lundi 1 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2403030 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ALMAIRAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juin 2024, le préfet des Alpes-Maritimes demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L.521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de la famille F du logement d'hébergement d'urgence sis à Cannes, 92, avenue Francis Tonner, hôtel Neptune, chambre n°41, géré par l'association ALC ;
2°) le cas échéant, d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par l'association ALC, afin de débarrasser les lieux des biens mobiliers s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie : la famille se maintient indûment dans le logement ; leur maintien fait obstacle à l'accueil d'autres personnes vulnérables ; or, la sortie des personnes en présence indue présente, eu égard aux besoins d'accueil d'urgence et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement d'urgence, un caractère d'urgence et d'utilité ;
- ses demandes d'asile ayant été définitivement rejetées, la famille F qui n'a pas accepté l'aide au retour dans son pays d'origine occupe sans droit ni titre un logement et son expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2024, M. D et Mme A, représentés par Me Almairac concluent au rejet de la requête et demandent au tribunal :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de les maintenir dans leur hébergement actuel jusqu'à la fin de l'instruction de la demande d'asile formulée pour le compte de leur fille mineure ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de maître Almairac, une somme de 1 200 euros, en application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils font valoir que :
- ils ont formulé une demande d'asile pour le compte de leur fille mineure ;
- l'Etat français a l'obligation de les loger en application des dispositions de l'article L.345-2-2 du code de l'action sociale et des familles.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Taormina, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 27 juin 2024 :
- le rapport de M. Taormina, juge des référés,
- les observations de Mme E, représentant le préfet des Alpes-Maritimes,
- et les observations de Mme C, subtituant Me Almairac, représentant M. et Mme F qui justifient de soins hospitaliers en cours.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsque le juge des référés est saisi par l'administration, sur le fondement des dispositions précitées, d'une demande d'expulsion d'un centre d'hébergement d'urgence pour personnes en situation de précarité et de vulnérabilité, à propos d'occupants dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et si la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
2. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit, dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
3. Il résulte de l'instruction que M. B D et Mme G A, ressortissants ivoiriens, sont entrés en France le 25 septembre 2021. De leur union sont nés respectivement en 2021 et 2022, deux enfants, également de nationalité ivoirienne. Leurs demandes d'asile ont été rejetées en juillet 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décisions confirmées en janvier 2023 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Alors qu'ils étaient hébergés dans un logement d'accueil d'urgence pour demandeurs d'asile sis à Nice, 1, boulevard Paul Montel, une fin de prise en charge leur a été notifiée le 3 février 2023 avec obligation de quitter les lieux avant le 28 février 2023. Ils ont alors été hébergés par l'association ALC à compter du 9 mars 2023 à Saint-Laurent-du-Var, 923, route des Vespins, hôtel Gabian, chambre n°19. Le 13 juillet 2023, la famille F a été informée de la fin de sa prise en charge et s'est vue proposer une aide au retour par l'association ALC. Les intéressés ayant, sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative, saisi le juge des référés du tribunal de céans, celui-ci a, par ordonnance n°2303580 du 24 juillet 2023, enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de les prendre en charge dans le cadre de l'hébergement d'urgence. En exécution de cette décision, la famille F a été prise à nouveau en charge pour la période du 28 septembre au 24 novembre 2023, par l'association ALC, dans un logement sis à Cannes, 92, avenue Francis Tonner, hôtel Neptune, chambre n°41. Le 24 novembre 2023, les intéressés ont été informés de la fin de leur prise en charge. M. et Mme F se maintiennent toujours dans ledit logement.
4. La libération des lieux demandée par le préfet présente, eu égard aux besoins d'accueil d'urgence et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement d'urgence dans le département des Alpes-Maritimes, un caractère d'urgence et d'utilité, sans qu'y fasse obstacle la situation personnelle et familiale de M. et Mme F. Le fait d'avoir formulé une demande d'asile pour le compte de leur fille mineure ne confère à la famille aucun droit au maintien dans l'hébergement d'urgence pour demandeur d'asile qu'ils continuent d'occuper après que les parents aient été définitivement déboutés de leur demande d'asile. Enfin, aucun élément ne caractérise l'existence d'une situation de particulière de vulnérabilité à l'origine de laquelle ils seraient étrangers, faisant obstacle à leur éviction du lieu d'hébergement indûment occupé, alors que, définitivement déboutés de leur demande d'asile et ayant occupé successivement un logement pour demandeurs d'asile puis un logement d'accueil d'urgence pour personnes vulnérables, logements qui n'ont pas vocation à devenir permanents, ils ont délibérément choisi de ne pas accéder au dispositif d'aide au retour dans leur pays d'origine et de se maintenir sur le territoire français sans droit ni titre. Ni la présence d'enfants en bas-âge, ni l'état de santé ne constituent une contestation sérieuse permettant le maintien en hébergement d'urgence pour demandeur d'asile.
5. Compte tenu de tout ce qui précède, il y a lieu de faire injonction à M. et Mme F, ainsi qu'à tous autres occupants de leur chef, de quitter le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent et, en cas d'inexécution de cette mesure, dans le mois suivant la notification de la présente ordonnance, d'autoriser le préfet des Alpes-Maritimes à procéder à leur expulsion d'office, le cas échéant avec le concours de la force publique et à donner toutes instructions nécessaires à l'association ALC afin d'évacuer, aux frais des intéressés, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place.
6. Aux termes du code de l'action sociale et des familles : " Art. L.222-5. - Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : / () 4° Les femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les établissements ou services qui accueillent ces femmes organisent des dispositifs visant à préserver ou à restaurer des relations avec le père de l'enfant, lorsque celles-ci sont conformes à l'intérêt de celui-ci ; / (). Art. L.345-2. - Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. / Ce dispositif fonctionne sans interruption et peut être saisi par toute personne, organisme ou collectivité. Art. L.345-2-2. - Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. (). Art. L.345-2-3. - Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ". Il résulte de ces dispositions que toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale, a le droit d'accéder à une structure d'hébergement d'urgence et de s'y maintenir, dès lors qu'elle en manifeste le souhait et que son comportement ne rend pas impossible sa prise en charge ou son maintien dans une telle structure. Si sont, en principe, à la charge de l'Etat les mesures d'aide sociale relatives à l'hébergement d'urgence des personnes sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale, il résulte des dispositions précitées, que la prise en charge, qui inclut l'hébergement, le cas échéant en urgence, des femmes enceintes et des mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile, incombe au département. Si toute personne peut s'adresser au service intégré d'accueil et d'orientation prévu par l'article L.345-2 du code de l'action sociale et des familles et si l'Etat ne pourrait légalement refuser aux femmes mentionnées ci-dessus un hébergement d'urgence au seul motif qu'il incombe en principe au département d'assurer leur prise en charge, l'intervention de l'Etat ne revêt qu'un caractère supplétif, dans l'hypothèse où le département n'aurait pas accompli les diligences qui lui reviennent.
7. En l'espèce, la carence du département des Alpes-Maritimes n'étant pas établie, M. et Mme F qui ne sont pas fondés à se maintenir dans un logement d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, ne le sont pas davantage à demander qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de pourvoir à leur hébergement d'urgence en raison de leur particulière vulnérabilité. Par suite, les conclusions reconventionnelles de M. et Mme F doivent être rejetées, ensemble celles formulées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et des articles 20 et 37 de la loi du 10 juillet 1991, aucune urgence ne justifiant enfin, que l'aide juridictionnelle leur soit accordée à titre provisoire.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. et Mme F, ainsi qu'à tous autres occupants de leur chef, de libérer le logement qu'ils occupent au sein du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile sis à Cannes, 92, avenue Francis Tonner, hôtel Neptune, chambre n°41, géré par l'association ALC.
Article 2 : Faute pour M. et Mme F et de tous occupants de leur chef, d'avoir volontairement quitté les lieux dans le mois suivant la notification de la présente ordonnance, le préfet des Alpes-Maritimes pourra faire procéder à leur expulsion par les moyens légaux de son choix, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Le préfet des Alpes-Maritimes est autorisé à donner toutes instructions à l'association ALC, à l'effet d'évacuer, aux frais de M. et Mme F, les biens mobiliers éventuellement abandonnés sur place.
Article 4 : Les conclusions de M. et Mme F sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. B D, à Mme G A et à Me Almairac.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à l'association ALC et au département des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice, le 1er juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
G. Taormina
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
N°2403030
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026