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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2402851

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2402851

samedi 1 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2402851
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantBESSIS-OSTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai2024, Mme B A, de nationalité nigériane, représentée par Me Bessis-Osty, demande au juge des référés :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au préfet des Alpes-Maritimes et/ou au département des Alpes-Maritimes, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative, de la faire bénéficier ainsi qu'à sa famille d'un hébergement d'urgence dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, du préfet des Alpes-Maritimes et/ou du département des Alpes-Maritimes une somme de 1 000 euros à verser à Me Bessis-Osty en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, laquelle renonce par avance à percevoir la contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'urgence à statuer est caractérisée en raison de la précarité et de l'extrême vulnérabilité de sa famille composée d'une adulte et de quatre jeunes enfants et qui se retrouve sans solution d'hébergement alors que sa demande d'asile est toujours en cours ;

- en n'attribuant aucun hébergement à la requérante et à sa famille, il est porté une atteinte manifestement illégale à son droit d'asile et à la liberté fondamentale que constitue le droit d'hébergement.

Le département des Alpes-Maritimes a versé des pièces, enregistrées au greffe le 31 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Pascal, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mai 2024 :

- le rapport de M. Pascal, assisté de Mme Diaw, greffière ;

- les observations de Me Bessis-Osty, représentant Mme A, qui reprend ses moyens et arguments ; elle fait valoir que la requête a été introduite alors qu'une fin de prise en charge a été notifiée à la requérante et qu'il convient aux autorités d'agir avant que la famille ne se retrouve à la rue ; la requérante est bien isolée en France ;

- les observations de M. C pour le département des Alpes-Maritimes, qui fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie : en effet, la fin de prise en charge n'est pas effective, la requérante est toujours hébergée par l'association ALC et n'a pas introduit de recours contre une fin de prise en charge ; aucune carence ne peut être imputée au département qui, par suite, n'a pas porté atteinte à une liberté fondamentale : le département n'a été informé que tardivement et très incomplètement de la situation de la requérante qui n'établit ni même n'allègue qu'elle serait isolée en France ;

- le préfet des Alpes-Maritimes et l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étaient ni présents, ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par () la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme B A bénéficie d'une attestation de demande d'asile suite à sa demande de réexamen de l'asile, la Cour nationale du droit d'asile devant examiner prochainement le recours qu'elle a formé contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ayant rejeté sa demande de réexamen. La requérante et sa famille sont actuellement hébergées à l'hôtel et l'association ALC lui a notifié la fin de sa prise en charge au 2 mai 2024. Toutefois, le département des Alpes-Maritimes a indiqué à l'audience, sans être utilement contesté, que la requérante et ses enfants sont toujours hébergés dans le même hôtel. Par ailleurs, la situation de mère isolée dont se prévaut Mme A, comme le fait valoir le département des Alpes-Maritimes, n'est pas démontrée. Il résulte de ces circonstances, en l'état de l'instruction, que la situation de Mme A ne fait pas apparaître une carence caractérisée de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, du département des Alpes-Maritimes ou de l'Etat, ni une urgence à statuer dans le délai de 48 heures sur les conclusions à fin d'injonction de la requérante.

4. Par suite, la requête de Mme A, doit être rejetée y compris les conclusions présentées en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Bessis-Osty, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au département des Alpes-Maritimes et à la délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Fait à Nice, le 1er juin 2024.

Le juge des référés,

signé

F. Pascal

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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