui lui incombe en application de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, du caractère excessivement sommaire ou radicalement vicié dans son principe de la reconstitution de recettes effectuée par le service. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt qui en résultent, doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de défendeur, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que la SARL Ciska demande au titre des frais qu'elle a exposés.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la SARL Ciska est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Ciska et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Emmanuelli, président,
- Mme Raison, première conseillère,
- M. Loustalot-Jaubert, conseiller,
assistés de Mme Foultier, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
La rapporteure,
L. RAISONLe président,
O. EMMANUELLI
La greffière,
M. FOULTIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation le greffier
2401928
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026