vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2403331 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 juin 2024, M. B A demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la mise à exécution par décision du préfet du Var du 14 juin 2024 de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 27 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français ;
3°) d'enjoindre à l'administration de le transférer en Allemagne et de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable : le préfet n'ayant pas pris en compte sa nationalité érythréenne ;
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors qu'il est placé en rétention et que la mesure d'éloignement peut être mise à exécution à tout moment ;
- l'exécution de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de retour, porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'asile.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Soli, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né en Ethiopie et qui se présente comme ressortissant érythréen, a fait l'objet d'une décision du préfet du Puy-de-Dôme en date du 27 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de 30 jours à laquelle il n'a pas déféré. Interpelé le 14 juin 204, il a fait l'objet de décisions du préfet du Var d'interdiction de retour et de placement en rétention administrative, confirmé par le juge judiciaire, pour exécuter son éloignement.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. Aux termes de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 ou une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures.". Aux termes de son article L. 722-7 : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi ".
4. Il résulte des pouvoirs confiés au juge par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention que la procédure spéciale que ce code prévoit présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative, dont elle est par suite exclusive.
5. Il en va toutefois autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.
6. Pour justifier des circonstances de droit ou de fait nouvelles de nature à rendre recevable, en application des règles énoncées ci-dessus, sa demande formée sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. A soutient que l'autorité préfectorale n'a pris en considération ni la protection dont il bénéficierait en Allemagne ni sa nationalité érythréenne.
7. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'administration tient pour établie la nationalité érythréenne du requérant.
8. Par ailleurs, M. A a présenté une requête en annulation de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre par le préfet du Var, le 14 juin 2024, requête rejetée par un jugement de la magistrate déléguée du tribunal de céans en date du 17 juin 2024 dont l'intéressé a reçu notification du dispositif. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait saisi, dans le délai imparti, le juge de l'excès de pouvoir d'une requête contre l'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 27 décembre 2023. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a obtenu la protection internationale en Allemagne en 2016, et que pour ce motif il a reçu notification les 25 septembre 2023 et 25 janvier 2024 de deux décisions de l'OFPRA rejetant pour irrecevabilité sa demande d'asile en France dès lors qu'il bénéficie déjà d'une protection. La protection du requérant en Allemagne ne constitue donc pas un élément nouveau intervenu depuis le jugement du 17 juin 2024 ou depuis l'expiration du délai de recours contre l'arrêté du 27 décembre 2023. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est prévalu de la protection qui lui a été accordée en Allemagne lors de ses auditions par les services de police et devant la Cour d'appel d'Aix-en-Provence qui a confirmé son placement en rétention par un arrêt du 19 juin 2024. Si M. A produit un message électronique émanant de l'OFPRA confirmant qu'il est protégé en Allemagne depuis le 9 mars 2016, cet élément ressortait déjà des deux décisions d'irrecevabilité précitées de l'OFPRA et ne constitue pas une circonstance nouvelle.
9. Il résulte des points 7 et 8 que M. A ne justifie donc pas de circonstances de droit ou de fait nouvelles qui seraient intervenues depuis que le juge, saisi sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré. Par suite M. A n'est pas recevable à saisir le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
10. Les conclusions de M. A aux fins de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement et d'interdiction de retour dont il fait l'objet doivent donc être rejetées, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
11. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". La requête de M. A étant manifestement infondée, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera transmise pour information aux préfets des Alpes-Maritimes, du Var et du Puy-de-Dôme.
Fait à Nice, le 21 juin 2024.
Le juge des référés,
signé
P. SOLI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
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