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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2402961

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2402961

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2402961
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juin 2024, Mme A D demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner aux services de l'Etat d'attribuer, sous astreinte, un accompagnant d'élèves en situation de handicap (AESH) individuel de 32 heures par semaine à son enfant, B C, comme il est prévu par la décision du 12 mars 2024 de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH).

Elle soutient que :

- la condition relative à l'urgence est satisfaite, dès lors qu'il a besoin d'une aide humaine permanente ;

- la reprise scolaire en temps complet est envisagée dès lors que la fin de prise en charge en hôpital de jour sera actée ;

- la carence de l'Etat dans l'attribution au profit de son enfant d'un AESH porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'éducation de son fils.

Par un mémoire enregistré le 6 juin 2024, la rectrice de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la décision de la CDAPH a été effectivement notifiée aux services de l'éducation nationale que le 13 mai 2024, en cours d'année scolaire. Elle indique également que l'enfant de la requérante bénéficie d'une AESH mutualisée à hauteur de 24 heures hebdomadaires et qu'elle mettra tout en œuvre, dans les meilleurs délais possibles, pour donner toute effectivité à la mesure d'accompagnement individualisée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience du 7 juin 2024 à 10H00 :

- le rapport de Mme E ;

- et les observations de Mme D, qui reprend les conclusions et moyens de la requête.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. Eu égard à son office, qui consiste à assurer la sauvegarde des libertés fondamentales, il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de prendre, en cas d'urgence, toutes les mesures qui sont de nature à remédier aux effets résultant d'une atteinte grave et manifestement illégale portée, par une autorité administrative, à une liberté fondamentale. Toutefois, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement de ces dispositions doit toujours justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article.

3. Par une décision du 12 mars 2024, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) des Alpes-Maritimes a accordé au fils de Mme D une aide humaine individuelle, valable du 12 mars 2024 au 31 juillet 2027 à hauteur de 24 heures pour le temps scolaire et 8 heures pour la cantine. Mme D demande au juge des référés du tribunal, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner aux services de l'Etat d'attribuer à son enfant, sous astreinte, un AESH dans les conditions prévues par la décision précitée.

4. La requérante fait valoir, que la non-exécution par l'Etat de son obligation porte atteinte au droit à l'éducation de son fils B qui est en situation de handicap, dès lors qu'il ne peut bénéficier que d'une AESH partagée avec trois autres enfants pour un total de 24 heures hebdomadaires. Elle précise toutefois que son fils âgé de 11 ans et 6 mois est actuellement pris en charge à l'hôpital de jour Costanzo à Nice et que la reprise scolaire en temps complet est envisagée quand la fin de la prise en charge en hôpital de jour sera actée. Il est constant que cette décision n'a été notifiée aux services de l'éducation nationale que le 13 mai 2024, en fin d'année scolaire, même si la requérante soutient qu'elle a informé sans délai l'établissement scolaire qui accueille son fils de cette décision. La rectrice de l'académie de Nice fait valoir sans être contredite rencontrer des difficultés pour le recrutement des AESH qui doivent obligatoirement justifier d'un diplôme professionnel dans le domaine de l'aide à la personne, ou d'une expérience professionnelle d'au moins neuf mois dans les domaines de l'accompagnement des personnes en situation de handicap, des élèves en situation de handicap ou des étudiants en situation de handicap, notamment dans le cadre d'un contrat conclu sur le fondement de l'article L. 5134-19-1 du code du travail, ou d'un titre ou diplôme classé au moins au niveau IV, ou d'une qualification reconnue au moins équivalente à l'un de ces titres ou diplômes. Il ne résulte pas de l'instruction, à la date de la présente ordonnance, que l'absence d'aide individualisée fait obstacle à la scolarisation de B, qui est actuellement encore pris en charge à l'hôpital de jour, la requérante précisant dans ses écritures que la reprise scolaire en temps complet est envisagée dès lors que la fin de la prise en charge en hôpital de jour sera actée. Dans ces conditions, les éléments exposés ne suffisent pas à eux-seuls à caractériser, à la date de la présente ordonnance, l'existence de la situation particulière d'urgence exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ou d'une carence susceptible de constituer, dans les conditions prévues au point 1, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée, pour information, à la rectrice de l'académie de Nice et à la direction des services départementaux de l'éducation nationale des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice le 7 juin 2024.

La juge des référés

signé

V. E

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

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