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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2402895

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2402895

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2402895
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantROMEO FLORENCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2024, les sociétés Techno, BSM, Effico Pro, Monacur, représentées par Me Roméo, demandent au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler la décision en date du 22 mai 2024 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a écarté les offres qu'elles avaient présentées pour l'attribution des lot n°1 et 2 des travaux de plomberie et de CVC pour l'entretien et la réparation des bâtiments départementaux hors Centre administratif départemental (Cadam) et hors collèges (lot n°1) et au Cadam hors collèges (lot n°2),

2°) d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes de suspendre la signature du contrat jusqu'à l'issue de la consultation reprise ; de reprendre la procédure au stade de l'analyse des offres en intégrant leurs offres pour les lots n°1 et 2 ;

3°) A titre subsidiaire, de suspendre la procédure d'attribution du lot n°2 et d'enjoindre au département des Alpes-Maritimes de reprendre la procédure d'attribution du lot n°2 au stade de l'analyse des offres en intégrant leurs offres ;

3°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes la somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent :

- qu'elles ont intérêt à agir et que leur requête est recevable ;

- que les procédures d'appel d'offres sont entachées de manquements aux obligations de publicité et de mise en concurrence au stade de la sélection des offre ; que pour le lot n°1 l'offre n'était ni incomplète ni irrégulière ; que pour le lot n°2, elles ont justifié que leur offre n'était pas anormalement basse et que les prix très compétitifs proposés étaient la conséquence de remises exceptionnelles de la part des fournisseurs et que l'offre écartée n'était inférieure que de 30% à celle de l'attributaire ;

- que compte tenu du caractère de leurs offres, tant d'un point de vue technique que d'un point de vue financier, elles étaient en mesure d'être attributaires ; qu'elles ont donc été directement lésées ;

Par un mémoire en défense, enregistrés le 17 juin 2024, le département des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des sociétés Techno, BSM, Effico Pro et Monacur au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés dès lors que leur offre pour le lot n°1 était incomplète et donc irrégulière et celle pour le lot n°2 anormalement basse.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 juin 2024 en présence de Mme Gialis, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Romeo, représentant les sociétés requérantes,

- et de Me Richer, représentant le département des Alpes-Maritimes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. Les sociétés Techno, BSM, Effico Pro, Monacur, demandent au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative d'annuler la décision en date du 22 mai 2024 par laquelle le président du conseil départemental des Alpes-Maritimes a, en premier lieu, écarté l'offre qu'elles avaient présentée pour l'attribution du lot n°1 des travaux de plomberie et de CVC pour l'entretien et la réparation des bâtiments départementaux hors Centre administratif départemental (Cadam) et hors collèges, au motif qu'elle était incomplète et, en second lieu, a écarté l'offre qu'elles avaient présentée pour le lot n°2 du même marché concernant l'entretien et la réparation des bâtiments départementaux au Cadam hors collèges au motif de son caractère anormalement bas.

2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. " ; l'article L. 551-2 du même code dispose que : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations ".

3. Il appartient au juge administratif, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'administration ; en vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements ; il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.

Sur le lot n°1 :

4. Aux termes de l'article L. 2152-1 du code de la commande publique prévoit que : " L'acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées. " L'article L. 2152-2 du même code poursuit : " Une offre irrégulière est une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, en particulier parce qu'elle est incomplète, ou qui méconnaît la législation application notamment en matière sociale et environnementale. "

5. Il est constant que le règlement de consultation relatif à la procédure d'appel d'offre stipulait que " Le dossier de consultation contient les documents suivants : () Bordereau de prix propre à chaque lot ", que la case n° 780 du bordereau de prix unitaire du lot n° 1 concernait le prix unitaire du " Thermostat d'ambiance sans fil ", que dans leur offre pour le lot n°1, les sociétés requérantes ont laissé cette case vide.

6. Les sociétés requérantes se bornent à soutenir que dans le devis descriptif estimatif détaillé (DDED), le prix unitaire hors taxe du thermostat en cause est renseigné à 0 euros hors taxes. Cependant, il est constant que le prix unitaire HT la contradiction entre le DDED et le BPU, la circonstance que la valeur unitaire de ce type de thermostat est selon le département de 296 euros TTC, l'absence de toute explication de la part des sociétés requérante du choix de la gratuité pour ce type de fourniture et l'affirmation, non contestée, que ce prix de 0 euros TTC est un affichage par défaut lié au fonctionnement du tableur utilisé pour établir le DDED sont de nature à démontrer le caractère incomplet de l'offre des sociétés requérantes pour le lot n°1. Les sociétés requérantes ne sont donc pas fondées à soutenir que le département aurait commis des manquements à ses obligations de publicité et de mise en concurrence en écartant leur offre comme irrégulière.

Sur le lot n°2 :

7. Aux termes de l'article L. 2152-5 du code de la commande publique : " Une offre anormalement basse est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché ". En vertu de l'article L. 2152-6 du même code : " L'acheteur met en œuvre tous moyens lui permettant de détecter les offres anormalement basses. / Lorsqu'une offre semble anormalement basse, l'acheteur exige que l'opérateur économique fournisse des précisions et justifications sur le montant de son offre () ".

8. Il résulte des dispositions du code de la commande publique citées au point 3 que, quelle que soit la procédure de passation mise en œuvre, il incombe au pouvoir adjudicateur qui constate qu'une offre paraît anormalement basse de solliciter auprès de son auteur toutes précisions et justifications de nature à expliquer le prix proposé, sans être tenu de lui poser des questions spécifiques. Si les précisions et justifications apportées ne sont pas suffisantes pour que le prix proposé ne soit pas regardé comme manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché, il appartient au pouvoir adjudicateur de rejeter l'offre. Le caractère anormalement bas ou non d'une offre ne saurait résulter du seul constat d'un écart de prix important entre cette offre et d'autres offres que les explications fournies par le candidat ne sont pas de nature à justifier et il appartient notamment au juge du référé précontractuel, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si le prix en cause est en lui-même manifestement sous-évalué et, ainsi, susceptible de compromettre la bonne exécution du marché.

9. Il ressort des pièces du dossier que, par lettre du 11 avril 2024, le département des Alpes-Maritimes a demandé aux sociétés requérantes d'apporter des explications de nature à justifier les prix proposés, globalement inférieurs de 40,25% à l'estimation retenue par les services départementaux. Au vu de la réponse des sociétés, le président du conseil départemental a rejeté l'offre des sociétés requérantes pour le lot n°2 comme anormalement basse. Il a relevé, en premier lieu, que les explications fournies par les sociétés et tenant notamment à l'importance des remises accordées par leurs fournisseurs, pouvant aller jusqu'à 90% et à l'existence d'un stock important de pièces déjà amorties n'étaient pas satisfaisantes au regard des réalités économiques. En second lieu, les services départementaux ont procédé à une comparaison des prix proposés par les sociétés requérantes avec ceux du catalogue du fournisseur du département faisant apparaître des prix proposés inférieurs en moyenne de 79,34% à ceux dudit fournisseur. Enfin, les services ont noté des incohérences de prix concernant notamment la tuyauterie en fonte de diamètre 100mm valorisée à 103,70 € HT en fourniture alors que le diamètre 125 l'était à 8.04 € HT et à 16.74 € HT pour le diamètre 200.

10. Il résulte de l'instruction que les précisions et justifications apportées par les sociétés requérantes ne sont pas suffisantes pour que les prix qu'elles ont proposés pour le lot n°2 ne soit pas regardés, d'une part, eu égard à l'ensemble des prix des fournitures en cause, comme manifestement sous-évalués et, d'autre part, dans les circonstances de l'espèce, comme susceptibles de compromettre la bonne exécution du marché. Dès lors, les sociétés requérantes ne sont pas fondées à soutenir qu'en écartant leur offre pour le lot n°2 comme anormalement basse, le pouvoir adjudicateur aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par les sociétés requérantes sur le fondement des dispositions de l'article L.551-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

12. Le département des Alpes-Maritimes n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge une somme au titre des frais exposés par les sociétés requérantes et non compris dans les dépens.

13. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge des sociétés requérantes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le département des Alpes-Maritimes et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de la société Techno et autres est rejetée.

Article 2 : Les sociétés Techno, BSM, Effico Pro et Monacur verseront au département des Alpes-Maritimes une somme globale de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée aux sociétés Techno, Bsm, Effico pro, Monacur, au Département des Alpes-Maritimes et à la Société Axima Concept.

Fait à Nice, le 24 juin 2024

Le juge des référés,

signé

P. A

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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