vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2402291 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BESSIS-OSTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Bessis-Osty, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative, au directeur de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), ou au préfet des Alpes-Maritimes, ou au conseil départemental des Alpes-Maritimes, de lui attribuer un hébergement d'urgence adapté à la composition de sa famille, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII, l'Etat et le département des Alpes-Maritimes la somme de 1 000 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, laquelle renonce par avance à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- elle et sa fille ont vu leur demande d'asile enregistrée le 5 juillet 2023 en ''procédure Dublin'' par la préfecture des Alpes-Maritimes ; le même jour, l'OFII leur a accordé les conditions matérielles d'accueil ; le 25 avril 2024, la procédure d'asile de la requérante a été requalifiée en ''procédure normale'' ; or, l'association ALC leur a indiqué une fin de prise en charge au 29 avril 2024 ; avec sa fille d'un an et deux mois, elles se retrouvent aujourd'hui sans hébergement ; par l'intermédiaire de la Cimade, elle a demandé à plusieurs reprises à l'OFII, au préfet des Alpes-Maritimes et au conseil départemental des Alpes-Maritimes à bénéficier d'un nouvel hébergement, en vain ; dès lors, elles sont dans une situation d'extrême vulnérabilité et de précarité, constitutive d'une situation d'urgence au sens de l'article L.521-2 du code de justice administrative ;
- il est porté, en l'espèce, une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence garanti par l'article L.345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, dès lors que sa famille se trouve dans une situation de détresse sociale, sans ressources ni hébergement ; sa situation relève de circonstances exceptionnelles.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2024, le département des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requérante ne justifie d'aucune fin de l'hébergement dont elle a bénéficié jusqu'à présent géré par l'association ALC ;
- le département n'a rejeté aucune demande d'hébergement de la requérante dont la situation est inconnue des services départementaux ;
- dès lors, il n'y a ni urgence, ni atteinte à une liberté fondamentale.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 3 mai 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
1°) s'agissant de l'urgence :
- le dispositif d'hébergement d'urgence est saturé dans les Alpes-Maritimes et il ressort des propres productions de la requérante, que la famille a bénéficié d'un hébergement par le dispositif du 115 depuis l'enregistrement de sa demande d'asile du 5 juillet 2023, soit depuis plus de neuf mois sans interruption ;
- Mme A est en mesure de solliciter les dispositifs de droit interne et les services du département pour sa prise en charge en tant que mère isolée accompagnée d'un enfant de moins de trois ans, conformément aux dispositions du code de l'action sociale et des familles et notamment de l'article L.222-5 ; or, elle ne les a sollicités qu'à partir du 29 mars 2024 alors qu'elle aurait pu faire appel à leurs services dès son arrivée sur le territoire en juillet 2023, soit huit mois plus tôt ;
- dans l'attente d'un hébergement, la famille bénéficie de l'allocation pour demandeur d'asile depuis l'enregistrement de sa demande d'asile, Mme A ayant reçu un montant de 306,00 euros, intervenu le 25 avril 2024 sur sa carte d'allocataire ; l'intéressée bénéficie de l'assistance de la SPADA qui peut orienter la famille vers son réseau de partenaires pour une aide alimentaire ainsi que la distribution de produits d'hygiène si le besoin se présentait ;
- dès lors, l'urgence n'est pas caractérisée ;
2°) sur l'atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile :
- Mme A n'est pas démunie de toute assistance et sans ressources ;
- la condition liée à l'atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile n'est pas remplie et aucun manquement ne saurait être reproché à l'OFII.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Taormina, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 3 mai 2024, à laquelle les parties avaient été régulièrement convoquées :
- le rapport de M. Taormina, juge des référés ;
- les observations de Me Bessis-Osty, pour Mme A ;
- et celles de M. C pour le département des Alpes-Maritimes ;
L'OFII et le préfet des Alpes-Maritimes n'étaient ni présents ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante ivoirienne née le 30 novembre 2000, est, selon ses déclarations, entrée en France à l'été 2023, accompagnée de son enfant D A, née le 11 février 2023, pour y déposer une demande d'asile enregistrée le 5 juillet 2023 en ''procédure Dublin'', puis en procédure normale le 25 avril 2024. La mère et l'enfant se sont vu notifier une fin d'hébergement d'urgence à l'hôtel Bristol de Nice par l'association ALC pour le 29 avril 2024. Mme A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) ou au préfet ou au département des Alpes-Maritimes, de lui attribuer un hébergement d'urgence adapté à la composition de sa famille.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". En application des dispositions précitées, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L.521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
S'agissant de l'urgence :
4. Il résulte de l'instruction que depuis le 29 avril 2024, la requérante sera contrainte de vivre dans la rue si elle s'absente de sa chambre d'hôtel, avec un enfant âgé de 14 mois. Malgré que l'OFII lui ait accordé le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile, elle ne dispose pas des ressources nécessaires pour financer son propre logement. Dans ces conditions, eu égard à la situation de grande précarité dans laquelle se trouve la requérante, à sa vulnérabilité, la condition d'urgence exigée par l'article L.521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
S'agissant de l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
5. Aux termes de l'article L.222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : / () 4° Les femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les établissements ou services qui accueillent ces femmes organisent des dispositifs visant à préserver ou à restaurer des relations avec le père de l'enfant, lorsque celles-ci sont conformes à l'intérêt de celui-ci ; / () ".
6. Si sont, en principe, à la charge de l'Etat les mesures d'aide sociale relatives à l'hébergement d'urgence des personnes sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale, il résulte des dispositions précitées, que la prise en charge, qui inclut l'hébergement, le cas échéant en urgence, des femmes enceintes et des mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile, incombe au département. Si toute personne peut s'adresser au service intégré d'accueil et d'orientation prévu par l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles et si l'Etat ne pourrait légalement refuser aux femmes mentionnées ci-dessus un hébergement d'urgence au seul motif qu'il incombe en principe au département d'assurer leur prise en charge, l'intervention de l'Etat ne revêt qu'un caractère supplétif, dans l'hypothèse où le département n'aurait pas accompli les diligences qui lui reviennent. Le fait que le département n'ait, pour l'heure, rejeté aucune demande d'hébergement de la requérante dont la situation serait donc inconnue des services départementaux, est sans incidence sur la recevabilité de la requête de celle-ci contre le département.
7. Il résulte de l'instruction que, comme il a été dit au point 4, depuis le 29 avril 2024, la requérante est exposée à vivre dans la rue, avec un enfant âgé de 14 mois, dès lors que l'hôtelier qui l'héberge lui a confisqué la clé de sa chambre depuis que l'association ALC qui gère l'hébergement d'urgence dont elle bénéficie depuis plusieurs mois lui a donné congé. L'intéressée ne dispose pas des ressources nécessaires pour financer son propre logement. Compte tenu de sa vulnérabilité, cette situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa dignité et à sa santé. Dès lors, il y a lieu, pour y mettre fin, d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes de prendre en charge Mme A et sa fille dans le cadre de l'hébergement d'urgence et ce, dans un délai de vingt-quatre heures suivant la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle provisoire. Si son conseil peut, dès lors, se prévaloir des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui allouer, au profit de son conseil, une somme au titre des frais de procédure non compris dans les dépens à la charge du département des Alpes-Maritimes qui ne lui a pas opposé de refus de prise en charge. Par suite, ses conclusions formulées à ce titre doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1erer : Mme B A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental des Alpes-Maritimes de prendre en charge Mme B A et sa fille dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dans un délai de vingt-quatre heures suivant la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, à la direction interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement, au département des Alpes-Maritimes et à Me Bessis-Osty.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Fait à Nice le 3 mai 2024.
Le juge des référés
signé
G. Taormina
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation la greffière
N°2402291
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026